« Le cap du gouvernement demeure inchangé, pas figé, sclérosé », a introduit le chef du gouvernement dans son discours d’ouverture. Un cap qui s’appuie sur un programme électoral, « celui sur lequel nous sommes allés à la rencontre des Polynésiens » pour les territoriales de 2023 a rappelé le président, avant d’acter une réalité politique : « la majorité qui avait porté ce programme est divisée en deux groupes ».
Dans une posture d’ouverture, il a appelé les 57 représentants à dépasser les clivages, rappelant qu’ « une bonne idée n’a pas de couleur ».
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Convoquant des figures comme Martin Luther King Jr. et Nelson Mandela pour illustrer la puissance des rêves politiques, il cite également Oscar Temaru et l’inscription de la Polynésie à l’ONU en 2013 comme moment fondateur avant de mettre en garde contre les « rêves fous ou solitaires ».
Identité, culture, histoire : s’adressant directement « aux Polynésiens et aux Polynésiennes », le président du Pays s’est engagé sur un récit à résonnance nationale, illustrant son propos de l’image emblématique du va’a. « Notre peuple est une pirogue, cette pirogue a navigué sur le plus grand océan du monde, traversé les tempêtes et n’a jamais eu peur de l’inconnu, car elle y était préparée ».
Un va’a devenue « terre » pour accueillir un « fare pote’e » posé sur cinq piliers dont la foi, la démocratie « garante de la souveraineté », la protection de l’environnement « notre prolongement », la culture et l’identité « ancrées par des racines profondes » et enfin l’égalité et l’inclusion, car « aucune différence ne doit exclure ».
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Une corde « faite de fibres jeunes, souples, et d’autres plus anciennes, rigides, tient l’ensemble de la structure. C’est le lien entre les générations », poursuit le président, filant la métaphore jusqu’au bout. Au sol « un immense peue, tressé de deux fibres essentielles » illustre « la paix et la responsabilité ».
Un va’a qui tient « par la force de ses liens et la résilience de son équipage. La famille, l’entraide, l’esprit de communauté sont essentiels », rappelle-t-il, et sur lequel « chacun est libre de créer, tailler, tresser, pêcher tant qu’il respecte l’autre et contribue au collectif ».
Au-delà de cette vision politique et d’une nouvelle offre souverainiste, pas un mot sur le bilan du gouvernement ou son plan d’actions pour les mois à venir, comme le veut le règlement (article 4). Un point d’ailleurs soulevé par l’élue non inscrite, Hinamoeura Morgant-Cross. Interrogé sur ce choix, Moetai Brotherson a simplement répondu qu’il était indépendantiste.
« A Fano Tia, A Fano Ti’a tatou ». C’est sur ses mots que le président a terminé son discours. Un clin d’œil au nom du nouveau parti « A fano ti’a » (« Gardons le cap »), dont il sera lui-même le président, même s’il n’a pas encore démissionné du parti bleu ciel. « Bien évidemment », confirme Steve Chailloux. Pour l’élu démissionnaire du groupe Tavini aux côtés de 14 autres membres, la séance d’ouverture de la session administrative est l’occasion de « jouer cartes sur table ».
« Évidemment que je suis pleinement d’accord avec le discours qui a été prononcé par le président de la Polynésie française, dans lequel il a exprimé et réaffirmé et clarifié une vision politique essentielle, je pense, pour notre pays, pour la clarification du débat démocratique, aussi dans ce clivage qu’il peut y avoir entre les autonomistes et les indépendantistes. Aujourd’hui, nous avons une nouvelle offre souverainiste, avec une vision, me semble-t-il, claire » a souligné l’élu.
Le parti A fano ti’a devrait se constituer très rapidement selon lui. « Il s’agira de semaines, voire peut-être un mois, mais on ne prendra pas six mois. (…) Les fondamentaux sont posés, nous mettons en place les structures ». Le nouveau parti prive cependant le gouvernement d’une majorité absolue et menace de réduire sa marge de manœuvre dans l’adoption des textes. Notamment si les deux groupes indépendantistes ne trouvent pas de terrain d’entente.



