TNTV : On vient d’entendre Odette Homai, elle n’est pas surprise de votre décision tout comme Moetai Brotherson, vous l’aviez en tête depuis un moment cette décision.
Tematai Le Gayic : « Quand j’ai commencé à faire de la politique, c’était au Tavini Huiraatira. J’ai pris ma carte au Tavini Huiraatira le 17 août 2020. J’avais 19 ans, c’est mon premier parti politique. Ce type de décision n’est pas prise à la légère parce que les femmes et les hommes qui sont à l’intérieur de ce parti, je les respecte et j’éprouve de l’amitié pour elles. Je respecte le président du Tavini Huiraatira. »
TNTV : C’est ce que vous avez fait comprendre au travers de la lettre que vous lui avez adressée.
Tematai Le Gayic : « Quand j’ai pris cette décision, elle a été prise à la suite des élections municipales. Ces élections m’ont appris quel était le sens de mon engagement. »
TNTV : C’est le fait que vous n’ayez pas été soutenu par Oscar Temaru ?
Tematai Le Gayic : « Pas du tout. Je l’ai rappelé à plusieurs reprises pendant les élections. Je n’ai aucun grief. Au contraire, j’ai toujours dit que je respectais la décision d’Oscar Temaru de faire ce choix de soutenir Tauhiti Nena. Et comme je l’ai dit, si le choix porté à Tauhiti Nena était parce qu’on avait des dissensions liées à la question d’une indépendance urgente, à la question de l’exploitation des fonds marins, alors je suis rassuré de ne pas avoir le soutien de Tauhiti Nena, parce que ce n’est pas la raison pour laquelle je me suis engagé dans ces élections municipales. Vraiment pas. À plusieurs reprises, j’ai rencontré personnellement le président Oscar Temaru pendant ces derniers mois. Et à plusieurs reprises, il y a des différences dans la manière de voir la chose politique. »
TNTV : Est-ce plus une manière de voir les choses, sont-ce les décisions que prennent Oscar Temaru qui divisent au sein du parti ?
Tematai Le Gayic : « Je crois qu’à l’intérieur de la politique polynésienne, il faut accepter qu’un parti politique est incarné par un homme ou une femme politique. Et quand on n’est plus en adéquation avec l’homme ou la femme politique qui incarnent ce parti politique, on doit se mettre de côté. C’est ce qu’a dit le président Oscar Temaru, c’est ce qu’a dit le président Antony Géros quand il y a eu certaines dissonances à l’intérieur du Tavini Huiraatira. C’est la responsabilité que j’ai prise. Encore une fois, je respecte la personne. À plusieurs reprises, on s’est rencontrés. On a des différences de point de vue sur la manière d’aborder l’indépendance. »
TNTV : Des différences plus concrètement sur l’indépendance en elle-même ?
Tematai Le Gayic : « Moi, je l’ai toujours dit et j’aimerais le répéter ce soir. L’indépendance n’est pas une finalité en soi. L’indépendance, c’est un outil. Je parle plutôt de souveraineté. La souveraineté, c’est un outil statutaire, c’est un outil politique, c’est un outil juridique qui ne peut pas être valorisé en tant qu’objectif politique. Parce que l’objectif politique, c’est comment est-ce qu’on rééquilibre l’économie du pays, un rééquilibrage social, comment est-ce qu’on apporte plus de logements, plus d’emplois. Et c’est en ça que l’élection municipale m’a appris beaucoup d’enseignements, m’a rapproché des familles de Papeete, m’a rapproché du quotidien des familles et de ce qu’ils demandent véritablement. »
TNTV : Il y aura d’autres démissions, selon Moetai Brotherson, si la situation n’est pas rapidement clarifiée. C’est aussi votre avis ?
Tematai Le Gayic : « Pendant les élections municipales, on m’a posé la question (de savoir) s’il était nécessaire qu’il y ait une clarification. Et je l’ai dit, oui. J’ai pris ma responsabilité personnelle au regard de mon engagement au sein du Tavini Huiraatira, encore une fois lié à de réelles discussions que j’ai eues avec le président Oscar Temaru ces dernières semaines. »
TNTV : Que vous avez pu rencontrer, ces derniers jours. Votre démission a-t-elle été actée ?
Tematai Le Gayic : « Je n’ai pas eu de retour de cette démission. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle je n’ai pas siégé mercredi matin à l’Assemblée. J’ai rencontré le président Antony Géros, qui est le seul à m’avoir appelé. Je suis allé le voir. On a discuté. Il m’a dit qu’il fallait attendre que le parti se réunisse et qu’il était préférable que je puisse ne pas siéger le temps qu’il y ait une discussion. Quand j’ai rencontré le président Antony Géros, je lui ai dit que ma démission du Tavini Huiraatira ne retire en rien. Et au contraire, je défends allègrement le programme qu’il nous a apporté en 2023. Je suis pour la stabilité des institutions. Je défendrai les lois et le gouvernement quand ça va dans le bon sens. Et je ne suis pas là, comme a pu penser le président Édouard Fritch, en trouble-fête, pour pouvoir déstabiliser nos institutions. Aucunement. »
TNTV : Vous pourriez envisager la formation d’un parti ? On entendait Odette Homai vous inviter à rejoindre, à former un groupe à l’Assemblée.
Tematai Le Gayic : « En langue tahitienne, il y a eu une volonté de vouloir mettre tous les non-inscrits dans le même groupe, parce que ça correspondait au nombre d’élus nécessaires. Je ne suis pas de cet avis-là, parce que nous ne portons pas les mêmes convictions politiques avec d’autres élus qui sont non-inscrits. Donc je n’irai pas m’inscrire dans un groupe de ce type. Encore une fois, ma sortie est liée au fait que je ne pense pas la souveraineté de la même manière. Je pense encore une fois qu’on est capable de dépasser ce clivage, on est capable de désacraliser l’objectif de l’indépendance. »
TNTV : Si la situation s’apaise au sein du Tavini Huiraatira, vous pourriez y retourner ?
Tematai Le Gayic : « Non, c’est pas le cas. Ce n’est pas ce que je viens de dire. »
TNTV : Donc vous restez indépendantiste, mais vous siègerez seul.
Tematai Le Gayic : « Je reste sur mes convictions, qui est que la souveraineté politique de notre Pays, c’est une étape institutionnelle et logistique à atteindre, mais que dans le cadre de l’autonomie que nous avons aujourd’hui, nous devons développer l’économie de notre pays, développer le rééquilibrage social pour apporter les réelles réponses au quotidien des Polynésiens. »
TNTV : Continuer de siéger seul en tant que non inscrit, c’est tout de même risqué pour les prochaines échéances politiques.
Tematai Le Gayic : « J’ai été élu en 2023 pour satisfaire un projet politique, qui est celui que je viens de décliner, apporter plus d’emplois, plus de logements, plus de santé, plus de sécurité. Il me reste deux ans pour soutenir ce programme. Je le défendrai même si je n’ai que trois minutes de temps de parole. Si ça va dans le bon sens, je soutiendrai. Si ça va dans le bon sens, je soutiendrai le gouvernement, une majorité qui se déclarerait à l’Assemblée de Polynésie (…). C’est l’objectif que je souhaite avoir pour les deux prochaines années, d’ouvrir une orientation politique différente que nous avons aujourd’hui entre le bloc autonomiste et indépendantiste. Je pense encore une fois que ce clivage, il est dépassé, qu’il faut qu’on fasse tous le deuil (du fait) que le statut, ce n’est pas l’alpha et l’oméga de notre vie politique, qu’on doit le mettre de côté, et que les questions aujourd’hui, c’est comment est-ce qu’on apporte plus de logements, etc. »
TNTV : Donc le deuil de la vision d’Oscar Temaru, quelque part ?
Tematai Le Gayic : « Le deuil de tous les autonomistes et de tous les indépendantistes qui veulent diviser notre peuple sur une question qui est juste statutaire et juste légistique. Ce Pays, dans son histoire, on prendra le temps qu’il fautn si c’est dans dix ans, si c’est dans vingt ans, si c’est dans cinquante ans, il deviendra souverain. D’un point de vue politique, d’un point de vue économique. Mais encore une fois, on doit se donner les moyens pour. Et aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’on déclare vouloir l’indépendance de ce Pays ou vouloir l’autonomie de ce Pays qu’on deviendra véritablement autonomes ou indépendants. »
TNTV : Vous pourriez ambitionner pour les sénatoriales et les territoriales. Avez-vous des ambitions ?
Tematai Le Gayic : « Je ne pense pas que je puisse avoir ce type d’ambition au regard de ce que je suis (…). Je suis conseiller municipal à Papeete. Je défendrai le programme de Tutahi ia Papeete à l’intérieur du conseil municipal de Papeete. Je suis élu à l’Assemblée de Polynésie. Je défendrai le programme qui m’a fait élire en 2023. Mais dans un point de vue plus global, ce sont les ambitions politiques à l’âge que j’ai. J’ai envie de proposer une nouvelle orientation politique qui dépasse les clivages indépendantistes et autonomistes. Avec des femmes et des hommes qui souhaitent m’accompagner, mais pas dans une logique de bloc. »



