Procès Jacques Raynal : 90% de patrimoine non déclaré et des amitiés qui interrogent

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L'ancien ministre de la Santé, Jacques Raynal, a tenté de justifier les lourdes omissions de son patrimoine et ses amitiés embarrassantes, lundi, lors du deuxième jour d'audience de son procès pour prise illégale d'intérêts, devant la 32e chambre correctionnelle de Paris.

La juridiction s’est longuement penchée sur les constatations de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). L’élu de 74 ans y avait évalué trois appartements parisiens à 96 000 euros (environ 11,46 millions de Fcfp), soit « 800 euros le mètre carré », contre plus de 1,4 million d’euros (environ 167,1 millions de Fcfp) en tout, selon l’instruction.

Au total, en incluant la non-déclaration d’une dizaine de comptes bancaires, de parts sociales dans Fenua Medex et de la revente de sa patientèle pour 142 000 euros (près de 17 millions de Fcfp), environ 90% de son patrimoine n’a pas été déclaré, d’après les investigations.

Pour balayer l’argument de la négligence, le président du tribunal, Samuel Gillis, a rappelé que les peines de prison et les amendes encourues en cas de mensonge figurent en gras sur le formulaire, juste au-dessus de l’endroit où le ministre a apposé sa signature.

« Cette déclaration, c’était la première fois que j’avais à la remplir », a plaidé Jacques Raynal, invoquant l’urgence de sa nomination en 2017. « Je l’ai remplie trop rapidement, sans prendre le temps d’évaluer mes biens », a-t-il affirmé.

Questionné sur la gestion de ses biens dans l’Hexagone par sa famille, le prévenu a tenté une esquive : « La France c’est loin de la Polynésie ». Une justification balayée par le juge : « Oui mais il y a des moyens de communication ».

« Notre ministre »

L’audience a ensuite basculé vers les marchés de télémédecine attribués aux sociétés Medex. Le procureur Jean-Christophe Michard a exhumé des courriels illustrant « une synergie » entre le ministre et les dirigeants du groupe, Hervé Vergeaud et Élise Mourareau.

Dans un échange adressé à ses ex-associés, Jacques Raynal proposait de se « voir ce week-end pour peaufiner le projet ».

Interrogé sur ces réunions dominicales, l’élu a invoqué la géographie : « Nous sommes très proches les uns des autres, Tahiti c’est petit et j’avais pas beaucoup de temps libre ».

L’accusation a aussi brandi un SMS de l’ex-ministre avec un émoticône « chut », et un courriel d’Hervé Vergeaud d’avril 2018. Ce dernier s’y félicitait de voir « notre ministre de la Santé reconduit », ajoutant que « l’inquiétude que nous avions s’est dissipée ». À la barre, Hervé Vergeaud a finalement concédé : « il y a eu confusion des genres, je le reconnais aujourd’hui. »

« Pas un gramme de stup »

Son associée, Élise Mourareau, a fustigé son placement en garde à vue. « On nous a décapités sur la voie publique, la honte (…), il n’y a pas un gramme de stup, pas un franc qui a disparu », a-t-elle lancé.

Le tribunal s’est enfin penché sur le « pantouflage » présumé d’Emmanuel Lakière, ex-directeur financier au ministère de la Santé de Polynésie, devenu ensuite consultant pour Medex. Ce dernier admet n’avoir entendu parler de cette notion que « vaguement ».

L’avocate de M. Lakière s’adresse alors à lui : « On parle de six courriels en tout et pour tout », en faisant référence aux échanges avec, notamment, son ex-adjointe au ministère de la Santé.

« Avec le recul, qu’est-ce que vous auriez dû faire pour ne pas vous retrouver devant le tribunal ? », interroge-t-elle.

« J’imagine que si je n’avais pas été contraint de trouver des solutions pour survivre, j’aurais pris plus de temps pour y réfléchir », lui répond-il, évoquant des difficultés professionnelles.

Les plaidoiries et les réquisitions auront lieu mercredi.

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