« Je ne me souviens plus. Je n’étais pas moi. J’étais alcoolisé. Je me pose la question : ‘Est-ce que j’ai réellement fait ça ». A la barre du tribunal, ce marin de profession, 46 ans, a eu beaucoup de peine à expliquer les faits qui lui étaient reprochés.
En premier lieu, une agression sexuelle commise en août 2024 à Paea sur sa fille aînée, à peine majeure. Ivre, il s’était introduit dans son lit avant de l’embrasser et de tenter d’avoir un rapport avec elle.
« Il m’a dit : ‘Tu es à moi. Tu n’as pas intérêt à avoir un copain’ (…) Je pleurais et je lui disais : ‘Arrête papa, va faire ça avec maman’ », avait témoigné la jeune fille qui était parvenue à échapper aux griffes de son géniteur.
Elle s’était décidée à déposer plainte plusieurs mois après pour « pas qu’il puisse faire ça » à sa petite sœur.
L’homme avait aussi pris l’habitude d’embrasser ses deux filles sur la bouche le matin et avant qu’elles n’aillent se coucher. « C’était un peu gênant. Il est bizarre. Il n’est pas comme les autres pères », avait declaré la cadette.
Larmes aux yeux, mais toujours taiseux, le père a expliqué avoir une addiction à l’alcool. Ce qu’a confirmé l’expert psychiatre qui a conclu à « un état d’ivresse pathologique altérant le contrôle de ses actes ». Le quadragénaire a « signé », depuis, à la Croix Bleue.
« Vous avez touché au tabou absolu : l’inceste. Vous avez voulu vous servir. Vous n’avez pas rempli votre rôle de père et de mari. Vous avez détruit beaucoup de choses, monsieur. Il faut que vous en soyez conscient », a lancé à l’intéressé l’avocate des deux victimes.
« Conserver sa fille pour lui ».
« Le prévenu était parti pour avoir une relation sexuelle complète avec sa fille. Cette nuit, elle a été érigée au rang de compagne », a de son côté tonné la procureure pour qui les propos tenus par l’homme dans la chambre de sa fille « signent véritablement la problématique incestueuse » : « sous couvert d’une éducation un peu stricte, il va lui interdire d’avoir des relations amoureuses pour conserver sa fille pour lui ».
L’avocat du quadragénaire s’est arrêté sur l’enfance de celui-ci : « Il a été battu toute sa jeunesse et a subi des traumatismes crâniens. C’est de bonne foi qu’il essaye de s’exprimer avec les moyens qui sont les siens ». « Le fond du problème, c’est sa maladie : un alcoolisme important et ancien qu’il n’a jamais su traiter complétement », a ajouté le pénaliste.
Le père a finalement été condamné à 3 ans de prison, dont deux assortis du sursis. Son nom sera également inscrit au Fichier national des auteurs d’infractions sexuelles. Une audience ultérieure se tiendra pour chiffrer le montant des dommages et intérêts qu’il devra verser à ses filles.
Après le dépôt de plainte, ces dernières ont longtemps séjourné en foyers. Elles sont depuis retournées vivre au domicile familial. Mais l’aînée a mis les choses au clair : « Je te pardonne, mais je n’oublierai jamais. Tu es mon père et tu es censé me protéger ».



