TNTV : Yvonnick Raffin vous succède à la mairie de Pirae. On vous sent soulagé d’un poids…
Edouard Fritch : « Oui, parce que je crois que j’ai fait le bon choix. Yvonnick, c’est un garçon qui a beaucoup d’expérience. C’est un garçon qui connaît la chose publique. Ça fait deux mandats qu’il est avec moi. Il a aussi été mon ministre en 2020. Je crois que sur le plan de la gestion proprement dite, je ne pouvais pas trouver meilleur que lui. Maintenant, va rester effectivement le côté un peu plus politique. Comme vous l’avez entendu, Yvonnick est resté à sa place. J’étais au-devant. Maintenant qu’il est à la place de devant, il faudra effectivement qu’il fasse l’effort. Mais je ne doute pas de ses capacités à s’ouvrir aux autres ».
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TNTV : Dans le reportage précédent, il indiquait que ce n’était pas le plan initial. Quel était ce plan initial ?
Edouard Fritch : « Le plan initial, c’était que je reste à la commune de Pirae. Mais c’est vrai que nous n’avions pas, au moment des élections du mois de mars dernier, ce schéma où je partais de la commune pour assurer les fonctions de sénateur ».
TNTV : Il y a quelques jours, vous qualifiez votre équipe municipale de de chevaux fougueux. Yvonnick Raffin pourra-t-il tenir cet attelage ?
Edouard Fritch : « Je pense qu’il le tiendra mieux que moi parce qu’il est encore resté rigoureux dans les méthodes. C’est un garçon qui aime la discipline. Il le dit d’ailleurs dans le reportage. Il l’a dit ce soir lors de son investiture. Il a appris beaucoup de ses grands-parents, de ses vieux, comme on le dit. Et parmi cela, il y a la discipline, effectivement, et la rigueur ».
TNTV : Quitter la mairie, c’est une manière aussi de renouveler. Vous êtes-vous fixé une limite d’âge pour occuper des fonctions électives ?
Edouard Fritch : « Oui. Lâcher la mairie, c’est donner de l’espace politique de libre aussi. Je ne peux plus cumuler les mandats puisque vous savez qu’il est interdit aux parlementaires d’être dans des exécutifs, quels qu’ils soient. Donc je libère de l’espace. Ça va effectivement me permettre, d’une part, de préparer la relève parce qu’il faut les préparer, ces jeunes. Il y en a beaucoup au portillon qui attendent, mais il faut les accompagner. Il faut leur apprendre le métier. Et aujourd’hui, je dispose d’un peu plus de temps étant au Sénat ».
TNTV : Justement, vous êtes sénateur depuis trois semaines maintenant avec Lana Tetuanui qui effectue son troisième mandat. Ce lundi, la députée Mereana Reid Arbelot a publié une vidéo sur ses réseaux sociaux pour fustiger l’intervention au Sénat de Lana Tetuanui au sujet de la carte vitale pour les Polynésiens se rendant dans l’Hexagone. Des modifications du texte qui pourraient retarder l’application de la mesure…
Edouard Fritch : « Je ne vous cache pas que j’ai été surpris des déclarations de notre députée parce. Ce que j’ai ressenti, moi, ce matin, lorsque le vote s’est fait au Sénat, c’est que nous avons eu l’unanimité sur une loi qui est proposée pour la Polynésie française, pour les pays d’outre-mer, ce qui mettait cette loi, effectivement, en bonne position pour être confirmée par l’Assemblée nationale. Mais je crois que Mereana voulait couper court, c’est-à-dire qu’elle ne voulait pas du tout que le Sénat vienne toucher à sa loi. Ça, ça ne peut pas se passer en France. Vous ne pouvez pas empêcher le Sénat de s’exprimer et d’aller jusqu’au bout, à savoir de rendre cette loi parfaite. C’est ce qu’il s’est passé des affaires sociales du Sénat. On a apporté toute la perfection qu’il faut à cette loi. Et de ce fait, effectivement, il faut un passage à l’Assemblée nationale. Mais ça, ça peut se faire avant les élections, parce que je crois que le souci de Mereana, c’est effectivement d’avoir ça dans sa besace en se présentant au renouvellement de l’Assemblée nationale après les élections présidentielles. Donc voilà, c’est un peu dommage, parce que ce sont des comportements comme ça qui démontrent jusqu’en France qu’on est divisé ».
TNTV : Avec ce renouvellement au Sénat, et prochainement les députés, n’est-ce pas le moment pour les parlementaires polynésiens de travailler ensemble ?
Edouard Fritch : « Il faut. On a intérêt à le faire. Et vous avez vu qu’avec le Sénat, où nous partageons avec Lana Tetuanui la majorité… Vous avez compris que beaucoup de choses peuvent être réalisées maintenant avec ce soutien du Sénat. Mais seulement, il faut qu’avec l’Assemblée nationale, effectivement, l’on puisse discuter au-delà des discussions que nous avons avec Moerani Frébault. Il y a deux autres députés auxquels il faudra qu’on fasse des approches. Il faut qu’on essaie de travailler ensemble. C’est l’intérêt de la Polynésie. C’est comme ça qu’on gagnera ».
TNTV : Il est de coutume d’avoir, à cette période de l’année, des mouvements sociaux. Est-ce une coïncidence avec les élections professionnelles ou y a-t-il un véritable malaise dans ces domaines que sont le Port autonome et les aconiers ou le secteur de la santé
Edouard Fritch : « Les sujets sont différents. Mais ce que l’on peut constater, c’est que nous avons à faire face à des grèves à répétition. Regardez ce qui se passe à l’hôpital aujourd’hui. Bon, c’est la quatrième, cinquième grève depuis un an qui est lancée. Et on a l’impression qu’on ne trouve jamais la solution : essayez de calmer tout ce beau monde et les mettre au travail. Sur le reste, effectivement, au Port autonome, il y a de fortes inquiétudes, parce que cet appel d’offres international va effectivement ouvrir la porte à d’éventuelles sociétés étrangères, étrangères au Pays, françaises ou autres, qui peuvent venir servir ici alors que nous avons trois entreprises performantes. Il n’y a rien à reprocher à nos entreprises locales. Elles travaillent normalement. Et au contraire, elles s’investissent bien depuis un certain temps. Là, effectivement, on ne peut que prendre part à l’inquiétude exprimée par le personnel de ces sociétés. Sur Air Tahiti, il faut il faut là aussi qu’on mesure bien la portée de la concurrence, parce que depuis, depuis qu’il y a une concurrence au niveau de l’aérien ici en Polynésie, on va au-devant de graves problèmes. J’étais en Commission des finances à l’Assemblée de Polynésie et j’ai vu qu’on allait encore remettre un milliard pour la DSP, c’est-à-dire qu’on va encore soutenir pour un milliard supplémentaire les sociétés locales qui vont qui vont donc desservir les îles déficitaires. Mais ça nous coûte excessivement cher cette histoire. Je rappelle que c’est ce qui s’est produit un peu au niveau de la téléphonie. Aujourd’hui, nous soutenons à bout de bras la société institutionnelle que vous connaissez bien, parce que parce que la concurrence est venue mettre à mal les différentes sociétés dans le secteur. Donc, il faut qu’on mesure bien les conséquences de notre concurrence dans ce pays. Il faut souhaiter que les choses se règlent entre les partenaires sociaux et le gouvernement pour certaines des situations, car nous n’avons aucun intérêt aujourd’hui à aller au-devant de moments difficiles, parce que ne croyez pas que tout va très bien. Des difficultés pointent à l’horizon ».
TNTV : Vous parliez de travailler en collaboration avec l’ensemble des parlementaires polynésiens. Aujourd’hui à l’Assemblée, il y a eu l’examen du rapport d’orientation budgétaire. Entendez-vous travailler avec les différents groupes à l’Assemblée et le gouvernement pour que ce budget soit adopté et soit conforme aux attentes des Polynésiens ?
Edouard Fritch : « C’est le rôle de l’opposition. Nous, l’opposition, nous intervenons de façon à ce que les projets qui sont proposés par le gouvernement correspondent aux besoins exprimés par les populations. Il faut constater, ici, à l’Assemblée de Polynésie française, qu’il y a quand même beaucoup de divergences entre ce que fait le gouvernement, entre ce que dit le gouvernement et entre ce que le gouvernement fait et ce qu’attendent les populations. Je voyais encore ce matin dans le document d’orientation budgétaire qui nous est proposé….le document nous annonce que tout va très bien, sauf que la colonisation a fait beaucoup de mal à ce pays. C’est dans le document d’orientation budgétaire où on parle des méfaits de la colonisation sur la société actuelle. Pourquoi aller jusqu’à cet extrême pour venir dire qu’on va au-devant des difficultés à venir ? Parce que c’est ça, la réalité. On va au-devant des difficultés à venir. Donc nous sommes là pour ajuster ce qui n’est pas bon ».
TNTV : Une motion de défiance pourrait-elle corriger ça ?
Edouard Fritch : « Je pense que la motion de défiance sera vraiment au cas où l’on n’arrive plus à travailler. L’essentiel, aujourd’hui, c’est que l’on puisse s’exprimer. La motion de défiance c’est effectivement apporter un gros changement à la marche institutionnelle de ce pays. C’est une grosse responsabilité. Il faut qu’on soit vigilants là-dessus ».



