Mission de l’ONU en Polynésie : Moetai Brotherson « préfère attendre la réponse du président de la République »

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La France a exprimé son refus concernant la venue d’une mission de l’ONU en Polynésie, mais Moetai Brotherson veut encore attendre une réponse de Paris. Après avoir reçu des informations « dissonantes », le président du Pays entend désormais se tourner directement vers l’Élysée et poursuivre le dialogue avec la ministre des Outre-mer, attendue au fenua la semaine du 12 octobre.

Le représentant de la France à New York, dans un phrasé très diplomatique, ne dit pas non, mais encore moins oui. Il estime que le dialogue a déjà lieu et rappelle que la France donne beaucoup d’argent à la Polynésie. Il n’est donc pas question, à ce stade, d’accueillir une mission de visite des Nations Unies en Polynésie française. Mais pour Moetai Brotherson, le dossier n’est pas encore refermé.

Interrogé après son intervention devant la Quatrième commission de l’Assemblée générale de l’ONU, ce lundi 5 octobre, le président du Pays a confirmé avoir compris le message en ce sens. « C’est effectivement le message qu’on a entendu de la part de l’adjoint du représentant permanent de la France aujourd’hui suite à ma prise de parole. Maintenant, il faudra recaler et revérifier avec Paris, parce que moi j’ai reçu des informations un peu dissonantes, donc on va vérifier ça », a-t-il déclaré au micro de TNTV.

 

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Moetai Brotherson s’interroge par ailleurs sur la cohérence d’un refus français : « Sur la visiting mission, je pense que je ne comprendrai pas que la France maintienne cette position, puisqu’il y en a eu dans le cas de la Nouvelle-Calédonie, qui est une collectivité d’outre-mer du Pacifique comme nous, qui a été réinscrite à l’ONU comme nous. Donc ça n’a pas de sens, je devrais dire, au plan diplomatique. »

« Je préfère attendre la réponse du président de la République »

Brotherson conteste également la volonté française de maintenir les discussions dans un cadre strictement bilatéral. Selon lui, la réinscription de la Polynésie française sur la liste des territoires non autonomes des Nations Unies, en 2013, implique précisément l’ONU dans les discussions sur l’avenir institutionnel du Pays.

« Vouloir maintenir le dialogue dans une situation bilatérale, c’est la négation de la réinscription. La réinscription, c’est précisément reconnaître que ce n’est pas un sujet domestique, ce n’est pas une affaire intérieure, c’est un sujet qui doit être discuté avec l’ONU », estime-t-il.

Moetai Brotherson reste cependant prudent quant à la possibilité de voir la position française évoluer. Il rappelle réclamer l’ouverture de ce dialogue depuis 2023 et dit avoir été confronté, depuis, aux différents bouleversements politiques nationaux. À quelques mois de l’élection présidentielle, « je crois qu’il ne faut pas se faire d’illusions », reconnaît-il.

« La prochaine étape, c’est de prendre contact avec l’Élysée directement et d’avoir cette fois-ci une réponse directe de l’Élysée », annonce-t-il. « Entre le langage diplomatique employé par un représentant permanent de la France et ce que me dira le Président de la République, je préfère attendre la réponse du Président de la République. »

Le président du Pays entend poursuivre ces échanges avec la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, lors de sa venue au fenua prévue la semaine du 12 octobre.

Antony Géros voit une « détente »

Présent lui aussi à New York, le président de l’Assemblée de la Polynésie française et vice-président du Tavini Huiraatira, Antony Géros, a compris de la même manière la position exprimée par la France sur la mission de visite. Il retient toutefois un changement dans l’attitude de son représentant.

« Oui, c’est comme ça que j’ai compris, mais ce que j’ai observé, c’est qu’il est resté jusqu’à la fin cette fois-ci », relève-t-il. Surtout, Géros souligne que les différentes interventions polynésiennes ont convergé sur une demande de dialogue : « Même si la France n’a pas changé de point de vue et de discours, ce qui est intéressant, c’est que tous les pétitionnaires, que ce soit du premier au dernier, ont tous été alignés sur leur discours en demandant à la France d’ouvrir le dialogue sur la décolonisation. »

Antony Géros, à l’ONU. (Crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

Il estime que la résolution adoptée le 24 septembre à l’Assemblée de la Polynésie française a pu jouer un rôle. « Je pense que c’est également lié au fait que cette résolution que nous avons prise à l’Assemblée a fait un effet quand même positif du côté du gouvernement central et du côté du président de la République. C’est peut-être ce qui a permis une détente dans les comportements de l’État », avance-t-il.

Un consensus polynésien mis en avant à New York

Cette résolution, adoptée quasi à l’unanimté, demandait notamment à la France d’accepter le principe d’une mission de visite des Nations Unies en Polynésie française.

Devant la Quatrième commission, Moetai Brotherson a défendu ce lundi un processus en trois étapes : informer la population sur les différents statuts politiques possibles, accueillir une mission de visite des Nations Unies, puis convenir d’un calendrier devant mener, à terme, à une consultation par référendum.

Le président du Pays estime aussi que la délégation polynésienne a présenté cette année un front plus cohérent devant les Nations Unies, malgré les divergences persistantes entre autonomistes et indépendantistes. « Sur le fond, les autonomistes sont toujours autonomistes, les indépendantistes sont toujours indépendantistes. Tout ça, ça n’a pas changé », dit-t-il, tout en considérant comme un « progrès » le fait que les désaccords politiques locaux n’aient pas dominé les interventions devant la commission.

Constat similaire chez Antony Géros, qui remercie ses adversaires politiques pour le ton adopté à New York : « Même si nous avons des opinions différentes, on est restés consensuels sur la manière d’exprimer les choses. »

Pour le président du Pays, l’utilité de ce déplacement ne pourra être mesurée que dans le temps. Mais sa nécessité ne fait, à ses yeux, aucun doute : « Est-ce qu’elle est utile ? L’histoire nous le dira. Est-ce qu’elle était nécessaire ? Oui, elle était nécessaire. »

La semaine politique va se poursuivre à l’ONU, avec les rencontres entre le Président, les chefs de groupe et la Quatrième commission, puis avec le Comité des 24.

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