Aoa accélère sa stratégie de restauration écologique. Après avoir sanctuarisé 250 hectares de forêt, l’association a inauguré son laboratoire de culture in vitro à Mataiea. Une structure qui doit lui permettre de maîtriser la régénération des plantes endémiques, destinées à être replantées dans des vallées fortement touchées par les espèces invasives.
« On va partir d’une partie d’une plante – ça peut être une graine, une feuille, un méristème, une partie très spéciale chez les plantes qui produisent les cellules. On va l’isoler, mettre au point un protocole de stérilisation et la mettre dans un petit pot. C’est un milieu nutritif qui est gélifié, qui contient du sucre, des macros, des microéléments et des hormones. À partir de là, on va tenter de régénérer des plantes entières et de les multiplier en grande quantité » , explique Élodie Cinquin, responsable du laboratoire.
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Grâce à cette technique, Aoa espère réintroduire entre 20 000 et 25 000 plants par an dans les vallées polynésiennes d’ici 2036. Un enjeu devenu crucial face à la progression des espèces envahissantes.
« Les vallées sont très abîmées, donc contrôler les espèces envahissantes, ça ne suffit pas. Il faut aider les espèces indigènes et endémiques à repeupler. Donc on vient à travers l’outil de culture in vitro, on va pouvoir produire en quantité des espèces indigènes et endémiques qui vont être réintroduites dans la vallée » , observe la scientifique.

Parmi les soutiens du projet figure la TEP (Transport Energie électrique en Polynésie). L’entreprise est confrontée quotidiennement à l’expansion des espèces invasives autour de ses pylônes, installés dans les vallées de Tahiti. « Ça fait assez longtemps que j’étais un peu choqué par l’état de développement des espèces invasives. Le myconia, qui est absolument catastrophique, le falcata, le tulipier du Gabon… On voit bien que la forêt endémique polynésienne est quand même en danger. Je pense qu’on ne fait pas assez de choses pour la sauvegarder et pour préserver ce patrimoine qui est aussi culturel » , alerte Hervé Dubost-Martin, PDG de la TEP.
Installé dans la vallée de Mo’aroa, à Mataiea, le laboratoire s’inscrit dans une ambition plus large de restauration écologique. Un projet qui pourrait également avoir des retombées économiques et sociales importantes à long terme. « On estime que sur la vallée de Moaroa, si on veut arriver à l’amener au niveau de restauration qu’on aimerait avoir, on peut créer jusqu’à 300 emplois. Un emploi à long terme puisque on sait très bien que pour régénérer la nature, c’est un travail à long terme et récurrent » , affirme Christophe Balsan, gérant d’Aoa.
Selon plusieurs études, les espèces invasives seraient responsables de 55 % des extinctions végétales dans le monde. Un constat qui renforce l’urgence des actions telles que celles menées par Aoa au fenua.



