Les couteaux s’aiguisent dans les grands fonds du Pacifique. Alors que l’administration Trump s’apprête à mettre aux enchères une zone maritime fédérale de 133 500 kilomètres carrés autour des Samoa américaines pour accélérer la délivrance de permis miniers, la Polynésie française – ou plutôt, les eaux qui l’entourent – suscite elle aussi l’intérêt d’entreprises étrangères.
Ainsi, comme l’explique le média américain Grist, la startup American Deep Sea Minerals, basée dans la Bay Area de San Francisco, cherche à obtenir auprès de l’administration US une autorisation d’exploration minière sur une zone de 25 millions d’acres (un peu plus de 100 000 km²) d’eaux internationales. Cette zone, dite Eastern High Seas Pocket 3, enclavée entre les zones économiques exclusives de la Polynésie française, des Îles Cook et de Kiribati, n’appartient en principe à aucun État. Mais, les États-Unis n’ayant jamais ratifié la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) de Montego Bay en 1982, Washington impose son propre cadre réglementaire.
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Le projet de la startup, qui pourrait bien correspondre à la volonté de Donald Trump de positionner les États-Unis en chef de file de l’extraction des minéraux critiques en se passant de l’AIFM (Autorité Internationale des Fonds Marins) a sans surprise fait réagir Moetai Brotherson. « Nous avons été approchés, mais nous n’avons pas été consultés. Nous ne restons pas passifs alors que des activités industrielles sont proposées à proximité immédiate d’écosystèmes que la Polynésie française a choisi de protéger » , explique-t-il à Grist.
Selon le président du Pays, la société américaine aurait d’abord fait parvenir à un représentant du gouvernement un bref mail d’introduction, sans donner davantage de précisions ensuite. « Aucune consultation n’a eu lieu concernant cette proposition, et le gouvernement n’a pas reçu d’informations suffisantes pour évaluer le projet ou ses répercussions environnementales potentielles » , précise-t-il encore au média américain.
Le PDG de la startup, Graham Goulet, a par ailleurs déclaré à Grist que son entreprise avait l’intention de consulter les gouvernements des trois pays concernés « au fur et à mesure du développement du programme d’exploration ». Ces discussions se dérouleront, selon lui, sous la supervision des États-Unis et conformément aux intentions décrites dans sa demande. La NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), l’agence gouvernementale américaine chargée d’instruire les demandes de licences d’exploration et d’exploitation des fonds marins dans les eaux internationales, étudie toujours sa demande.
« Ce cas dépasse le cadre d’une seule entreprise ou d’une seule demande de licence« , commente Moetai Brotherson. Dans un entretien accordé à la Revue internationale et stratégique, publié début juin, le président du Pays estimait que l’exploitation minière des grands fonds cumulait « des risques environnementaux potentiellement irréversibles, des bénéfices économiques incertains et des tensions géopolitiques qu’aucun dirigeant sérieux ne devrait traiter avec légèreté » .
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« Nous ne considérons pas cette demande particulière comme une recherche scientifique neutre » , prévient-il. Et le chef de l’éxecutif de conclure : « Elle s’inscrit dans une démarche menant vers une potentielle exploitation minière commerciale » .



