Aeata Richerd, une Polynésienne parmi l’élite des acteurs de la protection des océans

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Sélectionnée avec neuf autres profils pour intégrer le programme Rituals Ocean Wavemakers, Aeata Richerd représentera pendant deux ans la voix du fenua au sein des jeunes leaders engagés pour la protection des océans. Partie pour deux ans en immersion avec les voix les plus influentes en matière de conservation marine, la fondatrice de Reva Atea espère ainsi transmettre de nouvelles idées au public polynésien.

Elle s’est rendue à Édimbourg il y a un peu moins d’un mois, entre Arthur’s Seat et la Mer du Nord, pour y apporter un peu de soleil. Fraîchement sélectionnée avec 9 autres profils engagés pour intégrer le programme Rituals Ocean Wavemakers, Aeata Richerd entend porter la voix polynésienne parmi celles qui comptent, au milieu des décideurs et professionnels de la protection des océans.

Accompagnée et financée pendant 18 mois par le programme, Aeata pourra étoffer son carnet d’adresse, découvrir les solutions portées par les nations voisines du Pacifique, et se former à d’hypothétiques gestions de projets ambitieux pour le fenua. « L’idée, c’est de nous permettre d’aller plus loin dans nos missions et de pouvoir porter un peu plus haut nos messages”, résume Aeata.

Une portée internationale, donc, pour une enfant dont les premières expériences ont éclos à Moorea, son île d’origine. C’est sur l’île sœur de Tahiti qu’elle lance le projet Te Moana iti, programme éducatif consistant à éveiller les consciences des écoliers sur la préservation des milieux marins, en leur apportant directement des grands aquariums pédagogiques, véritables « fenêtres sur le lagon » à observer en salle de classe. Rapidement, le programme se précise. Il s’échelonne en cinq semaines rythmée par des ateliers, sollicitant l’intervention d’océanographes, biologistes et autres experts pour consolider les fondamentaux scientifiques des plus jeunes. Une transmission des savoirs marins qu’elle concrétise en fondant, plus tard, l’association Reva Atea.

Avant cela, l’étincelle s’était allumée sur le Paul Gauguin, où elle était Head Gauguine et faisait découvrir la culture polynésienne aux croisiéristes. Là naît son idée de s’engager pour un tourisme durable. Son passage par la Tetiaroa Society comme guide naturaliste, puis responsable des programmes, la motive à se professionnaliser. « On partait de pas grand chose. Le but, c’était d’expliquer nos projets scientifiques aux visiteurs de l’atoll, et ça fonctionnait plutôt bien », se souvient-elle. Quatre ans plus tard, elle pose ses valises à Moorea et la station Gump, berceau de Te Moana iti, pour concilier passion et vie personnelle

En 2025, Reva Atea s’est ainsi étendue aux écoles de Papetoai et Teavaro. Pour Aeata, les années de sensibilisation ont porté leurs fruits. « Pour la jeune génération, les enfants, ceux qui sont encore aux primaires, ça fonctionne. Ceux qui grandissent […] ils se souviennent de nous. On voit qu’ils ont compris les messages qu’on voulait faire passer » , explique-t-elle. « Un des meilleurs retours qu’on a pu avoir, c’est un parent qui nous dit, mon enfant, il n’a jamais été aussi heureux d’aller à l’école depuis que votre programme est dans sa classe » .

(Crédit : A.richerd)

Surtout, Aeata souhaite que les jeunes polynésiens gardent à l’esprit la fragilité de leur environnement, comme elle le répétait aux touristes du Gauguin. « On s’habitue à quelque chose qui est magnifique, et qu’on finit par ne plus voir. Il faut s’y faire, le tourisme est là » , commente-t-elle.

Si elle veut contribuer à un dialogue renforcé entre le Pays et la population pour parvenir à un équilibre entre « tourisme de masse et tourisme plus responsable » , Aeata estime que son rôle est en amont. Pour elle, le principal défi reste d’impliquer le public dans les choix qui décideront de son avenir environnemental. « Les gens ne vont pas s’investir s’ils ne trouvent pas leur propre intérêt dans un projet qu’on leur présente. Le plus grand challenge, c’est d’arriver à leur montrer pourquoi il est d’agir. C’est d’arriver à ce que chacun trouve son intérêt. Mais pour ça, il faut arriver à faire en sorte que le projet en question soit partagé.  On ne le communique pas à tout le monde de la même façon. Tu ne vas pas communiquer à la mairie de la même façon que tu vas communiquer à ton grand-père. Leurs intérêts ne sont pas les mêmes » , note-t-elle.

Le programme Wavemakers doit lui permettre d’aller plus loin dans cette dynamique. « On va échanger avec nos difficultés, ce qui fonctionne chez nous, ce qui ne fonctionne pas chez eux. Encore aujourd’hui, on parlait d’une île qui a des problèmes de voiliers. Je leur ai parlé de nous, avec la DPAM qui est en train de mettre en place l’application Escales, qui doit permettre, petit à petit, de mettre en place un système de réservation pour les plaisanciers sur les points de mouillage (…). Ils m’ont dit que ça les intéressait! » , évoque-t-elle.

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Au fond, son objectif reste le même : replacer les polynésiens au cœur des enjeux environnementaux qui les concernent au premier chef. « Le message, c’est surtout d’arriver à ce que la population puisse avoir sa voix, puisse participer aux décisions, qu’elle se reconnecte à sa vie, et la biodiversité » , conclut-elle.

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