Derrière la baisse des accidents, des risques toujours bien présents dans le BTP

Publié le

Un accident mortel sur un chantier à Papeete le 8 avril dernier ravive les inquiétudes autour de la sécurité dans le BTP. Si les chiffres montrent une amélioration globale, le secteur reste l’un des plus accidentogènes, avec plus de 300 sinistres recensés en 2025. Un équilibre fragile entre prévention, contraintes de terrain et manque de moyens de contrôle.

Le bâtiment et les travaux publics restent l’un des secteurs les plus accidentogènes en Polynésie française. Selon les derniers chiffres de la Caisse de Prévoyance Sociale (CPS), 319 sinistres ont été enregistrés en 2025.

Sur les chantiers, les accidents sont majoritairement liés aux chutes, aux chocs ou encore à la manutention de charges lourdes. « Le secteur du BTP est celui qui présente la fréquence la plus élevée en terme d’accidents du travail avec arrêt pour 1 000 salariés. Mais il y a une belle progression dans ce secteur car on observe une amélioration ces dernières années, avec une diminution du nombre d’accidents du travail avec arr$et. Les accidents mortels restent rares… mais quand ils surviennent, c’est toujours tragique » explique Tekura Yp Seung, cheffe du service prévention des risques professionnels à la CPS.

Ces dernières années, les accidents mortels étaient restés limités : deux décès en 2021, un autre la même année, puis aucun durant les trois années suivantes. Mais depuis le début de l’année 2026, trois accidents mortels ont déjà été recensés par la CPS, tous secteurs confondus.

Le 8 avil dernier, sur un chantier à Papeete, un ouvrier a perdu la vie après une chute. Un drame qui rappelle la dangerosité du secteur. Contactée, la chambre syndicale des entrepreneurs du BTP n’a pas souhaité s’exprimer.

La prévention reste donc essentielle. « Dans le secteur du BTP, la particularité, c’est que l’employeur doit évaluer les risques qu’il y aura lors de la phase de la construction, donc il y a des risques a priori qu’on peut avoir sur tout chantier, travail en hauteur, manutention des charges… mais ensuite il devra adapter les mesures de prévention qu’il va mettre en place sur le chantier réel, puisqu’en fonction des différentes zones de chantier, les configurations ne vont pas être les mêmes, les espaces disponibles ne vont pas être les mêmes, et donc ils devront adapter les zones de cantonnement, la position de la grue, etc. » précise Tekura Yp Seung.

(Crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

Pour faire respecter ces règles, des contrôles sont régulièrement menés par la CPS et la direction du Travail, parfois à la suite de signalements. « Effectivement, nous sommes destinataires de nombreux signalements par jour, nous devons les trier, notre projet de loi de Pays sur le droit de communication devrait nous permettre d’affiner l’analyse de ces signalements pour ensuite mieux cibler les contrôles. Mais nous sommes aussi destinataires des déclarations d’ouverture de chantiers qui nous permettent effectivement de mieux cibler les contrôles » indique Loetetita Hiu, directrice du travail.

Mais les moyens humains restent limités : la direction du Travail ne compte que huit agents assermentés pour l’ensemble du territoire. Malgré cela, 46 arrêts de chantiers ont été prononcés en 2024, concernant aussi bien des constructions individuelles que des projets d’envergure. « En fait, c’est tout ce qui concerne la protection du salarié et donc tout ce qui concerne les conditions de travail au niveau protection collective ou protection individuelle. Mais pas seulement, puisque les agents sont censés remonter et contribuer aussi à la lutte contre le travail illégal et donc déclarations, contrats de travail, etc. ».

La sécurité au travail repose sur neuf principes généraux de prévention, applicables à tous les secteurs : éviter les risques, les évaluer, identifier les dangers et mettre en place des mesures adaptées.

Sur les chantiers, ces principes doivent être constamment réévalués. Les conditions évoluent en permanence, avec parfois plusieurs entreprises intervenant simultanément, ce qui complexifie la gestion des risques. « Sur les gros chantiers, ce qu’il y a également, il y a un rôle complémentaire qui existe, c’est le coordonnateur de sécurité et de protection de la santé, qui est là, justement, pour coordonner les interventions des différents corps d’État, des différentes entreprises qui vont intervenir sur le chantier, soit de manière simultanée soit successivement, et donc c’est bien de phaser, en fait, les interventions des unes et des autres » ajoute la cheffe du service prévention des risques professionnels à la CPS.

Pour limiter les accidents, le port des équipements de protection individuelle —casque, gants, lunettes ou masque— reste indispensable, tout comme les dispositifs de protection collective, tels que les garde-corps ou les systèmes de sécurisation en hauteur.

Malgré une tendance à la baisse du nombre d’accidents depuis 2021, certains risques persistent, notamment ceux liés au travail en hauteur et à la coordination entre les différents intervenants sur un même chantier.

Dernières news

A lire aussi

Activer le son Couper le son