« Qu’il dégage ! » : des militants du Tavini demandent la démission de Moetai Brotherson

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Une petite centaine de militants du Tavini Huiraatira s’est rassemblée ce jeudi matin dans le hall de l’Assemblée de la Polynésie française, pour la première séance de la session administrative. Si certains soutiennent encore le président du Pays, d’autres réclament ouvertement sa démission, dans un climat tendu mais sans débordement.

Dans le hall de l’Assemblée de la Polynésie française (APF), une petite centaine de militants du Tavini Huiraatira s’est mobilisée face à la création du nouveau groupe A Fano Ti’a. Banderoles à la main, plusieurs réclament le départ du président du Pays. On peut notamment lire : « Incompétent à préparer le fenua à l’indépendance, Moetai démissionne », « Démission non négociable », « Moetai, le peuple a faim et décide de ta fin » ou encore « Moetai Get Out ».

Sur place, les avis divergent. Certains militants appellent à la responsabilité des élus et à un règlement des tensions en interne. Bélinda, militante, confie : « C’est aux élus qui ont été élus à l’Assemblée de prendre leurs responsabilités. Et ils les ont prises. Maintenant, on a deux groupes Tavini au sein de l’Assemblée, on va voir ce qu’ils vont faire par la suite. Ma préférence va aux gens qui travaillent et étudient les dossiers afin d’apporter un bien-être à la population, car c’est le peuple qui les a élus. Donc au travail. Les dissensions et les imperfections, c’est à eux de les régler. C’est pas au peuple de leur dire quoi faire. On les a élus, maintenant, qu’ils prennent leurs responsabilités. Moi, je suis Tavini et je le resterai. Il y a des choses à régler en interne. C’est comme dans un foyer, qu’ils lavent leur linge sale en interne ».

 

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D’autres affichent une position plus radicale, parfois sans même connaître précisément le contenu des messages qu’ils brandissent. L’un des militants explique : « Je ne l’ai pas lue (la pancarte, Ndlr), on m’a demandé de la tenir. Mais je suis d’accord pour que Moetai démissionne. Je voudrai que Oscar Temaru soit le président du Pays. Moetai n’a pas suivi le protocole du Tavini pour l’indépendance ».

À l’inverse, certaines voix appellent à la prudence sur la question de l’indépendance et soutiennent l’actuel président. Marthe, militante, estime : « Je ne suis pas d’accord, l’indépendance, ça se prépare. Je suis plus du côté de Moetai Brotherson et de Tematai Le Gayic. Je respecte Oscar, mais on ne va pas à l’indépendance comme ça, il faut faire attention, il faut faire un référendum. (…) Moetai a quand même fait de bonnes choses. Le Gayic est jeune, la place est aux jeunes aujourd’hui ».

« Ce qu’il a dit, c’est que des bobards. »

Malgré ces divergences, le discours de Moetai Brotherson n’a pas convaincu une partie des militants présents. Certains laissent éclater leur colère : « Non, c’est trop, qu’il dégage ! ». Laura, militante, se dit profondément déçue : « Je ne suis pas contente de son mandat. Nous avons été sur le terrain jour et nuit pour le soutenir. Et voilà le résultat aujourd’hui, il va former un autre parti ! Ce n’est pas juste. Il fallait terminer les deux ans qu’il nous reste. Et là, qu’est-ce qu’il a fait ? Il nous rejette ! Ce qu’il a dit, c’est que des bobards. Il dit qu’il faut monter sur une pirogue ? C’est que Oscar qui peut être sur la pirogue ! Lui, il ne pourra pas ! Sans Oscar, il ne pourra pas ! Je suis vraiment déçue ».

D’autres, en revanche, défendent le bilan du président et soutiennent la création du nouveau parti. Herenui affirme : « Pour moi, Moetai est un bon président, il a un bon programme. C’est un politique posé. J’ai vu son programme avancer pour la Polynésie. On n’a plus de dettes avec lui, on a remboursé toutes les dettes en France. Il faut lui laisser finir son mandat. Il est incroyable ».

Une pétition en cours

Dans la foule, une pétition circule également. Portée par le militant Tavini Gilles Parzy, elle doit être remise au président de l’APF Antony Géros. Il explique : « Cette pétition dit avant tout que le président Brotherson a failli à sa mission, et a trahi sous deux aspects. Le premier aspect, c’est bien-sûr contre le peuple. Il s’est engagé, c’était le programme, à assurer la résilience du pays, du peuple face à nos vulnérabilités criantes, celles de l’alimentaire, de l’énergétique, et sécuritaire aussi maintenant avec toute cette drogue qui se distribue de partout, et cette violence qui est difficilement canalisable. Et le deuxième aspect, c’est simplement une trahison politique. Elle est claire. Alors que les engagements étaient clairs aussi au départ vers lesquels il s’est tourné et que maintenant, il renie. (…) Le devoir d’un président, c’est pas celui de la division, c’est celui du rassemblement pour la protection du pays et de ses besoins premiers ».

« Si certains veulent faire de l’anti-jeu et saboter l’action du gouvernement, je ne peux pas les en empêcher. »

À ce stade, le président du Pays reste membre du Tavini, alors que Steve Chailloux a confirmé qu’il serait le président du nouveau parti A Fano Ti’a. Interrogé à l’issue de son discours d’ouverture, Moetai Brotherson a tenu à rappeler les objectifs communs du mouvement : « Je pense que les deux groupes sont indépendantistes, il ne faut pas l’oublier. Les deux groupes ont fait la même campagne en 2023, à part peut-être ceux qui n’ont pas lu le programme. Et on a comme objectif en commun d’accession à la pleine souveraineté et à l’indépendance. Si certains veulent faire de l’anti-jeu et saboter l’action du gouvernement, je ne peux pas les en empêcher ».

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