« Il y a énormément de révélations aujourd’hui » : l’Apaj face au besoin grandissant d’accompagnement des victimes

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Face à l'augmentation des signalements de violences, l'Apaj s'agrandit. Tumata Helme, responsable du pôle missions socio-judiciaires, revient sur le rôle essentiel de l'association auprès des victimes et des auteurs d'infractions, mais aussi sur l'épreuve des délais de la justice.

Tahiti Nui Télévision : On vous retrouve aujourd’hui dans de nouveaux locaux. C’est parce qu’il y a plus de besoins qu’auparavant ?
Tumata Helme, responsable du pôle missions socio judiciaires de l’Apaj :
« C’est surtout parce que l’équipe s’agrandie et effectivement parce qu’il y a beaucoup plus de révélations qu’il y a quelques années, que les victimes aujourd’hui savent où s’adresser et que les besoins sont grandissants. Il y a énormément de révélations aujourd’hui et donc il y a nécessité d’accompagner toutes ces personnes. »

TNTV : L’Apaj tourne autour de deux grands axes : l’aide aux victimes d’un côté et le suivi socio-judiciaire de l’autre. Quel est précisément le rôle de votre pôle au quotidien ?
Tumata Helme :
« Le pôle socio-judiciaire a été créé en 2009, donc neuf ans après la naissance de l’Apaj. Il prend en charge les auteurs d’infractions pénales qui sont orientés vers les délégués du procureur de l’Apaj pour la mise en place de mesures alternatives aux poursuites. Les délégués du procureur reçoivent les personnes en audience et ensuite assurent le suivi des mesures que ces personnes sont dans l’obligation d’exécuter. »

TNTV : Ces dernières semaines, l’actualité a été marquée par des meurtres présumés à Fa’a’a ou encore Raiatea où ce sont des femmes qui sont mises en cause et c’est un peu nouveau. Sans entrer dans le détail des affaires, est-ce que le suivi de ces femmes demande une approche particulière ?
Tumata Helme : « Alors c’est nouveau dans les infractions les plus graves, mais ce n’est pas nouveau dans les violences intrafamiliales. En fait, que ce soit un homme ou une femme, ça reste un auteur d’infraction. Donc non, il n’y a pas de prise en charge particulièrement différente en fonction du genre. Par contre, on rentre souvent beaucoup plus dans le détail de ce qui s’est passé avec les femmes puisqu’elles ont beaucoup moins de difficultés à nous expliquer comment elles en sont arrivées là. Et le travail peut se faire un peu plus rapidement quand même qu’avec les auteurs masculins. »

TNTV : Autre sujet fort, la circulaire sur les violences sexuelles sur mineurs. À Papeete, plus de 300 dossiers sont en attente. Quelles sont les conséquences de ce retard de la justice sur le terrain ?
Tumata Helme :
« Alors c’est une grande frustration du côté des victimes parce que ça prend énormément de temps. Monsieur le procureur général est intervenu il n’y a pas longtemps pour expliquer les délais, qui sont ce qu’ils sont. Le rôle de l’association d’aide aux victimes, ça va être de les accompagner durant toute cette procédure et aussi leur faire réaliser que de toute façon la procédure judiciaire en elle-même ne va pas suffire elle-même pour les réparer. Il y a tout un accompagnement derrière aussi qui est indispensable. Et donc l’association d’aide aux victimes va les accompagner tant sur le plan judiciaire que sur le plan psychologique. »

TNTV : Comment est-ce que vous faites pour garder le lien avec ces jeunes victimes et leurs familles et éviter qu’elles désespèrent face au délai de la justice ?
Tumata Helme :
« Justement c’est cette transparence sur les délais que prend la justice qui est nécessaire en fait parce qu’elles ne comprennent pas pourquoi ça prend autant de temps. Donc ça les juristes vont être là pour expliquer le temps de l’enquête, les auditions, qu’est-ce que ça demande en fait comme organisation. Et les psychologues après vont commencer déjà à les préparer à ce temps de justice qui est quand même très éprouvant pour une victime. »

TNTV : Alors l’inceste reste très présent dans les familles en Polynésie ?
Tumata Helme :
« Oui malheureusement on en parle beaucoup. Enfin nous en tout cas c’est un sujet qui nous inquiète particulièrement, les violences sexuelles sur mineurs puisqu’elles sont majoritairement commises dans le cadre intrafamilial. Donc ça a fait l’objet de nos dernières assises, c’était le sujet de nos dernières assises de l’aide aux victimes. Et l’essentiel ça va être de réussir à combiner les temps de tous les partenaires qui vont intervenir parce qu’on ne sera pas les seuls à intervenir dans ce temps-là. »

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