L’enquête a débuté avec les témoignages de deux adolescentes de 15 ans qui ont réalisé un stage dans cette garderie de Papeete à la fin de l’année 2025. Une immersion dans le monde professionnel qui les a écœurées.
Car, selon leurs dires, l’une des « taties » s’en prenait régulièrement à une demi-douzaine d’enfants dont elle avait la charge. Des petits âgés de quelques années à peine.
Les deux jeunes filles ont déclaré avoir vu la mise en cause forcer les enfants à manger et à boire en leur tenant fermement la tête en arrière, même après qu’ils aient régurgité, mais aussi les avoir régulièrement punis et tapés sans motif. Elle se serait aussi amusée à les asperger d’eau froide avec un tuyau.
D’après elles, la trentenaire tenait également des propos humiliants et elle aurait incité des tout-petits mordus par d’autres à faire la même chose en retour. « Ils avaient peur d’elle. Elle les traumatisait », avait expliqué l’une des adolescentes.
Autant d’accusations que la prévenue a nié en bloc, ce vendredi, devant le tribunal. « Il n’y a eu aucune violence. Je ne comprends pas », a-t-elle déclaré, mains dans les poches.
Selon celle-ci, les deux stagiaires chercheraient à se venger, car elle avait signalé à la responsable de la garderie qu’elles revenaient « avec les yeux rouges » de leur pause déjeuner. Les parents des deux ados l’auraient en outre contactée pour « lui demander pardon ».
Des éléments que la « tatie » n’avait pourtant jamais évoqués lors de ses auditions devant les policiers et qui ont été fermement démentis par les deux jeunes filles. Invitées à témoigner, ce vendredi, toutes deux ont encore maintenu leurs versions des faits.
« Ces gamines ont fait leur devoir de citoyennes »
Mais seul un couple de parents s’est constitué partie-civile, les autres n’ayant rien constaté de particulier. La directrice de la garderie, comme les collègues de la trentenaire, n’ont également pas « remarqué » de gestes ou propos déplacés.
« Comment expliquer que la directrice ne voit rien, que le binôme de ma cliente ne voit rien non plus ? (…) J’ai réellement le sentiment qu’elle est victime d’une injustice. Le ministère public n’a pas démontré sa responsabilité », a plaidé l’avocate de la trentenaire, Me Sophie Guessan, en sollicitant sa relaxe.
A l’inverse, le procureur Michel Mazars a dit n’avoir « pas de doute sur la culpabilité » de la « tatie ». « Nous n’avons pas pris pour argent comptant les déclarations de ces deux adolescentes. Nous avons pris des précautions durant toute la procédure. Et il n’y a rien qui puisse remettre en doute leur déclarations », a martelé le magistrat.
« Ces gamines de 15, 16 ans, ont fait leur devoir de citoyennes. Il faut les remercier d’avoir parlé. D’autant plus qu’on a cherché à les salir en laissant entendre qu’elles allaient fumer du paka à la pause de midi. C’est ce qu’on cherche à faire croire », a-t-il ajouté.
« Il n’y a pas eu chez ces adolescentes une volonté de se venger de qui que ce soit (…) Ce ne sont pas des menteuses », a enchainé l’avocate des jeunes victimes supposées, Me Karina Chouini, « c’est de la maltraitance. Il n’y a pas d’autres termes. On a l’impression de tortures infligées à des prisonniers ».
Le procureur a finalement requis une peine de 6 mois de prison avec sursis à l’encontre de la prévenue ainsi qu’une interdiction définitive d’exercer toute activité en contact avec des mineurs. Le tribunal s’est laissé le temps de la réflexion. Il rendra son délibéré vendredi prochain.



