Un bilan globalement positif.
La Chambre territoriale des comptes (CTC) a passé au crible la gestion de l’Assemblée de la Polynésie française (APF) pour les exercices 2021 et suivants. Dans leur rapport, révélé ce mardi par Tahiti Infos, les magistrats financiers saluent le bilan d’une institution dans une situation financière « particulièrement favorable » , ainsi que de moyens significatifs pour remplir ses missions législatives, de contrôle et de représentation.
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La Chambre relève que les moyens mis à disposition des représentants sont globalement adaptés aux contraintes géographiques du territoire. Les déplacements entre les archipels, indispensables à la participation aux travaux parlementaires, n’appellent pas d’observation particulière.
Elle note également des avancées dans l’encadrement des moyens des groupes politiques. Les règles ont été précisées afin de mieux définir les dépenses pouvant être financées, notamment celles liées à la rémunération des collaborateurs et des prestataires. Autre évolution positive : la structuration de la déontologie parlementaire. Un comité dédié a été mis en place et un code de déontologie, approuvé par le bureau de l’Assemblée le 13 octobre 2025, a été transmis aux élus en janvier 2026. Autant d’initiatives, considèrent les magistrats, qui constituent un cadre de référence utile, dont il reste à assurer l’effectivité.
Les élus de Moorea toujours sans dispositif adapté
C’est l’une des recommandations concrètes du rapport. Depuis le 1er mai 2024, les représentants domiciliés à Moorea-Maiao ne bénéficient plus de l’indemnité complémentaire qui leur était auparavant versée pour leurs séjours obligatoires à Tahiti. Cette suppression, décidée en décembre 2023, visait à réduire les dépenses publiques. Or, les séances de l’Assemblée peuvent se prolonger au-delà du départ de la dernière navette maritime reliant Tahiti à Moorea, contraignant certains élus à supporter des frais de séjour pour participer aux travaux parlementaires.
La Chambre considère donc qu’une suppression pure et simple de l’indemnisation ne garantit pas des conditions satisfaisantes d’exercice du mandat. Elle recommande de définir, dès 2026, un dispositif spécifique de prise en charge ou d’indemnisation des frais directement liés aux séjours obligatoires à Tahiti.
Les déplacements des représentants hors du territoire constituent l’autre point sensible du rapport. « Les frais de déplacement sont des dépenses sur lesquelles les citoyens attendent un effort particulier de maîtrise et de transparence de la part des élus, qui ont un devoir d’exemplarité en la matière. Ces dépenses doivent être justifiées par des considérations d’intérêt général, au vu des missions de l’Assemblée » . Est notamment pointé le recours « systématique » à la classe affaire. Celle-ci pourrait être réservée, estime la Chambre, « aux déplacements présentant les contraintes les plus lourdes et en prévoyant, pour les autres, une prise en charge en classe premium économique » .
Mais ce sont surtout certaines missions du président de l’Assemblée, Antony Géros, qui soulèvent les interrogations de la Chambre. Rappel des faits : en octobre 2023, Tony Géros se déplaçait à New York pour participer à une réunion de la quatrième commission de l’Assemblée générale des Nations unies. Un déplacement chiffré à 1,27 million de Fcfp de frais de transport, d’hébergement et de repas. La CTC relève que l’autorisation préalable d’un questeur, nécessaire pour un déplacement du président, n’a été obtenue qu’après la mission, à titre de régularisation.
Deux autres déplacements sont mentionnés : la participation du président de l’Assemblée et de son directeur de cabinet, Richard Tuheiava, à un séminaire du comité spécial de la décolonisation à Caracas, en mai 2024, pour près de 2 millions de francs, puis à Dili, au Timor oriental, en mai 2025, pour près de 1,5 million de francs. Dans sa réponse aux observations provisoires, l’Assemblée fait valoir que ces déplacements « s’inscrivent dans sa mission générale de représentation de l’institution, ainsi que dans une pratique de diplomatie parlementaire, et qu’en particulier les déplacements liés à la question de l’autodétermination trouvent un fondement dans les positions adoptées par l’Assemblée, dans la création d’une commission spéciale sur la décolonisation et dans le suivi des travaux des Nations unies » .
Mais ces missions, maintient la Chambre, ne présentent pas un lien direct aux compétences de l’Assemblée et à son pouvoir délibérant. Elle rappelle en outre que les relations internationales et la représentation extérieure de la Polynésie française relèvent, le cas échéant, du président du Pays.
De la « légitimité » de la commission spéciale sur la décolonisation
La commission spéciale « demeure illégitime » , écrit Tahiti Infos, qui voit dans ces déplacements une zone grise pour la « promotion de l’indépendance sur fonds publics » . De quoi faire tiquer le Tavini Huiraatira, qui s’est fendu d’un communiqué pour répondre à nos confrères, ce mercredi. Le parti bleu ciel dénonce un « article partisan » dont la posture est « volontairement outrancière » .
« Si, pour les besoins de la ligne éditoriale de son média, toute mission où le président de l’Assemblée de la Polynésie française représente l’institution dans une enceinte des Nations unies devient une « promotion de l’indépendance », et non la défense du droit du peuple polynésien à l’autodétermination, reconnu par la résolution du 17 mai 2013 de l’Assemblée générale des Nations unies, faut-il en conclure que chaque mission officielle du gouvernement ou de l’Assemblée à Paris, ou au Forum des Îles du Pacifique au nom de l’État français, est une « promotion de l’autonomie au sein de la France » ? » , écrit le Tavini.
Et le parti de conclure : « Le Tavini Huira’atira n’a rien à cacher dans sa gestion des finances publiques, et il dispose désormais d’un rapport de la CTC pour attester leur bon usage » . Quand bien même ledit rapport de la CTC porte sur la gestion de l’Assemblée dans sa globalité.
Principal interessé, Antony Géros tiendra une conférence de presse ce vendredi afin de revenir sur les observations de la juridiction financière et sur les réponses apportées par l’Assembéle.
Les recommandations de la CTC




