Contre-amiral Guillaume Pinget : « Tous les repères qui étaient en place sont rapidement bouleversés » 

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Le commandant supérieur de Forces armées en Polynésie, le contre-amiral Guillaume Pinget, était l’invité du journal de TNTV, ce mercredi, alors qu’il s’apprête à quitter ses fonctions après deux années au fenua. Deux années durant lesquelles « les défis ont évolué » dans la région pacifique. « On voit que tous les repères qui étaient en place sont rapidement bouleversés », dit le haut gradé. Interview.

TNTV : Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant vos deux années en Polynésie ? 

Guillaume Pinget : « Je pense que ce qui m’a marqué, c’est la dynamique des changements dans la région, à l’échelle du Pacifique. On voit que tous les repères qui étaient en place sont rapidement bouleversés, et donc cette dynamique de changement nous impose de changer à notre tour ».

TNTV : Parmi vos missions de ces derniers mois, le renforcement les capacités françaises dans le Pacifique. Quel bilan aujourd’hui ? 

Guillaume Pinget : « Mon premier objectif, le cœur de ma mission, ma raison d’être, c’est la Polynésie française, c’est d’être fort en Polynésie française. Et là aussi, les défis ont évolué au cours de ces deux années. Donc j’ai eu à cœur de réussir cette mission au quotidien, de protéger les Polynésiens et de protéger la Polynésie. Ça se traduit par des évacuations sanitaires toute l’année. On a toujours été au rendez-vous de ces missions-là, qui sont exigeantes en termes d’alerte. On a été au rendez-vous des enjeux de surveillance maritime, ici, dans cet espace océanique immense. Donc ça, c’était mon premier objectif. Et en même temps, on s’est adaptés aussi aux enjeux environnementaux, qui aujourd’hui sont un peu au cœur des préoccupations. Et derrière ces enjeux environnementaux, il y a la pêche. On a aussi dépassé nos objectifs de contrôle des pêches, qui sont fixés par le président de la Polynésie et par le haut-commissaire de la République. Et puis derrière ces enjeux de ressources, il y a des enjeux plus stratégiques sur lesquels il faut être attentif aussi. Mon deuxième objectif, c’était effectivement coopérer avec mes voisins, la coopération régionale. J’avais deux priorités, c’était nos deux voisins, les îles Cook et les îles Kiribati au nord. Et là aussi, on s’est engagés pour obtenir des résultats avec ces partenaires, pour avoir de la confiance, pour coopérer ensemble. Pour ma part, j’étais encore à Kiribati la semaine dernière, mercredi dernier. Les îles Cook, ils sont venus ici pour l’exercice Marara, vous avez peut-être vu leur patrouilleur. Donc voilà, je suis content de voir que cette relation s’est développée, que la confiance a progressé. Et puis le dernier enjeu que vous évoquez, c’est la transformation du commandement dans le Pacifique, avec cette création du commandement pour le Pacifique qui faisait partie des choses que je devais mettre en place. Il reste encore du chemin à parcourir, mais globalement, je suis plutôt content de la dynamique qu’on a essayé d’imprimer pour se coordonner avec beaucoup de monde, pour installer cette mission militaire à Hawaï et assurer des grands déploiements dans la région. Je pourrais citer le déploiement du groupe aéronaval en 2025, le déploiement Pégase en 2024, Pégase qui doit nouveau revenir dans la région cette année. Les exercices comme JPMRC qui est un exercice de l’armée de terre Hawaï auquel notre régiment d’infanterie de marines du Pacifique Polynésie a participé. L’exercice Balikatan aux Philippines, on a essayé d’être actifs dans cet espace indopacifique dont les tensions se répercutent dans notre Pacifique insulaire ici dans la région ». 

TNTV : Concernant les stupéfiants, la Marine nationale a saisi environ 12 tonnes de cocaïne dans les eaux polynésiennes depuis le début de l’année. C’est un record. La Polynésie est-elle devenue un axe majeur du narcotrafic ou bien est-ce que ce sont nos moyens qui ont évolué ? 

Guillaume Pinget : « Je pense qu’il y a plusieurs facteurs. (…) Pour le volume de saisies de drogue en zone maritime de Polynésie, il y a un facteur multiplicatif qui est très élevé par rapport à ce qui avait été fait aux années précédentes. Je pense que cela reflète, d’une part, peut-être une augmentation du trafic. La Polynésie a toujours été la porte d’entrée dans le Pacifique sud. C’est comme ça que les navigateurs occidentaux, quand ils ont commencé à explorer le Pacifique, ont découvert la Polynésie en découvrant les Marquises au XVIe siècle. Cette position géographique de la Polynésie, porte d’entrée dans le Pacifique, reste une réalité physique.  L’augmentation du trafic sans doute (…) Quand je suis arrivé, on a conduit un séminaire des garde-côtes ici en décembre 2024 à Papeete. Cela m’a permis de nouer des liens avec un certain nombre de partenaires internationaux et de créer de la confiance pour partager des informations sensibles. Sur cette base, on a créé aussi une dynamique, ici en local, pour faire face à cet enjeu avec des résultats qui se sont manifestés cette année ». 

TNTV : Pendant votre mandat, la Chine a procédé à deux tirs de missiles balistiques internationaux dans le Pacifique. Le premier en fin 2024 et le dernier en juillet. Comment ce tir a-t-il été suivi par vos équipes ? 

Guillaume Pinget : « Effectivement, mes deux années ont été marquées par ces deux tirs. Le précédent était au début des années 1980. Cela peut refléter ces tensions. Je pense que la Chine cherche à affirmer la crédibilité de sa dissuasion nucléaire. C’est le sens de cet essai. Je ne rentrerai pas dans les détails sur la manière dont cela a été suivi. Mais ce que je peux vous dire, c’est qu’on avait une bonne anticipation et que la Chine nous avait avertis, formellement prévenu, de ce tir. Cela n’a pas été une surprise pour nous ».

TNTV : Que souhaitez à votre successeur et à la Polynésie ? 

Guillaume Pinget : « Je me suis beaucoup épanoui dans ces deux années intenses et exaltantes. Je me suis enrichi de toutes les rencontres que j’ai pu faire. Je voudrais remercier les hommes et les femmes et les personnels civils qui ont servi sous mon autorité, ici, et qui ont toujours eu à cœur de répondre aux sollicitations pour la Polynésie et pour la région. Je dirais à tous ceux que je n’aurais pas eu l’occasion de saluer avant mon départ, je leur transmets ma gratitude pour l’accueil qui m’a été réservé et la richesse des contacts que j’aurais pu avoir et que j’emporte dans mon cœur à Paris ».

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