TNTV : Le Tavini a voté contre les textes présentés par le gouvernement, ce jeudi à Tarahoi : le dispositif Tama’a Maita’i et l’aide au paiement des loyers. Ces mesures sociales étaient attendues par la population. Pourquoi le Tavini s’y est opposé ?
Maurea Maamaatuaiahutapu : « Nous ne sommes pas du tout contre le principe d’aider notre peuple à bien se loger, à bien se nourrir, bien au contraire. Mais ce que nous avons dénoncé lors de notre deuxième séance, c’est que ces dispositifs sont incomplets ».
TNTV : Ils sont flous, inégalitaires, et couteux, pour reprendre vos mots.
Maurea Maamaatuaiahutapu : « Exactement. Pour parler du Tama’a Maita’i, par exemple, bien sûr que l’on veut soutenir la souveraineté alimentaire. Ça, c’est un principe fondamental du Tavini. Bien sûr que l’on veut donner à manger local et de l’alimentation saine à notre peuple. Mais on doit penser à l’ensemble et pas seulement à une classe ».
TNTV : Qu’est-ce qui vous pose un problème ?
Maurea Maamaatuaiahutapu : « Ce qui ne va pas avec ce texte, c’est qu’on n’a pas de réelle visibilité sur l’application de ce dispositif. C’est un dispositif qui s’inscrit dans le nouveau fonds qui est dédié à la lutte contre la cherté de la vie et la concurrence. Mais pour autant, on n’a pas de visibilité sur le coût réel de ce dispositif. Le budget alloué à ce fonds est de 922 millions de francs, près d’un milliard. Sauf que ce dispositif ne s’inscrit pas encore dans ce fonds. On ne sait pas à l’heure actuelle combien ce dispositif va coûter. Or, si l’on veut répondre à une demande, qu’elle soit pour la classe moyenne ou pour d’autres classes, mais d’abord pour les ménages, les foyers à revenus très modestes. Si l’on veut répondre à une demande, il faut d’abord que la production soit structurée et organisée. Or, ce dispositif… »
TNTV : Il arrive un peu tôt, selon vous.
Maurea Maamaatuaiahutapu : « Tôt, peut-être, mais en tout cas, il est incomplet. Il est incomplet. Il faut d’abord structurer l’offre avant de pouvoir répondre à une demande, quelle qu’elle soit ».
TNTV : Moetai Brotherson disait que vous étiez pourtant d’accord en commission et que vous avez changé de position après la scission au sein du parti. Est-ce le cas ?
Maurea Maamaatuaiahutapu : « Oui, c’est le cas parce que, vous savez, une commission, c’est une séance de travail, avant tout, où des questions peuvent être posées, des observations peuvent être posées, des ajustements peuvent être proposés. Tous les représentants ne siègent pas dans les commissions. Or, comme je le disais tantôt, la commission, c’est une séance de travail. La séance plénière, c’est une position politique des groupes. Et cette position, elle peut évoluer d’une commission à la séance plénière.
Donc, c’est ce que nous avons fait. Nous avons repris le texte. Nous avons pointé des choses qui étaient trop floues, à notre sens, qui ne répondaient pas aux objectifs du Tavini. Et c’est pour ça que nous l’avons rejeté. Mais nous aurions quand même espéré que le président du Pays ne retire pas le texte pour qu’on puisse justement en débattre en séance. Or, il l’a fait et le débat s’est arrêté là ».
TNTV : Il a retiré également le texte sur l’aide au paiement des loyers. Vous dites que le plafond fixé à 113 000 francs pour un F2 est totalement déconnecté de la réalité, que les loyers réels sont plutôt autour de 180 000 francs. Cela veut dire que ceux qui en auraient le plus besoin n’auraient rien eu, selon vous ?
Maurea Maamaatuaiahutapu : « Prenez par exemple cette histoire de zonage qui est inscrite dans le dispositif. Il y a différentes zones : la zone 1 à la zone 4. La zone 1 définit les loyers qui s’inscrivent dans les communes allant de Arue à Paea et Papara. Sauf que même à ce niveau-là, les loyers sont disparates, ils ne sont pas les mêmes. Prenez un loyer dans la capitale, ce n’est pas le même qu’à Papara. Donc déjà là, on trouve qu’il y a une disparité de loyers qui n’est pas prise en compte et qu’on s’éloigne de la réalité du marché, effectivement ».
TNTV : En conférence de presse, Anthony Géros expliquait qu’avec la crise internationale et la flambée des cours du pétrole, le Pays est en période de pré disette, qu’il va falloir se serrer les coudes au lieu de distribuer des aides au profit de son parti en cours de formation. C’est ainsi que vous analysez l’action du gouvernement ? Est-ce qu’il est en campagne, selon vous ?
Maurea Maamaatuaiahutapu : « Cela n’engage que le gouvernement et M. Moetai Brotherson qu’ils soient en campagne ou pas. Je ne commenterai pas cette position. En revanche, oui, vous prenez les deux dispositifs dont on vient de parler, ce sont des dispositifs qui coûtent cher. Vous reprenez par exemple l’APL, en année 1, le dispositif est évalué à peu près 415 millions de francs. Vous vous reportez à l’année N plus 5, on en vient à plus de 4 milliards de francs. Donc, vous comprenez qu’au Tavini, on regarde à deux fois avant de dépenser les deniers publics sans avoir de garantie que ça fonctionne vraiment. C’est pour ça qu’on s’est positionnés contre ces deux textes ».
TNTV : Anthony Géros disait ce samedi que cette réunion publique en live sur Facebook, sur la réforme du RNS, avec le gouvernement, était un peu le chant du cygne parce qu’une majorité Tapura, A Here Ia Porinetia et Tavini votera prochainement la suppression de la loi. C’est inévitable selon vous de supprimer cette réforme ?
Maurea Maamaatuaiahutapu : « Alors, pas de la supprimer, mais de la revoir. Je laisse le soin à nos dirigeants de chaque groupe et de chaque parti de s’entendre sur ce qu’il faut revoir de ce dispositif. Mais en tout cas, nous ne nous inscrivons pas du tout dans une démarche d’opposition systématique. Nous sommes toujours dans une démarche de co-construction. Encore faut-il que le gouvernement entende nos observations et nos recommandations ».
TNTV : Moetai Brotherson a déclaré en séance jeudi, je le cite : « Ecrivez une motion de défiance avec vos nouveaux amis du Tapura et de A Here Ia Porinetia pour venir prendre notre place. Mais allez au bout de votre logique ». Le Tavini va-t-il franchir le pas ?
Maurea Maamaatuaiahutapu : « Je voudrais dire à Monsieur Moetai Brotherson qu’il prenne d’abord lui ses responsabilités. Parce que si on se retrouve dans cette situation, c’est d’abord de son fait. Nous n’avons exclu personne. Les 15 membres de A Fano Ti’a ont démissionné du groupe. Nous, il fallait qu’on aille aussi au bout de la logique. Donc : ‘Démissionner du groupe Tavini Huiraatira à l’Assemblée, aller jusqu’au bout de votre logique et démissionner du parti’. Maintenant, pour ce qui est de Monsieur Moetai Brotherson, qu’il prenne ses responsabilités, qu’il aille au bout déjà de sa fonction. Parce qu’en 2023, oui, il a promis d’aller au bout de ses engagements. Maintenant, qu’il prenne ses responsabilités ».
TNTV : Le président de l’Assemblée l’a annoncé ce matin. Moetai Brotherson sera radié du parti, mais pas tout de suite. Faut-il qu’il quitte la présidence, selon vous ?
Maurea Maamaatuaiahutapu : « Comme je le disais tantôt, s’il doit aller au bout de ses fonctions, qu’il le fasse. Mais sans majorité claire, ce sera un petit peu compliqué pour lui. Donc, advienne que pourra, on attend ses décisions. En tout cas, nous à l’Assemblée, on est toujours dans cette ouverture. On travaille avec tout le monde. C’est pourquoi nous nous sommes entendus avec d’autres groupes pour faire avancer les dossiers. Et nous nous inscrivons toujours dans cette démarche de co-construction ».



