Kayangel compte une soixantaine d’habitants. Située à deux heures et demie de bateau au nord de Koror, où vit la plupart des Paluans, cette petite île voit son avenir s’assombrir sous l’effet du changement climatique.
À 83 ans, Harumi Chiokai, la doyenne de l’île, a connu cinq cyclones. Le plus dévastateur reste Haiyan, qui a frappé Kayangel en 2013. « Les vents n’avaient jamais été aussi forts, tout volait dans tous les sens. Mais Dieu nous a épargnés parce qu’on est restés sur notre île », raconte-t-elle.
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« Les maisons, l’école, tout a été détruit. Les toits ont tous été emportés », ajoute Eduardo Gamino, agent d’entretien de Kayangel.
Pourtant, ni Harumi Chiokai ni Eduardo Gamino n’envisagent d’abandonner leur maison, encore moins leur île. Selon une croyance locale, une île disparaît lorsqu’elle n’est plus habitée. Beaucoup préfèrent donc rester, malgré les risques.
« On ne veut pas abandonner notre île : pour nous, c’est notre mère. La plupart des habitants pensent comme moi, on est restés pendant le cyclone, il a cassé beaucoup de choses, mais on a survécu grâce à nos prières », explique Ebil Ungilrend, habitante de Kayangel.
Lorsqu’un cyclone approche, les habitants ont l’habitude de se réfugier dans leur salle de bain, souvent la seule pièce en béton de leur maison. Mais en 2013, Haiyan a presque tout emporté. Une famille a trouvé refuge dans sa cuve pour survivre. Depuis, un abri anticyclonique a été construit près du quai.
Les cyclones ne sont toutefois pas la seule menace. Les habitants constatent également une raréfaction des ressources marines. « À cause du changement climatique, on a remarqué qu’il y avait moins de poissons, c’est comme s’ils s’enfuyaient », déplore Lovelyn Inawok, une habitante.

Les cultures sont elles aussi touchées. Après le passage de Haiyan, l’eau salée a pénétré dans les tarodières. Là où poussait autrefois un taro réputé pour sa qualité s’étend désormais une bande sableuse. Et le tarot qui subsiste en périphérie n’a plus le même goût.
« Après le cyclone, nous n’avons plus pu manger le taro de cette tarodière. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais il est devenu trop salé, alors… on a arrêté de le cultiver. Il n’y a que sur les côtés qu’il est encore mangeable. Et c’est pareil dans deux autres tarodières », témoigne Neal Riungel, garde forestier de Kayangel.
Face à cette situation, les autorités locales réclament une aide extérieure. « On a besoin des expertises des grands États pour réussir à cultiver à nouveau du taro. Nous dépendons de ce taro pour vivre. On est une soixantaine ici et on ne veut pas partir. On veut rester chez nous jusqu’à notre dernier souffle », insiste Richard Ngiraked, gouverneur de Kayangel.
Les habitants restent profondément attachés à leur île et refusent, pour l’heure, de la quitter. Mais si les cultures et les ressources marines continuent de décliner, ils pourraient être contraints de rejoindre Koror, la capitale économique de Palau, abandonnant avec Kayangel une partie de leurs racines.



