Tout juste sortie des bancs de l’université, et déjà derrière la caméra. Mahana Dexter a quitté le fenua il y a deux ans pour étudier le cinéma en Nouvelle-Zélande. Son premier court-métrage, TĀPŪ, est diffusé au Show Me Shorts Film Festival à Auckland.
Le film, une comédie, traite avec légèreté de sujets forts : la circoncision, mais pas seulement. « On parle d’attentes familiales, de traumatismes intergénérationnels et des sacrifices que l’on peut être amené à faire lorsqu’on choisit d’aimer quelqu’un d’une autre culture. L’idée principale est de montrer que nous pouvons faire nos propres choix et être nous-mêmes sans culpabiliser de ne pas suivre le chemin que les autres ont tracé pour nous. »
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En traitant de la circoncision, Mahana souhaite inviter les Polynésiens à « prendre du recul ». « C’est une invitation à prendre un moment pour réfléchir à nos propres comportements : aux fois où l’on aurait peut-être dû se taire, aux moments où les blagues vont trop loin et, surtout, aux situations où l’on finit par se révolter les uns contre les autres, en oubliant nos propres valeurs. »



Au casting de TĀPŪ, des personnalités du cinéma et du théâtre en Nouvelle-Zélande, mais aussi un visage connu au fenua : Christopher Prenat. « Travailler avec lui était une évidence, autant pour son parcours que pour l’amitié que nous avons construite, mais aussi tout simplement parce que c’est un excellent acteur qui comprenait ce que j’essayais de raconter. J’aurais aimé avoir un casting entièrement tahitien, mais les ressources disponibles ici ne nous le permettaient malheureusement pas. »
Pour ce projet, Mahana et son équipe ont bénéficié d’un financement de Day One Shorts. « Ce programme a commandé huit courts-métrages et documentaires, dont TĀPŪ, avec un budget de 20 000 dollars néo-zélandais (environ 1.2 million de Fcfp, NDLR) pour réaliser un film de douze minutes. Certains pourraient penser que c’est beaucoup, mais, en réalité, c’est un budget assez limité pour produire un film dans de bonnes conditions« , explique la jeune productrice.
L’équipe a donc fait appel à d’anciens étudiants, de jeunes cinéastes et des étudiants de Yoobee College, où sa co-réalisatrice Grace Chan, et elle, ont étudié. L’établissement leur a également prêté du matériel audiovisuel. « À l’occasion de la sortie du film au Show Me Shorts Film Festival, l’école a aussi sponsorisé un événement pendant lequel Grace et moi avons pu partager avec le public certains aspects du film et de son processus de création. Notre tuteur, Michael Cox, a également participé au projet en tant que coproducteur. Il était notamment présent pour nous soutenir et prendre en charge certaines tâches que nous n’avions pas la capacité d’assumer seules. »
L’équipe a par ailleurs reçu le soutien de plusieurs professionnels : « Grâce à la réputation du programme, au sujet du film et au courage qu’il faut parfois pour simplement oser demander de l’aide, nous avons pu compter sur le soutien de plusieurs professionnels du cinéma en Nouvelle-Zélande. Nous avons notamment reçu beaucoup de soutien de la part de femmes qui nous ont encouragées à nous dépasser, comme Miranda Harcourt, Tina Cleary, Ana Scotney, Angeline Loo, Carrisse Uta’i et bien d’autres. »
Mahana espère voir diffusé son court-métrage au-delà de Aotearoa. TĀPŪ a été soumis pour le prochain Festival international du film documentaire océanien (Fifo). « On verra bien ! Et si ça ne se fait pas, j’aimerais beaucoup organiser une projection et emmener quelques membres de l’équipe avec moi. Ce serait vraiment chouette de pouvoir partager le film avec le public du fenua et de vivre cette expérience ensemble. »
En attendant, la jeune femme a décidé de se consacrer à son nouvel emploi en Nouvelle-Zélande. « Je reste dans un domaine créatif, mais ce travail va me permettre d’avoir davantage de stabilité financière. Il faut le dire : l’industrie créative n’offre pas toujours beaucoup de sécurité, surtout lorsqu’on débute. Cela dit, j’aimerais beaucoup rentrer au fenua pour écouter de nouvelles histoires. C’est de là que vient mon inspiration : de mon peuple, de nos expériences et des histoires que nous avons à raconter. »



