Intervenant lors de la première séance plénière — consacrée au défi mondial de protéger 30 % de l’océan d’ici 2030 (objectif 30×30) et à la préservation de la haute mer —, Taivini Teai, ministre de l’Agriculture, des Ressources marines et de l’Environnement, a porté un plaidoyer en faveur d’une diplomatie environnementale plus inclusive.
Au cœur des discussions, le modèle polynésien de gestion de l’océan a fait figure de référence. Le ministre a dévoilé les nouvelles étapes de déploiement de Tainui Atea, l’aire marine protégée (AMP) qui couvre l’intégralité de la Zone économique exclusive (ZEE) du territoire.
Avec la création récente de plus de 27 000 km² de zones protégées additionnelles aux Marquises et aux Australes, et la sanctuarisation de dizaines de monts sous-marins, le Fenua accélère le pas. La feuille de route prévoit l’intégration de 520 000 km² supplémentaires sous protection stricte. À terme, ce sont près de 1,4 million de km² qui basculeront sous ce statut de conservation renforcée, permettant à la Polynésie française d’atteindre le seuil symbolique des 30 % de ses eaux hautement protégées, en parfaite adéquation avec le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal.
Diplomatie active et réseaux océaniques

Au-delà du bilan territorial, Taivini Teai a profité de cette tribune internationale pour formuler des exigences fortes à l’égard de la communauté globale. La Polynésie appelle à un renforcement drastique de la protection de la haute mer, à la sécurisation des corridors écologiques du Pacifique et à une application rigoureuse du principe pollueur-payeur.
Invité en qualité de territoire pilote aux côtés des Seychelles et de la République dominicaine lors d’un panel, le ministre a également exposé les chantiers en cours pour bâtir un mécanisme de financement pérenne destiné aux grandes AMP. L’argument défendu est pragmatique : les îles qui sanctuarisent leurs espaces maritimes rendent un service écologique mondial et doivent, à ce titre, recevoir un soutien financier et politique adéquat.
L’esprit de la Déclaration de Matavai en perspective
En marge du sommet, l’agenda bilatéral s’est avéré particulièrement dense. Taivini Teai s’est entretenu avec l’ancien secrétaire d’État américain John Kerry, ainsi qu’avec les délégations du Chili — pour évoquer le projet d’une « Ceinture Bleue du Pacifique » —, des Comores et des Seychelles. Ces derniers partagent avec la Polynésie une problématique critique : l’impact dévastateur des dispositifs de concentration de poissons (DCP) dérivants.
Enfin, un dialogue a été amorcé avec les représentants māori, hawaïens et rapanui pour jeter les bases d’un réseau solidaire des grandes aires marines gérées par les peuples polynésiens. Une démarche qui s’inscrit en droite ligne de la Déclaration de Matavai, adoptée le 8 juin dernier à Tahiti, et qui entend bien peser sur les futures négociations internationales.



