Avec ses quatre mètres de long, Baluchon a facilement trouvé une place le long du ponton du Yacht Club de Tahiti, à Arue. Difficile, à première vue, d’imaginer que Yann Quenet vient de traverser une partie du Pacifique à bord de ce voilier miniature. Après une escale aux Marquises, le navigateur est arrivé dimanche à Tahiti, où il a été accueilli par les membres du club.
Yann Quenet n’en est pas à son premier exploit. Six ans après un premier tour du monde, il est reparti pour une nouvelle boucle autour du globe, poussé par une passion restée intacte.
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« Je me suis tellement éclaté pendant ce premier tour du monde. Je suis vraiment fait pour ça, pour me balader sur mon petit bateau. Tant que cet état de grâce perdure, il fallait que je continue. »
Trois passions réunies
Baluchon est le fruit d’un rêve ancien. Depuis l’enfance, Yann Quenet imagine, conçoit et construit des bateaux : « Je dessine des bateaux depuis que je suis tout petit, sur mes cahiers d’écoliers. Je faisais ça plutôt que de suivre des cours, et vraiment c’est ma passion de concevoir des bateaux, de les construire aussi, c’est vraiment une vraie passion, puis de les faire naviguer, c’est une troisième passion. Donc j’ai eu la chance de vivre trois passions, c’est assez extraordinaire pour moi. »
Le petit voilier, qui ne passe jamais inaperçu dans les ports, est aussi devenu un trait d’union entre le navigateur et ceux qui croisent sa route.
« Le bateau est un peu mon opposé, parce que moi je suis un petit peu réservé, je ne suis pas très communicatif, mais le bateau est tel qu’il attire les gens, et finalement ça me permet de faire des rencontres et de m’améliorer aussi. »

Tahiti marque une étape importante de ce deuxième tour du monde : la moitié du voyage est désormais derrière lui. Parti en juin 2024, Yann Quenet poursuit son aventure sans rechercher la vitesse.
Des semaines dans une cabine minuscule
À bord de Baluchon, chaque centimètre carré est optimisé. Sous les banquettes et dans de petits bidons étanches sont rangés la nourriture, les vêtements et les outils nécessaires au voyage. Une fois le pilote automatique réglé, le navigateur occupe ses longues journées en mer à son propre rythme.
« Une fois que le pilote automatique est réglé, on part sur des jours et des jours de navigation. Il faut s’occuper. J’ai quelques casse-têtes, je lis beaucoup sur ma liseuse avec des milliers de livres… et puis je contemple la mer. On s’ennuie un peu, mais j’adore m’ennuyer. »

Yann Quenet peut ainsi vivre plusieurs semaines sans escale dans cette cabine exiguë. Sur une cloison, des dizaines de traits au feutre comptabilisent les jours passés en mer. Sa plus longue traversée a duré 77 jours.
À quelques centimètres de sa couchette, un appareil surveille en permanence la présence éventuelle de navires : « Là, j’ai un appareil qui détecte les cargos. Quand il y en a un dans le coin, ça sonne. Je sors et je manœuvre pour l’éviter, parce qu’eux ne me voient pas forcément. »
Baluchon suivi de port en port
Au Yacht Club de Tahiti, Yann Quenet est presque un habitué. Son premier passage avait déjà marqué les membres de l’association, qui suivent désormais son aventure avec enthousiasme.
« On est toujours admiratif face à de tels personnages. Yann fait partie de ces marins atypiques. Il arrive, il ne prévient pas, il dit juste : « Coucou, je suis là. » Et quand on découvre son histoire, on est fasciné. Les distances qu’il parcourt sont incroyables. (…) Aujourd’hui, j’ai l’impression que de port en port, l’histoire de Baluchon se raconte. On est des milliers à suivre son aventure. Pourvu que ça continue et qu’il fasse encore de belles rencontres », indique Jesse Besson, directeur du Yacht Club de Tahiti.
Le navigateur restera encore trois semaines à Tahiti avant de reprendre la mer en direction de la Nouvelle-Calédonie. Yann Quenet n’a jamais cherché à battre un record. Son ambition reste la même : continuer à voguer, simplement, au gré du vent et des courants.



