À peine arrivé au fenua, Gérald Darmanin a dévoilé les principaux chantiers qu’il entend mener pour la justice en Polynésie française. Le garde des Sceaux et ministre de la Justice, présent pour un déplacement de 36 heures, a notamment placé la situation du centre pénitentiaire de Faa’a-Nuutania au cœur de sa visite.
« Je suis venu annoncer une deuxième prison sur le site de Faa’a », a-t-il déclaré. Le ministre décrit l’établissement comme étant dans des « conditions d’humanité inacceptables », évoquant notamment la situation des mineurs détenus.
Une mission de trois mois va être lancée pour identifier le foncier nécessaire à la construction d’un quartier de courte peine. L’objectif affiché est une finalisation en 2028. Cette nouvelle structure doit notamment permettre d’accueillir les mineurs et de dégager les marges nécessaires pour engager les travaux de rénovation du centre pénitentiaire actuel.
Le ministère prévoit parallèlement de renforcer les effectifs : cinq postes supplémentaires de surveillants doivent être ouverts à Faa’a au premier semestre 2027, puis cinq autres début 2028.
« Quand on vient annoncer la transformation de la prison de Faa’a (…), c’est très important de pouvoir écouter et de transformer », a insisté Gérald Darmanin, qui dit recevoir régulièrement des courriers de familles polynésiennes souhaitant le retour au fenua de proches partis travailler dans l’administration pénitentiaire dans l’Hexagone.
Une prépa pour former davantage de magistrats polynésiens
Autre annonce : l’ouverture, en septembre prochain, d’une classe prépa Talents Pacifique à Papeete, avec l’objectif de permettre aux jeunes Polynésiens de préparer sur place les concours de la Justice, notamment celui de la magistrature.
« Ce sera possible pour les jeunes Polynésiens de passer le concours de magistrats de Papeete, sans faire le déplacement », a indiqué Darmanin, qui souhaite voir davantage de Polynésiens intégrer la magistrature.
À l’approche des Jeux du Pacifique, le ministre annonce également des renforts pour la justice polynésienne. Un poste pérenne supplémentaire doit notamment être créé au parquet en 2027, tandis que des magistrats brigadistes pourront être envoyés en fonction des besoins exprimés par les chefs de cour.
Concernant les audiences foraines dans les archipels, les frais d’hébergement, de transport et de repas des avocats qui y interviennent seront pris en charge à compter du 1er novembre.
Violences sur les enfants, stupéfiants et foncier
Gérald Darmanin veut également renforcer les moyens consacrés à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Évoquant notamment l’affaire Lyhanna, il a assuré être venu examiner « quels sont les moyens qu’on pourra envoyer ici en Polynésie très rapidement, de police et de gendarmerie et de magistrats, pour lutter contre les violences faites aux enfants ».
Interrogé sur l’Unité d’accueil pédiatrique des enfants en danger (UAPED), dont la convention est toujours attendue, le ministre assure vouloir débloquer le dossier : « Je suis justement là pour la débloquer ».
Le garde des Sceaux annonce par ailleurs la création d’une véritable direction outre-mer au sein de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), afin notamment d’intensifier la coopération avec les services polynésiens chargés de l’enfance.
Enfin, le ministre s’est penché sur l’épineuse question du foncier. Il s’est dit favorable à la création d’un groupement d’intérêt public (GIP) associant l’État et le Pays afin de mieux articuler leurs compétences et d’accélérer les procédures de titrement. Il souhaite également assouplir les conditions d’obtention de certains actes d’état civil.
« Je ne fais aucun rendez-vous politique »
Gérald Darmanin a enfin répondu aux interrogations entourant ce déplacement très court, alors que des émeutes lycéennes ont lieu dans l’Hexagone.
« La Polynésie, c’est la France », a-t-il répondu, précisant être accompagné de deux personnes. Le ministre doit regagner Paris rapidement en vue de la journée de mobilisation du 6 octobre.
Il a également écarté toute dimension politique à sa visite : « Je ne fais aucun rendez-vous politique », a-t-il assuré. Il doit toutefois rencontrer le maire de Papeete ainsi que Gaston Tong Sang, maire de Bora Bora, une rencontre qu’il présente comme amicale.
Plusieurs hauts responsables de la Justice prolongeront, eux, leur présence au fenua afin de poursuivre le travail engagé durant cette visite ministérielle.





