Jordy Chan : « Les grands travaux qui étaient projetés ont été en grande partie sabrés »

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Le ministre des Grands travaux et de l’Equipement, Jordy Chan, était l’invité du journal de TNTV, ce jeudi, alors que 7 des 9 projets portés par ses services sont mis à mal après la coupe budgétaire votée par l’Assemblée lors de l’étude du collectif 3. Décentralisation à Taravao, pistes cyclables, aménagement urbain, voies de bus, au total, près de 4 milliards de francs ont été retirés. Ce que déplore l’intéressé. « Ce sera très pénalisant pour les Polynésiens, puisque ces projets répondent à des besoins criants de la population », dit-il en ajoutant que cette décision engendrera également des « pertes en matière d'emplois ».

TNTV : Sur les neuf projets présentés par votre ministère, sept sont tombés à l’eau. Il n’en reste donc que deux. Sur les 6,2 milliards de francs escomptés, seuls 2,2 milliards ont été actés. Comment réagissez-vous ?

Jordy Chan : « Au total, c’est 4 milliards qui ont été retirés par l’Assemblée du budget que souhaitait obtenir le gouvernement pour financer les grands travaux en Polynésie. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l’Assemblée décide de mettre un coup de frein à de nombreux projets que l’on porte, et pas n’importe lesquels, puisqu’il s’agit de grands projets concernant la décentralisation et également la mise en place d’un réseau de transport en commun en site propre sur la zone urbaine. Donc qu’il s’agisse du centre administratif de Taravao, du parc Phaeton ou encore du développement d’un réseau de bus qui soit à la fois fiable, performant et attractif dans la zone urbaine : tous ces projets se retrouvent retardés en raison des amendements qui ont été déposés par les groupes A Here Ia Porinetia, Tapura et Tavini à l’Assemblée ce mardi ».

 

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TNTV : Edouard Fritch a estimé que des pistes cyclables n’étaient pas une urgence. Que lui répondez-vous ?

Jordy Chan : « Ils ont également dit ça pour les travaux liés à la décentralisation et au transport en commun. Moi, ce que je considère, c’est que c’est une urgence de permettre à la population de la Presqu’île de ne plus avoir à se lever à 3 heures du matin pour aller travailler en zone urbaine. Je pense que c’est également une urgence de permettre aux usagers du transport en commun de ne plus avoir à attendre, sous la pluie, longtemps, leur bus pour se rendre au travail. Et donc, je pense que pour mener ces projets à bien, il nous faut ces fonds. Il nous faut ces fonds tout de suite puisqu’on arrive aujourd’hui au stade de contractualisation des travaux pour tous ces projets. Il nous faut des fonds afin de signer les contrats, de payer les avances des entreprises et également de mettre en œuvre ces chantiers ».

TNTV : Les deux seuls projets qui gardent l’essentiel de leurs financements sont situés dans la zone urbaine, à Faa’a et à Papeete. À l’inverse des projets prévus pour la Presqu’île. Cela ne donne-t-il pas le sentiment que celle-ci est délaissée ?

Jordy Chan : « C’est malheureusement le cas ».

TNTV : L’examen du collectif a également été marqué par l’absence du président Brotherson. Édouard Fritch a même parlé de « fuite ». Avez-vous avez le sentiment qu’il y a eu une tentative de déstabiliser le gouvernement derrière ce coup de rabot ?

Jordy Chan : « En tout cas, ce qui est clair, c’est que les grands travaux qui étaient projetés par le gouvernement sur la Polynésie ont été en grande partie sabrés au niveau des fonds qu’on demandait pour les mettre en œuvre. Donc, clairement, ceux qui se retrouvent pénalisés par ces opérations, c’est la population, puisque si on retarde les projets, on retarde la création d’emplois également ».

TNTV : Plusieurs centaines de millions ont été retirés de vos projets pour être réorientés vers d’autres travaux. Lesquels ?

 Jordy Chan : « Effectivement. Il y a 200 millions sur 4 milliards de fonds qui ont été retirés, qui ont été réorientés vers d’autres projets. Donc, 3,8 milliards ont tout simplement été supprimés sans transfert. Sur les 200 millions, il y a 80 millions qui ont été réaffectés à des associations qui œuvrent dans le domaine de la jeunesse et également dans le domaine du social. Et les 120 millions restants ont été réorientés pour des projets de revêtements dans la commune de Tumara’a, des revêtements routiers ».

TNTV : Ces projets seront rediscutés en décembre lors de l’examen du budget primitif 2027 du Pays. Si les élus les rejettent à nouveau, quelles seraient les conséquences ?

 Jordy Chan : « Les élus ont proposé le réexamen des opérations qu’on avait inscrites au budget primitif 2027 qui va avoir lieu en décembre prochain, soit dans 4 mois. Et ce que j’ai proposé aux représentants, c’est de pouvoir les rencontrer pour leur présenter les tenants et aboutissants de chaque projet afin qu’ils puissent voter en âme et conscience et en toute connaissance de cause. Ce qui va se passer, si par contre ces opérations ne sont pas adoptées au budget primitif, c’est tout simplement qu’on aura une opposition de principe aux projets de décentralisation et aux projets de transport en commun en site propre qui sont portés par le gouvernement sur la Polynésie. Et ça, ça aura trois conséquences concrètes : D’une part, ça sera très pénalisant pour les Polynésiens, puisque ces projets répondent à des besoins criants de la population. Deuxièmement, ça sera également des pertes en matière d’emplois. Et troisièmement, ça sera également du gâchis puisque ça fait trois ans que ces projets ont été initiés. Ils n’avaient pas été initiés avant notre gouvernement. Ça fait trois ans qu’on travaille dessus et c’est du temps et de l’argent qui ont déjà été consacrés à ces projets qui risquent de disparaître si on annule ces projets ».

TNTV : Edouard Fritch, qui était notre invité en plateau mardi, justifie une partie de ces coupes par la prudence budgétaire. Il évoque un phénomène El Niño très puissant cette année. Avec seulement 400 millions prévus au budget du Pays pour faire face à d’éventuels dégâts, il estime que cela pourrait coûter jusqu’à 4 milliards. Le Pays aura-t-il les moyens de réagir en cas de calamité naturelle ?

 Jordy Chan : « Alors, on se prépare, en fait, à El Niño depuis deux ans maintenant, à la fois en matière préventive et curative. En matière préventive, on a déjà budgété plus de 200 millions l’année dernière, justement, pour permettre de renforcer nos opérations de curage dans les rivières et également d’améliorer les protections des berges et du littoral, ce qui nous a permis de tripler le nombre d’opérations effectuées en matière de curage sur l’île de Tahiti depuis l’année dernière. En matière de réaction, maintenant, on a également budgété plus de 400 millions, augmentés à 600 millions au cours de ce collectif budgétaire, pour justement intervenir, pour réparer les infrastructures si, effectivement, il y a un événement extrême qui arrive et également pour venir en soutien de notre population pour ce faire. Il faut savoir que, par le passé, sur la mandature, en tout cas depuis les trois dernières années, on avait uniquement utilisé 100 millions sur l’enveloppe de 400 millions par an pour, justement, venir en réaction à un événement extrême ».

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