Dans un rapport d’observations définitives délibéré le 24 février 2026 après une procédure contradictoire avec les parties concernées, la Chambre territoriale des comptes (CTC) a examiné la politique culturelle menée en Polynésie française depuis 2020. Un contrôle qui couvre donc à la fois la fin de la précédente mandature et le début de l’actuelle, et qui « s’inscrit dans le prolongement de ceux du conservatoire de la Polynésie française et du centre des métiers d’art qui, malgré des faiblesses administratives, participent de cette préservation de la culture polynésienne. »
Si la juridiction financière reconnaît le rôle essentiel de cette politique publique pour préserver l’identité du fenua, renforcer la cohésion sociale et soutenir l’économie culturelle, elle estime que sa mise en œuvre souffre d’un manque de pilotage et de moyens.
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La Chambre rappelle que la Direction de la culture et du patrimoine (DCP) constitue le principal outil du Pays dans ce domaine. Chargée notamment du patrimoine culturel, des dossiers UNESCO et, depuis 2022, de la préservation des langues polynésiennes, elle ne remplirait toutefois pas l’ensemble des missions qui lui sont confiées, qu’il s’agisse de son rôle de programmation, de coordination ou d’accompagnement des établissements publics culturels.
Un budget limité
La CTC souligne également la faiblesse des moyens consacrés à la culture. En 2024, les dépenses publiques liées à ce secteur représentaient environ 2 milliards de Fcfp, soit moins de 1% du budget global de la collectivité. En termes de dépenses par habitant, cela équivaut à environ 7 200 Fcfp par an.
Plus de la moitié de cette enveloppe est consacrée au financement courant des établissements publics administratifs culturels.

Les magistrats financiers relèvent aussi un décalage entre les ambitions affichées et les sommes dépensées. Les crédits d’investissement effectivement consommés (328 millions de Fcfp en moyenne) demeurent limités et plusieurs projets structurants annoncés au fil des années n’ont pas été lancés. La rénovation du Musée de Tahiti et des Îles concentre à elle seule une part importante des investissements réalisés sur la période.
La Chambre met également en avant l’absence de véritable vision stratégique. Aucun schéma directeur de la politique culturelle n’existe aujourd’hui et les différentes feuilles de route ne prévoient ni programmation pluriannuelle des investissements ni perspective à long terme : « La faiblesse des moyens humains et financiers complique la mise en œuvre des missions. La difficulté est accentuée par l’inadéquation des compétences par rapport aux missions attribuées et l’incomplétude des textes législatifs et réglementaires. Dans ce contexte, la structuration, la programmation et le pilotage de la politique culturelle représentent des enjeux déterminants. Cependant, aucun schéma directeur n’existe et les feuilles de route ne comportent pas de prospective pluriannuelle, ni même de programmation
pluriannuelle des investissements » peut-on lire.
Des fragilités juridiques
Le rapport pointe par ailleurs plusieurs fragilités juridiques. Elles concernent notamment certaines procédures de commande publique, la gestion de sites patrimoniaux, l’externalisation de prestations ou encore les modalités d’attribution des subventions culturelles.
Pour la CTC, la Polynésie française devra mieux définir les contours de sa politique culturelle, développer des outils de collecte de données et d’évaluation, renforcer la coordination entre les différents acteurs concernés et s’assurer que les moyens mobilisés correspondent aux objectifs fixés.
Six recommandations
Afin d’améliorer l’efficacité de cette politique publique, la Chambre formule six recommandations :
• Organiser, d’ici la fin 2026, le pilotage et la coordination des actions menées en matière de promotion des langues polynésiennes ;
• Définir et mettre en œuvre sans délai un plan d’actions pour les deux biens inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO ;
• Doter, en 2027, la Polynésie française d’un schéma directeur relatif à la politique culturelle de la Collectivité ;
• Établir, dès à présent, des conventions avec les organismes subventionnés afin de fixer des objectifs comportant des indicateurs de mesure de la pertinence du financement des actions ;
• Élaborer un code consolidé de la culture et du patrimoine assurant la complétude du droit culturel polynésien à l’échéance 2028 ;
• Dès 2026, en complément du schéma directeur recommandé dans le présent rapport, élaborer une programmation pluriannuelle en fonctionnement et en investissement, établissant les moyens alloués par la Collectivité à la politique culturelle.



