Ice, MDMA, Colombiens et agent immobilier : la chute d’un important réseau qui opérait à Tahiti

Publié le

Pas moins de 11 personnes ont comparu, ce mardi, devant le tribunal correctionnel pour un vaste dossier de trafic international de stupéfiants et de blanchiment d’argent. Sur les directives d’un ressortissant colombien résidant en Espagne, des mules étaient dépêchées au fenua pour livrer ice et MDMA avant de quitter le territoire avec les millions récoltés. Des contacts polynésiens se chargeaient d’écouler la drogue localement. Parmi eux, un agent immobilier de 67 ans. Des peines allant jusqu’à 8 ans de prison ferme ont été requises.

De tous âges, de tous milieux et de toutes origines. Les profils des prévenus étaient divers et variés, ce mardi, dans la grande salle du palais de justice de Papeete : de très jeunes femmes, de Polynésie, mais aussi d’Espagne et de métropole, deux ressortissants colombiens, ainsi qu’un sexagénaire bien inséré.

Tous agissaient pour le compte d’un certain Fernando M., appelé “David”, un Colombien vivant en Espagne. Sous couvert d’activités d’importation de vêtements et de bijoux, c’est un vaste réseau de trafic de drogue qu’il aurait enraciné en Polynésie.

De multiples mules ont en effet été envoyées au fenua, permettant l’importation, durant de longs mois, de plusieurs kilos de méthamphétamine, mais aussi de la MDMA, le principe actif de l’ecstasy.

La drogue a ensuite été écoulée à Tahiti par deux principaux revendeurs : Tetuaura M., chez qui un fusil à pompe et des cartouches ont été retrouvés, ainsi qu’Alain B., un agent immobilier de 67 ans, employé dans un cabinet d’avocat après des déboires professionnels.

“A cause d’une liquidation judiciaire, j’ai été dans un période très compliquée. Ça a été un brouillage cognitif. Si quelqu’un m’avait dit un an plus tôt que je ferais ça, je ne l’aurais jamais cru”, a déclaré depuis son box le sexagénaire… lui même consommateur d’ice et de cocaïne. Il a indiqué avoir retiré du trafic “3 à 4 millions”.

L’argent coulait à flot. Et c’est là qu’intervenaient les collecteurs. Deux Colombiens dépêchés par “David” à Tahiti début 2025. Victor R. et William R. avaient pour mission de récupérer les importantes sommes en espèces auprès des revendeurs. “David” payait tous leurs frais, dont leur loyer de plus de 300 000 francs par mois.

“Je reconnais ce qui m’est reproché, mais je ne suis pas un trafiquant. On m’a proposé 10 000 euros -environ 1,2 million Ndlr-. Il m’a dit qu’il était dans les bijoux. J’ai eu des doutes. Je me suis rendu compte sur place que c’était pour la drogue”, a expliqué Victor R., aidé pour cela d’un interprète.

Les mules étaient aussi chargées de transporter jusqu’en Europe des liasses de billets, dissimulées entre les pages de magazines.(Archives TNTV/Douanes de Polynésie)

Après s’être mis à table, cet homme de 50 s’est dit inquiet d’éventuelles représailles de la part de “David” :  “S’il est capable de trafiquer de cette manière, il est capable de faire autre chose. En Colombie, c’est monnaie courante”

Au début du trafic, l’argent collecté était rapatrié en Espagne via des colis express. Mais après l’interception par les douanes de Polynésie de 10,9 millions dans un envoi, un autre modus operandi a été mis en place.

Les mules étaient cette fois chargées de transporter jusqu’en Europe des liasses de billets, dissimulées entre les pages de magazines. De petites mains au fenua encaissaient aussi des sommes en espèces sur leurs comptes, puis les reverser, moyennant commissions, sur des comptes de néobanques liés à “David”.

Des achats de produits de grande valeur, téléphones, ordinateurs, vêtements de marque, mais surtout bijoux, étaient également réalisés en liquide. Pour un montant global d’environ 17 millions.

La gérante d’une bijouterie de Tahiti a ainsi accepté de vendre contre espèces pour 6,2 millions de colliers et bracelets composés d’or et de pierres précieuses. Elle a donc comparu au procès pour blanchiment d’argent.

Dans ses réquisitions, la procureure Stéphanie Pradelle a relevé que le réseau, chose rare, n’était pas organisé depuis la Polynésie. “Ils viennent pourrir le territoire. C’est un phénomène inquiétant (…) C’est à la justice de les contrer”, a-t-elle tonné. A l’heure de la publication de cet article, l’audience était toujours en cours.

Quant à “David”, le personnage central du dossier, il a échappé au procès. L’homme de 44 ans a quitté la Polynésie en mars 2025 après avoir appris qu’une famille de trafiquants bien connus au fenua était à sa recherche. Et malgré un mandat d’arrêt émis par les autorités françaises, il n’a toujours pas été interpellé. Son cas a donc été disjoint de la procédure.

Dernières news

A lire aussi