Tahiti Nui Télévision : Pour revenir sur cette victoire et aborder les défis qui l’attendent à Paris, Édouard Fritch, nouveau sénateur de la Polynésie française, est notre invité ce soir en plateau. Édouard Fritch, ia ora na et félicitations.
Edouard Fritch, sénateur de la Polynésie française : “Ia ora na, merci beaucoup, et bonsoir à nos téléspectateurs. »
Vous êtes élu sénateur dès le premier tour, mais 80 grands électeurs ont rayé votre nom de la liste malgré la consigne du bulletin unique. Comment expliquez-vous cette défiance des Tavana à votre égard ?
“Oui, je crois que d’abord, c’est l’expression effectivement de cette politique de l’échafaud, j’ai envie de dire, vous savez, ce panachage qui a été annoncé dès le départ. C’était effectivement de garder Lana Tetuanui, et de couper la tête à Édouard Fritch pour mettre un autre candidat, que ce soit Teva Rohfritsch, que ce soit Hamblin… C’était la technique qui était adoptée parce qu’il fallait une femme. Et puis Lana a travaillé comme il se doit au Sénat. Donc, ce qui a fait qu’il y ait effectivement une 80 voix. Mais en fait, ce que j’ai envie de leur dire, c’est que malgré toute cette haine, malgré cette politique un peu difficile… J’ai été très inquiet. Vous savez, ce panachage. Ils ont eu beaucoup de mal malgré tout à me descendre. Mais je suis toujours là, en tant que président du Tapura Huiraatira. Mais c’est normal qu’ils s’attaquent à moi parce qu’effectivement, nous nous retrouvons aujourd’hui avec pratiquement 4 partis autonomistes en face puisque vous avez bien compris que Steeve Hamblin a été soutenu par les maires du Sud et ces maires du Sud ont pour effectivement objectif demain de construire un parti qui va se présenter aux territoriales. Encore une fois, nous, les autonomistes, nous serons divisés. Et je pense que le le Tavini Huiraata saura se réunir contre nous.”
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Vous parlez souvent de renouvellement. Est-ce que ce sera pour les territoriales ?
“Vous savez, j’ai pris la décision de me présenter aux sénatoriales. Vous penserez tout ce que vous voudrez. Mais j’ai envie de vous dire que c’était quand même beaucoup plus facile pour moi de rester à Pirae, dans mon bled de Pirae où j’ai tout à ma disposition. Aujourd’hui, je me lance dans une aventure qui est pour moi importante parce que je suis soucieux de ce qui se passe dans les communes. J’ai fait pratiquement 20 ans de gestion communale et je crois qu’aujourd’hui, il y a encore beaucoup à faire. Donc je prends ce risque d’aller en métropole pour défendre les communes. Et donc on se retrouvera aux territoriales parce qu’effectivement…”
Vous ne craignez pas de décourager les jeunes, justement, qui souhaitent s’engager pour les territoriales ?
“Non, parce que si je me présente aux sénatoriales, c’est pour libérer de l’espace politique. En allant aux sénatoriales, la porte est ouverte aujourd’hui pour nos jeunes. président de l’Assemblée sera disponible, le président du gouvernement… Effectivement, tout ce qui est exécutif aujourd’hui est dans le champ de vision des jeunes politiciens qui veulent se lancer. Et je pense que c’est un peu la raison pour laquelle, nous, au niveau des autonomistes, effectivement, on a multiplié le nombre de candidats parce que j’ai libéré de la place politique en me présentant.”
Est-ce que vous serez tête de liste pour 2028 ?
“Je pense qu’on mettra notre futur président tête de liste. Mais je serai en tous les cas, je serai présent pour ces élections parce qu’en allant aux sénatoriales, je l’ai dit une ou deux fois, je veux me libérer et me donner un petit peu de temps pour préparer le Tapura Huiraatira aux prochaines échéances, parce qu’il faut préparer un parti. Vous avez bien vu la force du Tapura Huiraatira. Et si tu n’as pas ce parti, tu ne gagnes pas. Tu ne peux pas gagner. On n’est pas dans le bricolage. Et donc je vais me consacrer à la reconstruction du parti Tapura Huiraatira pour préparer la place des futurs dirigeants de ce pays. Et moi, je continuerai mon chemin avec le Sénat.”
Donc vous avez gagné les sénatoriales. Vous allez rencontrer les maires ce lundi 28 septembre lors d’un séminaire. Quel dossier prioritaire allez-vous évoquer avec eux ?
“Pour le moment, avec Lana Tetuanui, nous allons, et notre représentant à l’Assemblée nationale, nous allons nous consacrer au budget de la France. Parce que dans le budget de la France, vous savez très bien, on parle de la Polynésie française. On dit beaucoup de choses. On parle de lignes budgétaires qui vont disparaître dans le budget de la métropole. Il faudra s’en occuper. Et ce sera le prochain dossier sur lequel nous allons nous pencher, puisque ce dossier sera examiné à l’Assemblée nationale dès le 15 octobre. Il faudra que nous soyons, nous, avec nos députés sur ce coup-là. Mais ce qui est certain, c’est que ce n’est pas le travail qui va manquer, puisque derrière, il y a d’autres projets de loi qui sont actuellement examinés par l’Assemblée nationale et qui doivent revenir au Sénat.”
J’aimerais qu’on revienne sur le score de Steeve Hamblin, qui est arrivé 3e avec 111 voix. Qu’est-ce que ce score dit, selon vous ? Est-ce le signe qu’une autre façon de faire de la politique émerge chez les grands électeurs ?
“Je pense sûrement qu’il y a aussi un petit peu de cela. Une autre façon de faire de la politique, ce n’est pas nouveau. C’est l’équivalence de laisser un petit peu les jeunes arriver en politique, laisser leur la place qu’ils viennent faire. Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’effectivement, tel que c’est parti, ils ne peuvent pas gagner si c’est assez simplement pour essayer de voir ce qu’on fait. Et ce que cela traduit d’une façon sûre, c’est qu’effectivement, les maires du Sud ont voté pour Steeve Hamblin. Lorsque vous regardez les communes, c’est Taiarapu Est, Taiarapu Ouest, Teva i Uta, Papara, et puis pour moi, une partie de Mahina. Donc effectivement, ce regroupement-là s’est traduit par le score que vous avez vu de Hamblin aux sénatoriales. Pour moi, ça m’inquiète parce que 28 va approcher, mais 28, c’est le renouvellement de l’Assemblée de Polynésie française. Donc nous serons 4 partis autonomistes à nous présenter. C’est tout.”
Justement, vous parliez de laisser la place. Vous devez céder la mairie de Pirae. Vous avez parlé d’Yvonnick Raffin, mais il semble ne pas faire l’unanimité. Est-ce que c’est toujours lui qui va vous succéder ?
“Oui, ça ne changera pas. On ne changera pas d’ici là. Parce que si je l’ai choisi, ce n’est pas seulement pour qu’il plaise. Il faut effectivement, plus semblablement, qu’il se fasse mieux connaître auprès de la population, auprès du personnel… L’administration de la commune de Pirae est aussi l’affaire d’Yvonnick Raffin depuis maintenant deux mandats. Il ne faut pas oublier que ça fait quand même 12 ans qu’il est aux affaires communales. Donc il est connu. C’est un garçon qui sait gérer. Et moi, je dors sur mes deux oreilles. Le 19 octobre prochain, nous allons procéder au vote. Nous allons élire le futur maire. Et je resterai à l’écoute de la commune, bien sûr, parce que je garderai ma fédération du Tapura Huiraatira sur Pirae. Ça me permettra de voir d’être en permanence au contact de cette population.”
Donc vous ne craignez pas que vos administrés et votre conseil se sentent trahis ?
“Non, je ne crois pas. D’ailleurs, j’ai envie de vous dire que j’ai beaucoup pensé à ma commune aujourd’hui. Et j’ai envie de dédier cette victoire que nous avons eue avec Lana Tetuanui, à mon conseil municipal et à mes amis, à ma population de Pirae. Parce que le conseil municipal de Pirae a voté pour effectivement que je sois sénateur. Donc ça veut dire que le conseil municipal de Pirae effectivement, va nous soutenir jusqu’au bout, y compris Yvonnick Raffin.”
Pour la nouvelle composition de la chambre haute, quel groupe politique allez-vous rejoindre au Sénat ?
“Ce que je sais aujourd’hui, c’est que nous serons dans le même groupe avec Lana Tetuanui, parce que vraiment, il faudra que l’on travaille… »
Chez les centristes, donc ?
« Oui, vraisemblablement… Je ne sais pas trop encore. Je vais découvrir cela dans les jours à venir. Mais ce qui est important, à mon sens, c’est que nous ayons un discours homogène et que l’on soit dans un groupe qui va être cohérent pour défendre les intérêts de notre pays. Non seulement à l’Assemblée nationale, mais aussi au Sénat, parce qu’il faudra que l’on travaille. Nous ne sommes que cinq parlementaires polynésiens sur un ensemble de près de 800 parlementaires à Paris. Donc si nous n’arrivons pas à coordonner nos langages, nos discours à Paris, ça sera comme jusqu’à ce qu’on est aujourd’hui. Ce n’est pas grand succès.”
Dernière question, rapidement. À Tarahoi, vous venez de voter avec le Tavini une résolution pour faire venir l’ONU sur l’autodétermination. Pourquoi ? Qu’est-ce que vous dites à vos électeurs qui ne comprennent pas ce choix ?
“Nous disons ensemble que l’ONU vient en Polynésie française constater ce qui se passe, puisqu’aujourd’hui, l’ONU conteste que la Polynésie française ait une autonomie suffisamment large pour s’administrer, pour se gouverner. Au lieu de continuer à se baser sur des on-dit, parce qu’effectivement, jusqu’à présent, le Tavini Huiraatira dit qu’on n’a pas tous les moyens de diriger ce pays. Nous, on dit venez voir et vous allez voir comment la Polynésie vit son autonomie. Parce que je ne crois pas que nous soyons malheureux, qu’il y ait vraiment des difficultés énormes avec l’autonomie que nous vivons aujourd’hui. Donc nous nous sommes mis d’accord pour demander ensemble la venue d’un groupe de l’ONU, du C24, la Commission spéciale 24, pour qu’ils viennent constater ce qui se passe. Et puis après, nous verrons ce qui va se passer. Mais on n’a pas changé de politique. Je suis encore plus autonomiste qu’avant.”
Merci Edouard Fritch. C’était le mot de la fin. Merci d’avoir été avec nous en plateau ce soir.
“C’est moi. Merci.”



