Derrière les portes des foyers polynésiens, les violences intrafamiliales restent une réalité préoccupante. Les enfants en sont particulièrement victimes. Selon l’Observatoire des violences faites aux femmes et intrafamiliales de Polynésie française, plus de 80 % des viols jugés aux assises à Papeete concernent des victimes mineures. Dans 70 % des cas, les agresseurs sont des proches, notamment des maris, des oncles ou des beaux-pères.

Face à ce constat, la gendarmerie de Polynésie française a renforcé ses moyens avec la création de la B-Safe, une brigade composée de six enquêteurs entièrement consacrés à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
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Installée à la gendarmerie de Faa’a, cette unité spécialisée prend en charge les dossiers les plus sensibles, notamment ceux impliquant des mineurs. Auditions des victimes, recueil de témoignages, investigations et confrontation des auteurs présumés aux faits : les enquêteurs doivent constituer des procédures solides, tout en veillant à la protection des personnes concernées.
Accélérer les procédures pour mieux protéger les victimes
L’un des principaux objectifs de la B-Safe est de réduire les délais de traitement des affaires. Car pour certaines victimes, la longueur des procédures peut constituer un frein au dépôt de plainte.
« Les victimes attendent très souvent. Il y a même des victimes qui ne vont pas oser aller déposer plainte, parce que pour eux, c’est une perte de temps, ça va traîner, ça n’en finira plus. Alors que nous, ça va être notre force, c’est d’agir le plus rapidement possible pour aller chercher ces mises en cause et monter les dossiers, les procédures, de façon à ce que le magistrat puisse avoir tous les éléments pour prendre sa décision », explique la major Mareva Audaire, commandante de la B-Safe.


La sécurité des victimes demeure la priorité, particulièrement lorsqu’un mineur est concerné ou qu’une personne se trouve en danger immédiat.
« Tout dossier, déjà, où il y a des personnes en danger, en danger imminent, ou alors où il y a une présence de mineurs. Donc, ça ramène un caractère d’urgence, qui fait que nous on doit intervenir pour préserver les personnes et mettre tout le monde en sécurité », précise l’adjudant-chef Gaëtan Garcia.
Une brigade mobile, en renfort des autres unités
La B-Safe n’est toutefois pas une unité d’intervention d’urgence. Elle intervient en appui des brigades territoriales, auxquelles elle apporte son expertise dans le traitement des affaires de violences intrafamiliales.
Ses enquêteurs peuvent se déplacer dans les différentes brigades de Tahiti, mais également directement auprès des victimes, notamment lorsqu’elles sont hospitalisées.
« Nous on récupère les dossiers après. Donc soit on se déplace dans toutes les brigades qui ont besoin pour aller les renforcer. Ou alors éventuellement on va entendre les victimes à l’hôpital directement. Ça nous fait un gain de temps et ça évite d’attendre que les brigades puissent se déplacer à l’hôpital », détaille l’adjudant Kévin Lantini, officier de police judiciaire.
Autre atout de cette unité : la présence d’enquêteurs polynésiens, capables de faciliter les échanges avec les victimes ou les personnes mises en cause qui ne maîtrisent pas le français.
« Des fois, quand on va dans des brigades, il y a des victimes ou des personnes mises en cause qui ne parlent pas français. C’est plus facile pour eux de discuter avec les Polynésiens, ça les met en confiance par rapport à nos procédures », souligne l’adjudant Djamil Tepu.
Plus de 470 mineurs victimes de violences en 2025
La création de cette brigade répond à une situation particulièrement préoccupante. En 2025, plus de 470 mineurs ont été victimes de violences en Polynésie française, dont 323 pour coups et blessures et plus de 130 pour violences sexuelles, selon les chiffres présentés par la gendarmerie.
Des données qui ont pesé dans la décision de consacrer six effectifs supplémentaires à cette mission.
« Moi, quand j’arrive ici en 2025, je fais le constat, je regarde les chiffres, je regarde le nombre d’enfants qui sont victimes d’infractions pénales, c’est aussi simple que ça, et combien j’ai d’infractions pénales commises dans le cercle familial. Et quand l’opportunité nous est donnée de renforcer le ComGend avec des effectifs supplémentaires, soit six effectifs supplémentaires, où est-ce qu’on porte l’effort ? On porte l’effort sur les violences intrafamiliales, et spécifiquement, au sein de cet ensemble, sur la violence commise envers les mineurs », explique le général Stéphane Brunet, commandant de la gendarmerie de Polynésie française.
Depuis sa mise en service le 1er août, la B-Safe a déjà clôturé une cinquantaine de dossiers sur plus de 90 pris en charge. Un premier bilan qui témoigne de l’activité soutenue de cette nouvelle unité, alors que de nombreuses victimes attendent encore que leur situation soit examinée par la justice.



