« Est-ce que notre voix compte ? » : l’Écoparc de Titaaviri inquiète les éleveurs

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Le projet d’Écoparc de Titaaviri ne fait pas l’unanimité parmi les éleveurs et les maraîchers de la vallée. Le programme prévoit notamment la création d’une route susceptible de traverser certaines exploitations. Si rien n’est encore acté, les professionnels dénoncent le lancement d’un projet sans concertation préalable et mettent en garde contre un aménagement qui pourrait mettre leur activité en péril.

C’est en découvrant une vidéo relayée par le gouvernement que Poema Lai Ah Che Ressiguier a pris la mesure du projet d’Écoparc de Titaaviri. Gérante de l’unique exploitation porcine de la vallée, elle s’inquiète de ce vaste pôle de développement industriel, agricole et touristique envisagé sur plus de 1 400 hectares.

« Dans la démarche, on va inviter le président Moetai, ce qui a donné suite à cette vidéo-là. Quel message on nous envoie, en fait ? Est-ce que notre voix compte ? Est-ce qu’on existe ? Est-ce qu’on est la cinquième roue du carrosse ? (…) Comment est-ce qu’ils peuvent intégrer un projet pareil sans nous consulter d’abord ? », interroge-t-elle.

 

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C’est surtout le tracé d’une route à travers son exploitation porcine qui suscite son inquiétude. Une crainte appuyée par le Groupement de défense sanitaire de Polynésie française dans un avis technique.

« La création d’une voie de circulation à travers cet élevage constituerait une augmentation de la circulation de personnes et de véhicules, un risque accru de pénétration de personnes extérieures sur le site. En conséquence, un risque d’introduction de pathogènes par les mains, les chaussures, les pneus ou les déchets alimentaires. Une maladie contagieuse entraînerait un problème sanitaire, des pertes économiques pour l’élevage et une diminution de l’approvisionnement en porc à l’abattoir. »

La professionnelle redoute notamment que les déplacements à proximité de ses animaux ne favorisent l’introduction de maladies au sein de l’élevage.

« J’ai dû justifier, avec un avis d’un vétérinaire, pourquoi on ne peut pas imposer une voie de circulation en travers ou à côté de mon élevage. Je vais vous donner juste un argument qui va être parlant pour tout le monde. Avec tous les problèmes de salmonelles qu’il y a eu chez les éleveurs de poules, comment est-ce qu’on peut imaginer aller imposer une voie de circulation à côté ? Ce n’est pas possible », déplore Poema Lai Ah Che Ressiguier.

Du côté du porteur du projet, Éric Malmezac assure que rien n’est encore arrêté et que le tracé pourra être revu en cas de désaccord avec les propriétaires concernés.

« Oui, nous avons un programme de développement dans cette vallée, mais nous n’en sommes qu’au début. Nous avons envisagé de tracer cette route (…) mais, en aucun cas, nous ne voulons nous braquer avec les propriétaires qui ne seraient pas d’accord. Il est prévu que nous rencontrions la population et on le fera. Mais si on ne peut pas faire cette route, on fera autrement. (…) Mais tout ça est prématuré, rien n’est signé. Je comprends les propriétaires », indique le chef d’entreprise.

Ces assurances ne suffisent toutefois pas à apaiser Poema Lai Ah Che Ressiguier. La gérante regrette que les acteurs du secteur primaire n’aient pas été associés aux premières réflexions autour du projet.

« Là, dans un contexte où on fait des projets comme ça d’urbanisation, j’estime que, je suis désolée, c’est important que nous, on soit intégrés dès les prémices des réflexions. (…) C’est un projet qui a été réfléchi entre seulement deux parties, et en fait, on est en face d’un investisseur privé qui possède une majorité des terres dans cette zone. Il fait ce qu’il veut, le monsieur, c’est chez lui, il peut faire un Disneyland si ça lui chante », lance-t-elle.

Au-delà des éleveurs, les maraîchers de la vallée sont également concernés. À leurs yeux, ce projet va à contre-courant des ambitions de souveraineté alimentaire affichées par le Pays.

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