Vagues de chaleur intenses, assèchement des sols : à quoi ressemblera la Polynésie en 2100?

Publié le

À quoi ressemblera la Polynésie française à la fin du siècle ? C’est la question au cœur des assises océaniennes du programme Clipssa, organisées cette semaine à l’Université de la Polynésie française. Scientifiques et spécialistes de quatre territoires du Pacifique livrent des projections inédites à haute résolution et explorent les stratégies d’adaptation face au changement climatique.

Imaginer le climat de la Polynésie française en 2100 : c’est l’ambition du programme Clipssa (Climat du Pacifique, savoirs locaux et stratégies d’adaptation), dont les résultats seront présentés cette semaine à l’Université de la Polynésie française dans le cadre des assises océaniennes.

Le projet rassemble des chercheurs de Polynésie française, de Nouvelle-Calédonie, du Vanuatu et de Wallis-et-Futuna autour d’un même objectif : affiner les projections climatiques pour les territoires insulaires du Pacifique.

 

– PUBLICITE –

Les modèles climatiques mondiaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), avec des maillages compris entre 100 et 200 kilomètres, peinent à représenter précisément les réalités locales. Pour y remédier, le programme Clipssa a développé des modèles régionaux beaucoup plus fins, capables de descendre jusqu’à une résolution de 20 km (Aladin), jusqu’à 2,5 km (Arome).

« Il fallait scientifiquement trouver un moyen de travailler ensemble pour faire un downscaling, descendre à l’échelle des territoires. (…) c’est une demande des territoires qui avaient besoin vraiment d’avoir des meilleures connaissances scientifiques inédites pour pouvoir mieux adapter leur plan d’adaptation au changement climatique », explique Fleur Vallet, géographe et coordinatrice du projet.

Des vagues de chaleur plus longues et plus intenses

Parmi les principaux enseignements, les chercheurs alertent sur une augmentation des épisodes de chaleur extrême dans les décennies à venir. « En associant les fortes températures aux fortes humidités qu’on connaît sous les tropiques, on va avoir ce qu’on appelle des vagues de chaleur humide. Et on sait très bien qu’aujourd’hui lorsqu’on a des températures qui dépassent les 32 degrés avec 90% d’humidité pendant la saison chaude, ça devient compliqué, prévient Jeremy Guerbette, référent SOCLE Outre-Mer. Aujourd’hui, les températures les plus élevées sur la commune de Faa’a sont autour des 34 degrés. On va aller au-delà de ces 34 degrés dans le futur. Et on pourrait avoir des vagues de chaleur qui durent plusieurs dizaines de jours. Ce sont des choses qu’on ne voit pas actuellement », ajoute-t-il.

Face à ces évolutions, l’agriculture apparaît comme l’un des secteurs les plus vulnérables. Le programme s’est donc particulièrement intéressé aux cultures typiques du Pacifique, comme le taro, l’igname ou la patate douce. « Même si on ne s’attend pas à une rupture majeure en termes de précipitation dans le futur, vu que les températures continuent à augmenter, on va avoir plus d’évaporation au niveau du sol. Et les plantes vont d’autant plus transpirer. Donc on risque d’avoir, dans le futur, des assèchements du sol qui seront plus forts et plus longs », conclut Jeremy Guerbette.

Ré-adaptation

Au-delà des simulations climatiques, les chercheurs ont également conduit des centaines d’entretiens auprès d’agriculteurs du Pacifique, dont une cinquantaine à Tahiti et Moorea. L’objectif : comprendre comment les populations s’adaptent déjà aux changements observés.
« On s’est dit que les meilleures pistes d’adaptation étaient déjà présentes sur les territoires. Les territoires du Pacifique ont une grande histoire de résilience et d’adaptation à différents changements, qu’ils soient historiques, politiques ou environnementaux », souligne Maya Leclercq, chercheuse en anthropologie spécialisée dans les savoirs locaux en Polynésie française.

Les travaux montrent que les solutions ne reposent pas sur une recette unique mais sur une multitude d’ajustements du quotidien. « En fait, le changement climatique est dilué dans la vie des habitants du territoire. On s’attend souvent à trouver des savoirs un peu extraordinaires, un peu magiques, sur lesquels il faudrait absolument miser, développer pour les diffuser et s’assurer d’avoir une agriculture plus résiliente. C’est un peu plus compliqué que ça. On a plutôt vu des faisceaux de savoirs. On expérimente un petit peu ici : on va regarder chez son voisin, on met un petit peu plus d’eau, on plante un peu plus profond (…) on se réfère aux savoirs anciens, ceux des générations précédentes, voire des ancêtres, les tupuna. Mais on regarde aussi ce qui se passe à la télé. On regarde aussi ce que dit le calendrier agricole », détaille-t-elle.

Les chercheurs poursuivront toute la semaine leurs échanges sur le campus d’Outumaoro.

Dernières news

A lire aussi

Activer le son Couper le son