150 millions de francs d’argent public au profit de l’AS Fei-Pi pour six terrains de padel à Arue. L’annonce a provoqué une levée de boucliers dans l’opinion publique. La discipline, contrairement au tennis, ne figure pas au programme des jeux du Pacifique, rappelle la présidente de la Fédération Tahitienne de Tennis Ruth Manea.
« 150 millions, c’est énorme… Étant donné que les discours que j’ai entendus auparavant, la priorité est donnée à la préparation des Jeux du Pacifique. La plupart des clubs qui ont mis en place la discipline padel ont utilisé des fonds propres et des investissements privés. Donc, pourquoi Fei-pi a ce privilège d’utiliser les fonds publics? » , interroge-t-elle.
– PUBLICITE –
Dans le milieu déjà très concurrentiel du padel, on interroge cette aide publique accordée au projet de l’AS Fei-Pi, et pas à un autre.

Du côté du Pays, on défend un choix stratégique : accompagner les clubs bâtisseurs dans leurs projets structurants, y compris lorsque leur discipline ne figure pas au programme des Jeux du Pacifique. C’est le cas de Fei-Pi, qui a répondu à l’appel à projets de la « phase héritage » de l’événement, consacrée à la pérennité des infrastructures.
« C’est le seul club qui a déposé un projet complet, qu’on a permis d’accompagner. On a accompagné un autre club sur un projet plus petit. Mais le gros critère, surtout pour les clubs bâtisseurs, c’est d’être propriétaire du foncier, ce qui est le cas pour Fei-pi » , insiste la ministre des sports, Vanina Pommier.
Sur un investissement aussi important du Pays, le foncier du club a donc été déterminant, avec une mise à disposition de 6000 mètres carrés pour une valeur de 260 millions de Fcfp. « Les clubs bâtisseurs ou les clubs en général doivent pouvoir justifier de la maîtrise du foncier (…) pour qu’il y ait un retour sur investissement en fonction des montants investis » précise la ministre.

Mais les aides du Pays ne viennent pas sans conditions. Elles s’accompagnent d’une convention qui définit toute une série d’obligations.
« L’objectif est de pouvoir ouvrir à des publics qui n’ont pas forcément accès à certaines structures, de pouvoir organiser, de mettre en place des projets entre les clubs, et par exemple les communes et les quartiers prioritaires », ajoute Vanina Pommier.
Objectif : démocratiser la pratique d’une discipline en plein essor, mais jusqu’à présent, réservée à une clientèle aisée. A l’AS Fei-Pi, on se dit prêt à jouer le jeu.
« Sous réserve que l’arrêté soit publié au journal officiel, nous avons des obligations à rendre vis-à-vis de cette subvention publique à hauteur de 150 millions, notamment sur le développement de ce sport par les écoles de sport, les écoles de padel pour les jeunes, explique Ariitea Bernardino, porteur du projet de l’AS Fei-pi. Ensuite, il y a le développement du sport féminin qui est visé à l’intérieur, l’accompagnement des jeunes au travers d’un partenariat qui devra être fait aussi avec les établissements scolaires limitrophes, notamment la commune d’Arue, mais peut-être aussi les communes avoisinantes. Il y a beaucoup d’alinéas, d’obligations qui sont fixées par cet arrêté ».
Pour le club de Arue, ce projet est une « question de survie » face au vieillissement de ses infrastructures et au désintérêt grandissant du tennis. De 800 licenciés dans les années 80, le club est tombé à une quarantaine aujourd’hui.

« L’objectif est de redonner ses lettres de noblesse à l’association Fei-pi 1923 (…). C’est de pérenniser cet héritage et c’est au travers de cette activité padel qui est en vogue en ce moment, qu’on souhaite faire revenir la population à la pratique et au développement du sport, qui pourra aussi je suis sûr bénéficier aux autres sections qui nous accompagnent au sein du club bâtisseur que nous sommes », poursuit Ariitea Bernardino.
Car il ne s’agit pas seulement de terrains de padel mais bien d’un complexe sportif complet. Un parking, six courts de padel couverts, deux courts de tennis, mais aussi un club-house, avec snack bar et boutique. À cela s’ajoutent d’importants travaux d’assainissement, de génie civil, de voirie et de réseaux divers.


Au total, l’investissement représente 416 millions de Fcfp, dont 150 millions du Pays et 266 millions de prêt bancaire et de fonds propres. Mais pour obtenir le feu vert des banques sur ce niveau d’emprunt, le club a dû apporter des garanties supplémentaires : 7 000 mètres carrés de terrain ont ainsi été hypothéqués.



