Entre le 18 et le 24 mai 2018, des riverains d’un chantier d’une résidence OPH à Paea avaient constaté un changement de couleur de la rivière Vaitupa, mais aussi déploré la mort de nombreuses anguilles. 128 au total.
Une pollution de l’eau qui serait due au chantier de bétonnage d’une partie de la rivière destiné à renforcer ses berges. Pour ce faire, un barrage avait été réalisé dans le lit par les ouvriers, laissant toutefois une partie de l’eau s’écouler en aval. Au total, 30 m3 de béton auraient été utilisés. Et une partie du ciment, en se diluant, aurait provoqué “un PH de l’eau à quasi-saturation” entrainant la mort des animaux.
“Si c’est un petit filet, l’eau n’a pas d’incidence sur le béton. Et si le niveau monte un peu, cela peut délaver la surface du béton, la couche superficielle (…) On fait pas mal de travaux de ce genre. On n’a jamais retrouvé d’anguille morte (…) Le ciment, ce n’est pas un polluant”, a assuré, à la barre, le conducteur de travaux.
“Le risque zéro, c’est impossible. Mais de là à dire qu’il y a eu des mètres cubes, je ne suis pas d’accord. Quand l’eau montait, on arrêtait tout de suite”, s’est de son côté défendu le chef de chantier.
Les deux hommes ont insisté sur le fait que de nombreux corps de métiers se trouvaient à la même période sur le chantier de 55 logements : “Certains utilisaient des produits chimiques. On peut jeter des solvants. On l’a constaté de nos yeux”.
Un point également soulevé par leur avocat Me Thibaud Millet, qui a plaidé leur relaxe. “C’est la première cause qui a été identifiée par les riverains : de la peinture, des solvants qui ont été déversés. Les riverains parlent d’une rivière devenue violette, puis rose. Rien à voir avec du béton. Et il y avait déjà 30 anguilles mortes”, a-t-il dit, estimant que les enquêteurs avaient eu “le raisonnement le plus simple” en ciblant la société qui œuvrait dans le lit.
“Cela n’a rien d’exceptionnel de bétonner une rivière (…) La fiche toxique du béton rappelle qu’il n’est pas toxique pour l’environnement. C’est seulement s’il y a d’importantes quantités qui sont déversées qu’il peut y avoir une augmentation du PH de l’eau très temporaire”, a-t-il ajouté.
De grosses quantités, certains travailleurs ont dit justement en avoir constatées. “Le mardi, beaucoup de ciment partait dans la rivière à cause du courant”, a témoigné l’un d’eux.
La procureure a estimé que l’infraction était constituée. Elle a réclamé une peine d’amende avec sursis de 200 000 et 300 000 francs à l’encontre du conducteur de travaux et du chef de chantier. Et 4 et 5 millions de francs pour J-L Polynésie et l’OPH. La Polynésie, qui s’est constituée partie civile dans le dossier, a pour sa part sollicité des dommages et intérêts.
Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 13 octobre.



