Ils les entendent mais ne les comprennent pas toujours ou n’osent pas les parler. Les langues polynésiennes font partie de l’environnement de ces élèves. Pour les aider à avoir une pratique active, Ta’u Puta reo Tahiti, pour le volet tahitien, a mis en place des outils dédiés. « En Polynésie française, des outils nous en avons. Nous en avons énormémen, estime Moana Greig, inspecteur de l’éducation nationale en charge de la mission langues. Depuis trois décennies il y a eu un gros travail de production d’outils même avec le CRDP qui n’existe plus aujourd’hui. Mais encore faut il accompagner ces outils là sur le terrain. Il faut qu’ils soient accompagnés par les formateurs pour qu’il y ai une bonne compréhension dans l’esprit didactique de cet outil mais également dans la transposition pédagogique en classe. »
Maui et sa famille sont les personnages qui vont accompagner les élèves dans leur apprentissage. La méthode propose un parcours progressif, structuré en 4 fascicules, du CP au CM2. L’élève est placé au cœur l’expérience. La théorie est associée à la pratique. « Ça va faciliter l’apprentissage. Au moins on aura un outil concret, se réjouit Barbara Casabianca, enseignante participante à la formation. On n’a plus à aller piocher à droite ou à gauche. Tout est prêt. On a juste à ajuster en fonction de nos élèves. Au moins les enfants peuvent parler même s’ils ne parlent pas correctement mais ils font des échanges entre eux. Les langues des fois sont mélangées mais ce n’est pas grave. Et on voit que les Polynésiens ont cette capacité de passer d’une langue à l’autre. »
Les enseignants en immersion dans la culture avec Haururu
Pour soutenir le corps enseignant dans cette démarche : la DGEE organise des formations de 5 semaines. Deux sessions de trois jours sont consacrées à une immersion culturelle avec l’association Haururu, pour replacer la langue dans sa culture.
Des ateliers et travaux pratiques sont organisés. « Ce que nous nous pensons être très important, c’est cette connexion entre la culture et la langue, et à travers cette langue trouver les concepts, explique Edgar Tetahiotupa, formateur et membre de l’association Haururu. Et là c’est un bijou, c’est un joyau que personne ne soupçonne. On va au-delà parce qu’e’il y a toute une organisation qu’on peut voir et qu’on peut peut-être faire revenir dans la société actuelle pour essayer de répondre à quelques problèmes que rencontrent la société moderne. L’enfant polynésien s’adapte dès lors qu’il voit en l’enseignant quelqu’un en qui il peut avoir confiance, c’est-à-dire quelqu’un qui connait la matière, qui rassure l’enfant. L’enfant est quasiment un miroir de l’enfant, et donc c’est par rapport à ce miroir que l’enfant se construit. Si l’enseignant n’a pas confiance en lui, il ne peut pas briller comme un soleil. Et c’est de devenir ce soleil qu’on essaie d’enseigner aux enseignants. »
« La plupart de nos enseignants sont polynésiens donc ils connaissent la culture. Pais lorsqu’on vit sur Papeete, en sachant que la culture vivrière est un pan important de la culture polynésienne, ça devient compliqué, souligne Raiura Vanaa, conseiller pédagogique en langues et cultures polynésiennes au pôle des langues de la DGEE. Ici, l’idée c’est de les reconnecter un peu avec ce pan de l’identité polynésienne. on entend beaucoup le fait que nos élèves ont honte de s’exprimer. Ils ont honte de leur culture en fait. C’est tout l’enjeu de cette immersion, c’est d’amener les enseignants à se réconcilier, à être fiers de leur culture, de leur langue, pour pouvoir amener les enfants à ressentir cette fierté. »
« Nous sommes à la 6e session de formation et tous les retours que nous avons eu de la part des stagiaires sont bénéfiques, relève Moana Greig. Aujourd’hui ils sont accompagnés dans leur circonscription par les enseignants référents en langues et cultures polynésiennes, et on voit que cet enseignement prend forme dans leurs classes voire même avec un partage avec l’équipe pédagogique au sein de l’école. »
Le programme débuté avec quelques groupes de volontaires, a vocation à se généraliser dans l’ensemble des archipels.



