Marine nationale : « Un poste en métropole, c’est souvent la possibilité, derrière, d’une affectation au fenua »

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Le capitaine de vaisseau Mario Benedetti, le chef du service de recrutement de la Marine nationale, était l’invité du journal de TNTV, ce mardi. Chaque année, environ 120 jeunes Polynésiens rejoignent les rangs de la Marine qui propose environ 80 métiers. Un « tremplin » pour les jeunes recrues, selon Mario Benedetti, avec des perspectives d’exercer en Polynésie. « Un poste en métropole, c'est souvent la possibilité, derrière, d'avoir une affectation au fenua », dit-il. Interview.

TNTV : Vous êtes le responsable du service de recrutement de la Marine nationale et vous êtes arrivé dimanche en Polynésie, quel est l’objet de votre venue ? 

Mario Benedetti : « Ma mission, c’est de procéder au recrutement des 4 000 jeunes qui vont constituer chaque année les équipages de la Marine d’aujourd’hui et de demain. Mon unité est présente dans 60 CIRFA en métropole et 6 en Outre-mer. Donc j’ai choisi pour mon premier déplacement d’Outre-mer la Polynésie française, parce que les Polynésiens, c’est un peuple de navigateurs. Ils sont motivés, travailleurs, on a vu leur motivation. Ce déplacement est pour moi l’occasion de venir à la rencontre des jeunes, de leur famille aussi, on sait que la famille c’est important ici. Aujourd’hui, j’ai participé à une séance d’informations collective, j’ai parlé avec les jeunes et avec les parents des différentes possibilités qui existent au sein de la Marine dans 80 métiers ». 

TNTV : Comment explique-t-on ce besoin constant de nouvelles recrues ? 

Mario Benedetti : « La Marine nationale, effectivement, s’intéresse au recrutement puisque l’équipage total de la Marine c’est 38 000 marins. Les jeunes font en moyenne 10 ans au sein de la Marine, donc c’est 10% que nous recrutons chaque année et, localement, c’est 120 jeunes qui rejoignent la Marine. Alors la Polynésie française, ce n’est pas étonnant puisque la superficie maritime est l’équivalente de l’Europe, c’est 118 îles, 5 archipels et le fait maritime est vraiment inscrit dans l’histoire des Polynésiens ». 

TNTV : Vous proposez plus de 80 métiers dans la Marine nationale. Lesquels sont réellement accessibles localement ? 

Mario Benedetti : « Nous recrutons de 18 à 30 ans sans condition de diplôme, dans des métiers, y compris localement, qui sont des métiers de soutien administratif, par exemple dans les bureaux, des métiers techniques, notamment la maintenance dans les ateliers, ça peut être également embarquer sur les bateaux ou dans l’aéronautique navale. Et puis il y a des métiers plus opérationnels comme manœuvrier. Donc, globalement, cette première expérience de recrutement local est l’occasion d’un tremplin, peut-être d’une immersion pour aller vers des postes plus en métropole ».

TNTV : La majorité des recrues est-elle obligée de partir ? 

Mario Benedetti : « On leur propose cela avec toujours la possibilité de retour au fenua, c’est-à-dire qu’un poste en métropole, c’est souvent la possibilité derrière d’avoir une affectation au fenua ». 

TNTV : Certains jeunes évoquent leur crainte de l’éloignement familial, l’embarquement long, encore un rythme opérationnel parfois soutenu. Quelle est la réalité du quotidien d’un marin ? 

Mario Benedetti : « Le marin sert dans l’une des quatre forces principales de la marine, c’est-à-dire les bateaux de surface, les sous-marins, l’aéronautique navale ou les fusiliers marins. Il peut être également marin-pompier dans les sémaphores, dans les ateliers, comme je le disais tout à l’heure. Ce qui se passe, c’est que le marin en réalité n’a pas qu’un seul métier, c’est ce qui est extraordinaire. Un bateau, c’est une ville flottante qui vit jour et nuit. Donc le jeune qui va être à la passerelle, par exemple navigateur, il peut être en renfort s’il y a un risque d’incendie ou pour un accostage. Il peut avoir d’autres fonctions que celles qui découlent de son métier principal. »

TNTV : Localement, les recrutements se font à partir de 18 ans. Pourtant, en métropole, ce seuil peut atteindre 16 ans avec notamment la possibilité d’intégrer l’Ecole des mousses. Pourquoi nos jeunes Polynésiens ne peuvent pas y accéder ? 

Mario Benedetti : « Alors je corrige, le recrutement c’est de 16 à 30 ans. Donc les Polynésiens, bien sûr ont accès à toutes les possibilités de recrutement dans les écoles, que ce soit l’Ecole des mousses, comme vous le précisez, qui commence à 16-17 ans, ou l’Ecole des matelots dès 17 ans et ensuite l’Ecole des sous-officiers, l’Ecole des officiers mariniers, maistrance, donc le niveau requis c’est le niveau BAC minimum ». 

TNTV :16 ans, c’est très jeune. Sont-ils accompagnés ?

Mario Benedetti : « Il est certain que venir en métropole, ça exige un accompagnement, donc ça c’est vraiment une de nos priorités qui est d’informer, de sélectionner mais aussi d’accompagner tout au long de leur processus et jusqu’à l’arrivée en métropole pour que cette immersion se passe de la meilleure façon possible, sachant que l’engagement au sein de la Marine c’est une succession d’étapes. On construit un parcours pas à pas. On a différentes possibilités. On commence dans un métier, dans un environnement mais on peut évoluer. La méritocratie, c’est quelque chose qui marche très bien. Et puis ce à quoi les jeunes Polynésiens sont vraiment sensibles, c’est l’esprit d’équipage qui, là aussi, est vraiment dans l’ADN des Polynésiens. C’est-à-dire cet amour de la mer mais aussi ce sens du collectif, de la solidarité ».

TNTV : Au niveau de la rémunération. Où se situe-t-elle pour un recrutement local ? 

Mario Benedetti : « Les salaires, c’est une solde base qui est indexée et qui après dépend de la situation familiale et aussi du fait d’être embarqué. Ça peut beaucoup évoluer. Ça peut commencer à 2800 euros (environ 336 000 francs, ndlr) pour un recrutement local ».

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