Renvoyé pour démêler un possible conflit d’intérêt, le jugement en comparution immédiate de deux jeunes agents de sûreté de l’aéroport de Tahiti-Faa’a s’est finalement tenu ce jeudi. Hiro*, bientôt 29 ans, et Manea*, 24 ans, étaient poursuivis pour avoir tenté d’importer 116g d’ice depuis Los Angeles, fin juin dernier.
Repérés par les douaniers américains, les deux hommes avaient été interpellés à leur retour au fenua, à la descente d’un vol Air France. Les agents polynésiens avaient découvert 19,08 grammes d’ice dissimulés dans du linge pour bébé dans les affaires de Heifara, et 96,89 grammes dans celles de Manea, ainsi que des gummies – bonbons – et des vapes au THC.
Dans un premier temps, Hiro avait assuré s’être procuré la drogue auprès de personnes rencontrées dans un casino. Il avait vite changé de version, expliquant avoir eu peur des représailles de son complice. « J’étais égoïste, addict à l’ice. Il m’a demandé de cacher le reste dans mes affaires, je n’ai pas refusé » , soupire-t-il. Consommateur régulier depuis ses 17 ans, il explique avoir caché son addiction à sa femme et à sa famille. Père de deux enfants, âgés de huit ans et trois mois, il assure qu’il aurait consommé lui-même la drogue retrouvée dans ses affaires et ne l’aurait pas revendue. « J’ai essayé de diminuer, mais jamais d’arrêter (…). Je n’ai pas envie que mes enfants touchent à ça », ajoute-t-il.
De son côté, Manea a longtemps nié être impliqué dans l’importation. Il affirmait ne pas savoir que de l’ice se trouvait dans ses affaires. À la barre, il finit toutefois par reconnaître comme vraie la seconde version livrée par son complice. Il a, explique-t-il, acheté pour 500 dollars d’ice à une connaissance, un certain Harold, cédant à l’appat du gain peu de temps avant son retour.
Grâce à leurs accès dans l’aéroport, les deux prévenus espéraient transporter facilement la drogue. Mais rien ne s’est passé comme prévu.
« Je me suis dit : je vais essayer une fois, pour voir si ça aurait pu passer », souffle Manea, qui doit devenir père dans deux semaines.
Son avocate, Me Guessan, plaide un passage à l’acte « opportuniste » et non prémédité, et demande au tribunal de retenir une peine plus clémente.
La douane sollicite une amende douanière solidaire exemplaire de 11,5 millions de francs à l’encontre des deux prévenus. Le parquet demande, lui, une peine de 30 mois de prison, dont six mois assortis d’un sursis probatoire pendant deux ans, à l’encontre de Manea. Pour Hiro, il requiert 24 mois de prison, dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans. Le ministère public réclame également à leur encontre cinq ans d’interdiction d’exercer le métier d’agent de sûreté. « Il faut être ferme. On ne peut pas s’autoriser à essayer », estime la représentante du parquet.
Le tribunal a finalement condamné Manea à 18 mois de prison, dont 6 avec sursis, et Hiro à 18 mois de prison dont 9 avec sursis. Ce dernier bénéficie d’un aménagement de peine ab initio et n’a ainsi pas été incarcéré suite à la décision du tribunal.
*Les prénoms ont été modifiés



