“Il y a une chose sur laquelle on est tous d’accord c’est qu’il faut dégommer Moetai”. De manière un peu triviale, ce proche d’Edouard Fritch plante le décor d’une semaine qui pourrait être décisive dans le contexte de crise politique que connaît la Polynésie depuis plusieurs semaines.
Un conseil politique crucial
Ce lundi 27 juillet, le Tapura huira’atira tiendra un conseil politique qui essaiera d’établir une ligne claire du parti. Car, jusqu’à maintenant, seul Edouard Fritch s’exprime face aux caméras et micros, répétant que si motion de défiance il y a, elle doit propulser un président dont la seule mission sera de demander à Paris une dissolution de l’Assemblée de la Polynésie française.
Mais derrière Edouard, tout le monde n’a pas un avis aussi tranché. “Edouard c’est le maillon faible” raille même un autonomiste, “sa communication est stupide”. Selon lui, tout est discutable et beaucoup d’élus ou de dirigeants du Tapura ne sont pas sur la même longueur d’onde que leur président. “On peut trouver un gouvernement d’entente, de transition, qui se concentre sur les problèmes urgents : les Jeux du Pacifique, la santé, le pouvoir d’achat…”
“Si Macron refuse, ce n’est pas grave”
Edouard Fricth, lui, se focalise sur des élections, qui dans la foulée de l’élan des municipales, pourraient lui offrir une majorité confortable. Mais renverser le gouvernement, placer Antony Géros à la présidence, et espérer qu’Emmanuel Macron accède à la dissolution est un pari risqué. “Si Macron refuse, ce n’est pas grave”, balaye cet élu du Tapura. “On aura rendu le pouvoir au Tavini, conformément aux Territoriales de 2023, et on regardera ce qui se passe, on sera attentif…” Mais sans participer. “On ne court pas après un ministère”.
“On ne veut pas refaire l’UPLD”
Au Tavini, sans doute peu enclin à retourner devant les urnes, on continue de peaufiner la stratégie de coalition. “On préfère appeler ça un gouvernement de cohabitation”, corrige ce proche d’Antony Géros. “On ne veut pas refaire l’UPLD. On est prêt à gouverner avec qui voudra : Tapura, AHIP, non inscrits… On veut même ouvrir des ministères à la société civile. Et ensuite, ce gouvernement se met d’accord sur une feuille de route avec 7 à 10 projets à mener jusqu’en 2028”.
Logements sociaux, infrastructures, fiscalité, l’hôpital de Taravao… la liste de courses est ouverte à la discussion. Le Tavini assure qu’il parle déjà de façon informelle avec des autonomistes, qu’ils soient au Tapura ou à A Here Ia Porinetia. Le grand silencieux, dans cette crise, c’est Antony Géros. “Il est très pragmatique, rappelle un de ses lieutenants. Il ne s’exprimera pas tant que les négociations ne donneront rien de concret.”
Que veut Oscar Temaru ?
Quant à Oscar Temaru, son rôle jette le trouble. Alors que le Tavini prône de mettre l’idéologie indépendantiste de côté pour essayer de sortir Brotherson via un gouvernement d’union, Temaru a préparé une lettre aux grands électeurs qui devront élire les sénateurs en septembre et dans laquelle il fustige l’État français. Son vote pour le collectif à l’Assemblée montre un homme toujours déchiré entre ses deux fils. “Il est partagé entre l’affect et la politique, c’est très difficile pour lui en ce moment”, confirme ce proche.
Une dissolution d’initiative locale ?
Une énième voie de sortie de crise se fait jour également. “Comme Moetai ne veut rien savoir, explique cette représentante, on peut confier au futur président la mission d’utiliser l’article 157-1 du statut d’autonomie”. Contrairement à la dissolution classique décidée de manière unilatérale par l’État en raison d’un blocage (article 157), le processus de l’article 157-1 est exclusivement déclenché à la demande du gouvernement de la Polynésie française. C’est l’exécutif polynésien qui choisit de provoquer le retour aux urnes avant le terme normal du mandat des représentants.
En attendant, Moetai Brotherson compte ses troupes et recrute. Après Tevahiarii Teraiarue, c’est Ernest Teagai qui a annoncé sa démission du Tavini et son arrivée dans le groupe A Fano Tia. Si elles sont officialisées, ces deux nouvelles recrues porteront le groupe à 17 élus (18 avec Moetai Brotherson) contre 20 au Tavini…
En 2015, on se souvient qu’Edouard Fritch avait fait redescendre des ministres dans l’hémicycle afin de constituer une nouvelle majorité après sa rupture avec Gaston Flosse. De quoi donner des idées à Moetai Brotherson ?



