Ce jeudi, le tribunal correctionnel de Papeete s’est penché sur une affaire d’agression sexuelle incestueuse en récidive. Le prévenu, un homme de 27 ans, comparaissait pour des faits commis à Faa’a en août 2025 puis en août 2026 sur sa petite sœur, âgée de 19 ans aujourd’hui.
Elle raconte le premier épisode aux gendarmes : il vient dans sa chambre pour fumer avec elle, ce qu’elle accepte. Fatiguée, elle s’endort. Mais il reste à côte d’elle. « Ses mains étaient sur moi. Il a mis ses doigts en moi, il a fait ça deux fois (…) Je n’arrivais pas à lui dire d’arrêter« . Le lendemain, elle prévient ses parents par message, mais ces derniers ne la croient pas. Une enquête est alors ouverte.
Un an plus tard, en août 2026, l’histoire se répète. Ce jour-là, alors qu’elle dort, elle sent des doigts s’introduire dans sa culotte. Elle comprend qu’il s’agit de son frère, et raconte que, de nouveau, elle subit une pénétration digitale. Elle pleure, lui dit d’arrêter, le repousse. Sidérée, elle attend qu’il s’arrête. Puis, elle sort de la pièce et tente d’expliquer ce qui s’est passé à sa mère. Ne se sentant pas soutenue, refusant les excuses présentées par son frère, elle attend l’arrivée de son compagnon, qui s’empresse de contacter la gendarmerie.
Deux occurrences dans un climat familial délétère : le père (décédé depuis), qu’elle décrit comme alcoolique, se montrait violent envers la mère. Le frère est considéré comme le « chouchou » protégé , dans ce qui ressemble à un schéma ancré depuis de longues années. Car déjà en 2020, alors qu’elle n’avait que 14 ans, il l’avait agressée, et avait été condamné pour cela.
Pour l’expert qui l’a examinée, la jeune femme a vécu un traumatisme « sévère et prononcé » . Bien que de nature « résiliente« , il explique qu’elle a traversé des épisodes dépressifs, s’est scarifiée, a quitté l’école et vécu en rupture familiale. En outre, il estime que sa parole est « crédible » .
« Le dossier de l’échec »
Face aux magistrats, le prévenu conteste l’ensemble des faits. Il assure qu’il s’est simplement endormi dans la chambre de sa sœur, niant l’avoir touchée. Du moins, il dit ne pas s’en souvenir. Le tribunal lui fait remarquer que ses déclarations devant les gendarmes montrent le contraire. Mais lui explique que ses propos ont été déformés et mal compris, au terme d’un long interrogatoire.
À la barre, il évoque brièvement sa sœur avant de focaliser son propos sur sa détention : « Je compatis à sa souffrance (…). Moi, je veux sortir. C’est à chier la prison. On est 5 dans la cellule » , déclare-t-il, répétant qu’il ne pense pas avoir commis d’agression.
Avocat de la victime, Me Rousseau-Wiart pointe pour sa part le « déni » de la mère : « Admettre que sa fille est victime, c’est reconnaître que son fils est un agresseur sexuel« , lance-t-il. Il dénonce surtout l’absence totale de prise de conscience du prévenu, qui déclare n’avoir « rien retenu » de ses précédentes comparutions devant le tribunal.
Un constat partagé par le parquet. « C’est le dossier de l’échec. Dans le traitement de la procédure (…), dans la compréhension de ce que sont les violences sexuelles intrafamiliales par les parents (…) qui ne mettent rien en œuvre pour la protection de leur fille. C’est un échec judiciaire, car le message adressé (au prévenu) n’a pas été entendu. Ou plutôt, il n’a pas été écouté » , insiste le ministère public, représenté par Oriane Goldberg. Estimant que la situation actuelle du prévenu ne favorise pas sa réinsertion, elle requiert une peine « particulièrement lourde » : 6 ans de prison assortie d’un maintien en détention, ainsi que l’obligation de soins et un suivi socio judiciaire.
L’homme a finalement été reconnu coupable et condamné à 5 ans de prison. Maintenu en détention, il devra se soumettre à un suivi socio judiciaire pendant 5 ans à sa sortie. Il devra payer 500 000 Fcfp d’amende à la victime.



