Pêche au thon : la France appelée à « défendre les intérêts de la Polynésie »

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C'est une décision qui pourrait peser lourd sur la pêche polynésienne : la baisse des quotas de pêche dès l’année prochaine. Une perspective qui inquiète les professionnels réunis ce matin autour de la ministre déléguée à la mer, au port de pêche de Papeete.

Visite d’un palangrier, puis de l’atelier de découpe : un passage obligé pour chaque émissaire du gouvernement central et à chaque fois une vitrine du savoir-faire polynésien, fière de son modèle de pêche écoresponsable.

Pour les mareyeurs c’est aussi l’occasion de sensibiliser la ministre déléguée à la mer, Catherine Chabaud, sur les objectifs et les contraintes du secteur, dont l’annonce récemment de nouvelles zones de protection renforcées. Pendant plus d’une heure, l’ensemble des acteurs du port a échangé autour d’un petit-déjeuner mettant à l’honneur le thon, ressource stratégique du Pays.

« Elle nous a rassuré sur le fait que l’État va nous accompagner sur les connaissances et sur justement les analyses des conséquences de la mise en place de ces aires marines protégés. (…) Mais nous, ce qu’on regrette justement, c’est la mise en place de nouvelles aires marines protégées cette année, alors qu’on en avait déjà mis l’année dernière et qu’on aurait pu mesurer les impacts des premières avant d’en rajouter d’autres » déplore Yann Ching, président de l’association des armateurs de pêche hauturière.

Au-delà des aires marines protégées, la ministre Catherine Chabaud était également attendue sur la gestion des stocks halieutiques à l’échelle régionale. Car c’est bien la France qui siège en tant que Pays membre dans les différentes commissions thonières, dont l’influente WCPFC (Western and Central Pacific Fisheries Commission), l’organisation chargée d’adopter les mesures de gestion des pêcheries de thon dans la région : « Il y a des enjeux très importants qui vont arriver et on espère avoir le soutien de la France pour justement nous aider à garder des quotas de pêche au niveau du thon blanc assez conséquents qui nous permettraient de ne pas stopper net nos activités ».

Si les négociations sont en cours, la filière redoute une réduction des captures autorisées pouvant atteindre 25 % dès 2027. Pour la Polynésie, l’enjeu économique est majeur. Une telle baisse entraînerait un recul des volumes débarqués, avec des répercussions sur l’ensemble de la filière… jusqu’au consommateur. Un scénario « catastrophe » pour les professionnels du secteur.

« Les quotas aujourd’hui se négocient dans les organisations régionales de gestion des pêches et c’est notamment la France qui a le droit de veto. La Polynésie française est simple participante, elle peut contribuer au débat, mais elle ne peut pas voter. Or, on est aujourd’hui dans une année charnière où c’est hyper important d’avoir ce soutien de l’État pour défendre les intérêts de la Polynésie » estime Vatea Moarii, vice-président de l’association des armateurs de pêche hauturière

Les discussions entre les services de l’État, le Pays et l’organisation régionale sont déjà engagées. Les professionnels espèrent obtenir une prise en compte des spécificités de la pêcherie polynésienne et de ses besoins de développement économique. À leurs yeux, il s’agit d’un véritable « enjeu de survie », dans un contexte de « guerre d’influence » entre grandes puissances. « Il y a une forte pression du bloc asiatique et notamment de la Chine sur les ressources, elle vient s’ajouter à la pression que l’on subit de l’Est de la part des Américains » rappelle Vatea Moarii. L’appuie de l’Etat dans les prochains arbitrages internationaux sera donc déterminant pour l’avenir de la filière.

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