Air Tahiti et Air Moana augmentent leurs prix face à l’envolée du kérosène

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Les billets d’Air Tahiti vont augmenter de 5 %. En pleine crise au Moyen-Orient et face à la flambée des prix du kérosène, les compagnies domestiques locales sont prises à la gorge. Impossible pour elles d’absorber davantage les hausses. Air Moana annonce également une augmentation de ses tarifs d’au moins 500 francs dès le 31 mai.

La hausse du cours de l’or noir gagne le fenua. Si le prix à la pompe est encore amorti par le FRPH (Fond de régulation du prix des hydrocarbures), abondé de 3,5 milliards par le Pays, ce n’est pas le cas du kérosène et plus précisément du Jet-A1.

Plus connu sous le nom de « Jet fuel », ce carburant utilisé par les transporteurs aériens a vu ses tarifs récemment multipliés par deux. Soit 1 800 dollars la tonne, contre 800 dollars auparavant. A cela s’ajoute le fret du carburant, lui aussi à la hausse, ainsi que les marges des opérateurs pétroliers.

Une envolée des prix devenue insupportable pour Air Tahiti. Déjà sous tension budgétaire, la compagnie domestique annonce une hausse de 5% des prix des billets pour amortir le choc.

« Ce qui correspond sur les îles du vent à une hausse de l’ordre de 800 francs et sur les destinations éloignées entre 1000 et 1500 francs », indique la directrice marketing et commercial, Vairani Tetaria. Une hausse à contre-cœur pour la compagnie qui « s’en excuse » par avance, précisant que cette décision ne suffira pas.

Air Tahiti devra aussi revoir la fréquence des vols à la baisse.  « Ces augmentations de tarifs vont à peu près couvrir 50% du surcoût qu’on aura sur l’année 2026 uniquement », ajoute la responsable. « Donc dans un deuxième temps, on essaye de voir comment on peut réguler au mieux notre programme de vols pour avoir des vols plus remplis, ça ne va pas pouvoir se faire partout. Bien sûr, on répondra à la demande tant que c’est possible ».

L’allègement des fréquences concerne notamment certaines destinations déjà bien desservies à l’instar de Bora Bora, qui compte aujourd’hui 10 à 12 vols par jour. Une île prisée des touristes américains et dont la fréquentation devrait reculer selon la compagnie aérienne.

« Les Américains ont plusieurs contraintes aujourd’hui. L’inflation avec la hausse du prix du pétrole, le fait qu’ils ont peur aussi de se retrouver bloqués et le risque d’une pénurie de kérosène », poursuit la responsable. « Il y a un peu aussi une psychose sur ces sujets là ».

Et la psychose a bel et bien gagné l’Europe. Face au risque de pénurie de kérosène, la liste des vols supprimés dans le monde s’allonge. Air France KLM, le 16 avril, mais aussi Air New Zealand, Qantas, United Airlines et plus récemment la compagnie Lufthansa qui annonce l’annulation de pas moins de 20 000 vols cet été.

Si en Polynésie française, Air Tahiti est la première à dégainer, sa concurrente se prépare elle aussi à augmenter ses prix. « Ça fait un petit moment qu’on y pense. Notre objectif était quand même de limiter les répercussions sur la clientèle puisque, dès le départ, notre objectif est de rendre le transport aérien accessible au plus grand nombre », reconnaît directrice générale adjointe d’Air Moana, Marania Boixiere Guérin.

« Mais force est de constater que vu l’ampleur de la situation et vu que la crise a l’air de s’installer (…), nous envisageons d’augmenter légèrement, de manière mesurée et raisonnable, le prix des billets d’avion ».

La compagnie table pour l’instant sur une hausse d’au moins 500 francs, mais ne prévoit pas encore de réorganisation des vols.

Des prévisions de stocks stratégiques jusqu’à l’horizon début juillet

Au-delà du coût du kérosène, la crainte d’une panne sèche fait son chemin jusqu’au fenua alors que l’étau se resserre. Car nos trois opérateurs pétroliers s’approvisionnent essentiellement à Singapour et en Corée du Sud. Deux pays dont les deux tiers du carburant viennent du Moyen-Orient et dont plus de 90% transitent par le détroit d’Ormuz. 

Pour le Haut-commissaire pourtant, pas de pénurie à l’horizon, grâce aux stocks. « On n’a pas de risque de pénurie aujourd’hui. On est de toute façon en situation de veille avec les trois opérateurs pétroliers et le Pays », rassure Alexandre Rochatte. « On reçoit régulièrement l’état de leurs stocks, l’état des commandes qui sont faites, l’état des commandes sur les bateaux parce que c’est important. Vous savez, il y a entre 20 et 30 jours de mer pour venir ici de Singapour ou de Corée. Donc on suit ça de façon journalière avec eux pour établir des niveaux d’alerte si on avait besoin ».

Si les stocks stratégiques de la Polynésie sont sécurisés, la question de l’arbitrage de ces réserves et de la répartition de la charge localement se pose. L’aide du Pays de 2,4 milliards au bénéfice d’ATN n’est pas passée inaperçue chez les compagnies domestiques. Air Tahiti a également demandé une aide du Pays, requête aujourd’hui sans réponse.

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