TNTV : Vous avez travaillé sur le mode de scrutin 2004, en 2011. Que pensez-vous de cette demande (de réforme) de Nicole Sanquer de réduire la prime majoritaire de 19 à 12 sièges ?
Gaston Flosse : « À cette époque (le Taui, ndlr), il y avait un désordre innommable à l’intérieur de notre Pays. On changeait de gouvernement tous les six mois maximum. Le gouvernement tenait un mois. C’est la raison pour laquelle la ministre d’Outre-mer a modifié le statut dans cette partie-là. Et depuis, donc, les choses sont stables. Mais évidemment que pour les parties faibles, ce n’est pas tout à fait de leur choix. »
TNTV : Faut-il modifier le mode de scrutin aujourd’hui?
Gaston Flosse : « Il faut garantir qu’avec ce nombre de sièges, nous aurons au moins un gouvernement qui marche comme il le faut et ne plus recommencer l’expérience que nous avons connue. »
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TNTV : Gaston Flosse, votre vie se confond presque avec l’histoire politique de la Polynésie. Maire, président du Pays, député, sénateur, secrétaire d’État. Est-ce que la politique est encore dans votre tête aujourd’hui?
Gaston Flosse : « Oui, tout à fait. Et plus que jamais. Mon grand regret, c’est de n’avoir pas prévu plus tôt un changement de statut. Notre autonomie, que nous avons créée en 1984 depuis 42 ans maintenant (…) et la France a arrêté les transferts de compétences à la Polynésie française. Donc nous n’allons pas rester 40 ans encore avec ce machin-là. Il nous faut changer de statut. Ces dernières années, je n’étais pas au gouvernement, cela m’a donné l’occasion de réfléchir. Et je pense que le seul statut qui pourrait nous convenir, c’est la souveraineté associée à la France. C’est-à-dire que nous serons un pays indépendant, c’est ça la souveraineté, mais toujours avec la France. Il n’y aura pas une coupure avec la France. »
TNTV : Quel va être votre rôle dans la mise en place de cette souveraineté associée à la France?
Gaston Flosse : « Pour bien faire, je devrai prendre mon bâton de pèlerin et puis aller de commune en commune pour prêcher la valeur de ce statut de souveraineté pour nous aujourd’hui. Mais ma femme a bien compris, je lui ai enseigné et je lui ai fait écrire ce que représentait la souveraineté. Et puis mes amis également savent ce que c’est. J’espère qu’ils prendront la suite et puis qu’ils iront jusqu’au bout de la souveraineté. »
TNTV : Vous parlez de l’avenir, mais nous allons aussi revenir sur le passé. Votre vie politique a été traversée par des affaires juridiques, par des condamnations, des blessures, des zones d’ombre. À 95 ans, y a-t-il des choses que vous regrettez aujourd’hui?
Gaston Flosse : « Écoutez, non seulement ça, mais j’ai même fait cinq semaines de prison. Et lorsque j’étais sur le point d’y entrer, j’ai entendu la discussion entre la juge des peines et le procureur. Et la juge des peines dit ‘mais pour quelle raison je le mettrais en prison celui-là? Je ne vois pas la raison’ . Mais le procureur a insisté absolument pour que j’aille en prison. Il avait reçu des ordres de Paris et les a exécutés, c’est tout (…). J’ai rien à me reprocher. On a parlé d’emploi fictif. Le juge d’instruction a conclu non. Alors on a transformé cet emploi fictif en détournement de fonds publics. Détourner où? C’est faux, tout ça, c’est faux. Le fait que je parle de notre statut qui devait avancer, progresser, n’a pas plu à la France sûrement. Et c’est la raison pour laquelle donc ils m’ont cherché tous ces ennuis-là. »
TNTV : Quand vous regardez la Polynésie politique d’aujourd’hui, les divisions, les tensions, notamment au Tavini… Qu’en pensez-vous?
Gaston Flosse : « D’abord c’est l’affaire du Tavini. Nous n’avons pas à nous mêler de cela (…). Mais je pense que la solution pourrait être la dissolution de l’Assemblée et que le peuple se prononce en fonction de tout ce qui se passe actuellement. Le Tavini divisé, un président qui n’a plus la majorité pour soutenir ses projets, ça ne peut pas tenir. Il faut remettre le pouvoir entre les mains de la population, à mon avis. »
TNTV : Vous êtes souvent présenté comme le père de l’autonomie, mais ce soir on veut parler du père de famille, du mari également. Peut-on vraiment concilier une vie politique aussi intense que la vôtre avec la vie de père?
Gaston Flosse : « C’est là mon problème. Vous savez, quand j’ai opté pour l’autonomie, il n’y avait aucun ouvrage qui pouvait me conduire et me dire, voilà, l’autonomie c’est cela, il faut se conduire ainsi (…). Je me suis débrouillé seul avec des amis à travailler ici et à Paris également. Et c’est comme ça que nous y sommes arrivés. Et c’est peut-être une autre chose parce que cette autonomie est bien adaptée à notre Pays et à la population également. Mais son temps est révolu. 42 ans maintenant, il faut changer, passer à autre chose. »



