Warren Dexter : « Une augmentation des prix à la pompe » n’est pas exclue

Publié le

Le ministre de l’Economie, du Budget et des Finances était l’invité du journal de TNTV, ce mercredi, pour évoquer les discussions à Tarahoi autour du budget du Pays, les mouvements sociaux en cours et la hausse continue des cours mondiaux du pétrole. « A ce niveau de prix du baril, on aura du mal à finir l'année », estime Warren Dexter au sujet du Fonds de Régulation des Prix des Hydrocarbures (FRPH). « Une augmentation des prix à la pompe » est donc envisagée : « C'est en cours d'arbitrage avec le président », dit-il. Interview.

TNTV : Il y a eu de vifs échanges lundi à l’Assemblée de la Polynésie et la quasi-totalité des ministres ont quitté la séance. Comment envisagez-vous la suite des discussions pour le budget ?

Warren Dexter : « Ça sera forcément compliqué, mais de toute façon on le sait depuis le jour où on a perdu notre majorité à l’Assemblée que ce serait compliqué. Mais sous la houlette du président, on se dit que si on arrive à persuader que les projets qu’on propose sont bons pour la population, les oppositions vont nous suivre à un moment donné ».

 

– PUBLICITE –

TNTV : Pour ce qui est de l’actualité sociale, c’est bien évidemment la grève au CHPF.  Selon le gouvernement, les propositions présentées au syndicat représentent une enveloppe de 1,5 milliard de francs pour augmenter les salaires de 116 000 francs par mois pour chaque médecin hospitalier. L’intersyndical répond que c’est une estimation grossière qui ne concerne qu’une minorité des praticiens. Que lui répondez-vous ? 

Warren Dexter : « Je ne connais pas le détail. J’étais simplement là pour le financement global. Effectivement, c’était une enveloppe de 1,5 milliard qu’on avait proposée pour financer une augmentation des salaires des personnels hospitaliers de l’ordre de 15% dès 2027. Ils ont refusé cette proposition. Et puis entre-temps, les infirmiers se sont mis dans la danse et ont fait également des revendications. Comme on a jugé également que les revendications des infirmiers sont légitimes, aujourd’hui on a proposé de partager cette enveloppe de 1,5 milliard entre les personnels hospitaliers et les infirmiers ».

TNTV : A-t-on les moyens d’aller au-delà ?

Warren Dexter : « En fait, ce qu’il faut savoir, c’est que les principales sources de financement de ce 1,5 milliard, ça ne peut venir que d’une augmentation des cotisations de la CPS. Forcément, les marges sont limitées. C’est un biais qui ne me plaît pas trop parce que plus on augmente le coût du travail, plus on risque de casser la dynamique de création d’emploi qui, vous le savez, est ininterrompue depuis 2023. Donc ça me fait un petit peu peur. En augmentant les cotisations patronales de 0,5 point, on trouve effectivement ce 1,5 milliard. J’ai envie de dire que 0,5%, c’est acceptable. Mais ma crainte, c’est que si on augmente inconsidérément, cela casse la dynamique de création d’emploi. À un moment donné, le patron va dire : ‘vous augmentez trop le coût du travail, je n’embauche plus’. C’est ce qui va se passer si on va trop loin ».

TNTV : Autre problématique qui pèse sur les finances du Pays, c’est le carburant. Les tensions sur les hydrocarbures sont aujourd’hui au plus haut. Le baril est à environ 114 dollars. Vous avez déjà inscrit 2 milliards de francs au budget primitif de 2027 pour préserver le FRPH. Cela suffira-t-il ?

Warren Dexter : « Alors, ça reste un sujet d’inquiétude de tous les jours. Effectivement, depuis maintenant plusieurs semaines, le prix du baril du Brent à l’international est au-dessus de 110 dollars. Il varie entre 110 et 120 dollars le baril. Ça veut dire que ça impacte très lourdement notre fameux FRPH. Je rappelle qu’on avait fait une dotation globale sur l’exercice 2026 de 8 milliards, entre 3,5 milliards de subventions et 4,5 milliards de privations de recettes.  Là, on s’aperçoit qu’à ce niveau de prix du baril, on aura du mal à finir l’année. C’est-à-dire qu’on n’aura pas suffisamment de réserves. Donc, on est là aujourd’hui à imaginer une augmentation à nouveau des prix à la pompe. C’est en cours d’arbitrage avec le président ».

TNTV : Combien faudra-t-il prévoir pour faire face au choc pétrolier de 2027 ?

Warren Dexter : « C’est difficile à dire. Tout dépend de l’évolution du prix du baril. Il faut bien se dire que plus le prix du baril est haut, plus les importateurs achètent à ce prix-là. Et forcément, il faut les rembourser sur cette base-là. C’est le FRPH qui finance. Et donc, ça impacte très lourdement le FRPH. Si le conflit iranien est résolu assez rapidement, ça va être une bonne nouvelle. On aura plus de manœuvres pour ne pas augmenter le prix à la pompe ».

TNTV : Faut-il s’attendre à des prix à la pompe beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui ?

Warren Dexter : « Franchement, on ne sait pas. On a provisionné 2,5 milliards au FRPH en 2027, mais sans vraiment savoir à quelle sauce on va être mangé. J’espère qu’on ne sera pas obligé d’augmenter les prix à la pompe inconsidérément sur 2027, si ces 2 milliards ne doivent pas suffire ».

TNTV : A-t-on les moyens de changer le dispositif du FRPH ?

Warren Dexter : « C’est un débat récurrent. Comme j’ai l’occasion de le dire, si on supprime le FRPH où le Pays vient un petit peu lisser les fluctuations du prix du baril, la première conséquence, c’est qu’en fait, vous avez à peu près entre 15 et 18 approvisionnements de navires par an en Polynésie. Ça veut dire potentiellement qu’à peu près toutes les 3 semaines, les prix à la station vont augmenter ou diminuer. Le FRPH nous permet de lisser les prix et la population constate que les prix peuvent rester inchangés pendant plusieurs mois. Donc je trouve que c’est quand même avantageux. Et la seconde conséquence, c’est qu’effectivement, s’il n’y a plus le FRPH, s’il n’y a plus ce mécanisme de soutien du Pays au FRPH, quand vous avez des situations comme aujourd’hui avec un prix du baril qui est à plus de 110 dollars, je peux vous dire que les prix à la pompe vont allègrement dépasser les 200 francs. Pour ceux qui ont les moyens, ça ne va pas être un problème, mais je pense qu’il y a encore beaucoup d’automobilistes qui ont de petits moyens et qui vont énormément souffrir. Donc globalement, je dirais que le FRPH, c’est une bonne chose.  Si on doit la supprimer, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire dans les débats à l’Assemblée, il faut qu’on puisse proposer des alternatives crédibles aux populations à faibles moyens. C’est-à-dire que si demain, ils n’ont plus les moyens de payer pour leurs véhicules individuels, il faut qu’on ait des transports en commun performants. Et c’est sur quoi travaille notre ministre travaille aujourd’hui ».

TNTV : L’entreprise EDT est très largement au-dessus des autres bénéficiaires de ce fonds. Le prix de l’électricité est un chantier qu’il faut engager, selon vous ?

Warren Dexter : « Aujourd’hui, on a un régime de détaxe pour EDT qui s’approvisionne à 86 francs le litre. Pareil, si on décide de supprimer cette détaxe, votre prix du kWh sur Tahiti qui est entre 34 et 35 francs, je peux vous dire qu’il va bondir au-dessus de 40 francs. Ça va devenir intenable. Donc là aussi, on arrive avec le FRPH à maintenir ces niveaux de prix pour permettre un prix du kWh qui soit acceptable pour notre population. Le FRPH, on en dira ce qu’on voudra, mais c’est une forme de bouclier pour protéger notre population ».

Dernières news

A lire aussi