Tony Tekuataoa : « Ce qu’on souhaite, c’est sauver le système de santé publique »

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Le président de la commission médicale du CHPF, Tony Tekuataoa, et Tumatarii Cross, radio-pharmacien au sein de l’hôpital de Taaone, étaient les invités du journal de TNTV ce dimanche soir alors qu’un préavis de grève a été déposé dans les structures de soins publics. Une mobilisation pour « sauver le système de santé publique ». Ils réclament une « réforme statutaire » pour rendre le fenua « attractif » auprès des professionnels, notamment des jeunes diplômés polynésiens.

TNTV : Vous arrivez tout juste des négociations avec le gouvernement. Comment avancent-elles ?

Tony Tekuataoa : « Les négociations sont en cours actuellement sur le préavis de grève qui est posé et qui concerne l’ensemble du système de santé polynésien ».  

 

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TNTV : Est-ce qu’une porte s’est ouverte ou la grève est-elle inévitable, mardi ?  

Tony Tekuataoa : « Ce n’est pas notre métier, la grève. Donc nous, ce qu’on souhaite, c’est effectivement sauver le système de santé publique. Donc on veut qu’on puisse avoir des mesures suffisamment attractives pour que ça fonctionne à tout niveau, que ce soit au niveau médical mais aussi également paramédical ».

TNTV : Vous estimez que c’est tout notre système de santé qui s’effondre. Pourquoi parle-t-on aujourd’hui d’une vraie dette du Pays sur les besoins et le nombre de postes nécessaires ?

Tony Tekuataoa : « Il y a deux types de dettes. Il y a la dette effectivement des ressources humaines sur l’ensemble du territoire et puis parce qu’il faut aussi comprendre que les besoins en santé augmentent. Et puis après, il y a une dette qui est plutôt statutaire puisqu’on n’a pas évolué depuis les 30 dernières années sur le statut. C’est bien ce qu’on réclame pour finalement s’aligner avec ce qui se fait ailleurs pour être attractif. Fidéliser déjà nos ressources sur le CHPF mais aussi pouvoir récupérer nos enfants qui ne reviennent pas ».  

TNTV : Vous passez d’une réforme à 2,7 milliards à une enveloppe de 321 millions. Ce choix du gouvernement condamne-t-il cette attractivité dont vous parlez ?

Tony Tekuataoa : « Ça ne va pas marcher en fait. À un moment donné, il faut un niveau suffisant d’attractivité. Effectivement, ça a un coût mais je rappelle, et certaines personnes l’ont dit, ce n’est pas pour les médecins, c’est pour le système de santé pour 280 000 habitants ».

TNTV : On voit des services sous tension et de jeunes médecins qui ne reviennent pas. Concrètement, qu’est-ce qui bloque aujourd’hui pour redonner de l’attractivité à la santé publique en Polynésie ?

Tony Tekuataoa : « Les conditions, c’est une réforme statutaire. C’est le statut de la fonction publique qui nous fait fonctionner. Et donc cette attractivité, elle ne s’entend pas que par des mesures salariales. Elle s’entend aussi par du temps de travail, de la reconnaissance du temps de travail, et nous permettre de mieux fonctionner ».

TNTV : Au-delà des salaires, il y a une urgence dans le secteur de la santé, notamment dans les archipels qui manquent de tout et notamment de médecins dans certaines îles. Cette grève est-elle le seul moyen d’alerter sur l’urgence vitale de la santé dans nos îles ?  

Tony Tekuataoa : « On avait posé les alertes depuis quelque temps. Ce n’est pas nouveau le problème. Et le post-Covid est venu finalement accélérer la dette. C’est bien pour ça qu’aujourd’hui, on se bat. C’est bien malheureux qu’on soit arrivé à ce niveau de situation parce qu’on aurait espéré être plus entendus auparavant ».

TNTV : CHPF, hôpital de Taravao, dispensaires des îles : à quoi s’attendre pour les patients dès mardi matin si la grève est enclenchée ?  

Tony Tekuataoa : « S’il y a grève, il y aura forcément un service minimum. Je tiens à rappeler qu’on ne va pas faire n’importe quoi. On soignera la population dans le contexte des urgences vitales. Le service minimum sera assuré, mais pas beaucoup plus. Effectivement, notre combat, c’est aussi de pouvoir amener des soignants partout en Polynésie. Aujourd’hui, il faut savoir qu’il y a des îles en Polynésie française où il n’y a plus de soignants, notamment dans les Tuamotu ».

TNTV : Est-ce que la réforme que vous défendez se fera au détriment des petites catégories comme l’affirme la FISSAP, autre syndicat de santé ?

Tony Tekuataoa : « Non. On se bat pour tout le monde. D’ailleurs, dans le préavis de grève, vous pouvez voir qu’il n’y a pas que des mesures pour les médecins. Il y a des mesures aussi pour les infirmiers, pour le reclassement, pour les catégories D, les catégories C. Donc c’est une mesure globale qu’il faut faire, une mesure puissante qui doit faire fonctionner le système ».

TNTV : Docteur Tumatarii Cross, vous êtes radio-pharmacien au CHPF et l’une des signataires de cette tribune signée à ce jour par plus de 100 jeunes taote polynésiens. Aujourd’hui, que manque-t-il à la Polynésie pour être plus attractive aux yeux de ces jeunes médecins ?  

Tumatarii Cross : « Il manque déjà de la stabilité. Il y a un turnover de plus de 60% des professions médicales au CHPF, mais également à la Direction de la santé. Comme l’a dit Tony, il y a un problème de compétitivité entre ce qui se fait dans l’Hexagone et ce qui se fait dans les autres territoires ultramarins. Il y a 300 jeunes qui ont été formés depuis 2003, et ils exercent en France avant de revenir se mettre au service de leur pays. Donc, en fait, ils sont déjà dans l’exercice en France, avec le statut français. Et il y a un tel décalage qu’ils ne souhaitent pas forcément revenir exercer au Fenua ».

TNTV : Dans cette tribune, vous avez écrit être fiu d’attendre. Si l’hôpital public ne devient pas plus attractif, quel sera le choix de ces jeunes médecins ?

Tumatarii Cross : « Il faut savoir que travailler dans le service public, c’est parfois une vocation. En tout cas, c’est le cas pour Tony et pour moi. Et c’est pour ça qu’on va se battre pour la survie du système de santé publique. Il y a effectivement se tourner vers le privé, ce qui est le cas, puisque pas mal de taote, d’enfants du fenua, sont partis dans le privé. C’est ce qui nous inquiète. Lorsqu’on exerce déjà en Hexagone et qu’on hésite à revenir, c’est le fait de comparer ce qui se fait en Hexagone, dans les territoires ultramarins et en Polynésie.  Et finalement, c’est renoncer à se mettre au service de son pays ».

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