« La priorité, c’est réellement de pouvoir donner des emplois » : Steeve Hamblin prépare la suite après les sénatoriales

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Après avoir créé la surprise lors du scrutin sénatorial, Steeve Hamblin veut désormais poser les bases d'une « nouvelle voie ». Priorité à l'emploi, fin des vieux clivages statutaires et soutien aux communes, l'ancien président du Medef est déjà tourné vers les prochaines élections.

Tahiti Nui Télévision : Vous dévancez de quatre voix le sénateur sortant Teva Rohfritsch. Hier, vous annonciez déjà vouloir poursuivre aux législatives et aux Territoriales. La prochaine étape, c’est de créer votre propre parti ?
Steeve Hamblin, candidat arrivé 3e aux sénatoriales :
« J’aimerais bien. C’est une ambition personnelle, après, qui n’engage que moi, parce que c’est un lourd travail et il faut du monde. Après, j’ai eu la chance d’avoir le soutien de quelques tavana, et je les remercie. Je remercie également ma suppléante, Namoeata Bernardino, qui cumule quatre mandats à Teva i Uta. Donc, on a fait un gros travail. Maintenant, il faut voir la suite, il faut rencontrer, il faut travailler, il faut élaborer un plan, convaincre la population. Donc, voilà, c’est un chantier. »

TNTV : Justement, gros travail réalisé auprès des grands électeurs. La population dont vous venez de parler, comment la convaincre, elle ?
Steeve Hamblin : « Je pense sur la problématique qui compte aujourd’hui à tous ceux que j’ai rencontrés dans les communes. Au Medef, j’ai pu faire le point en deux ans sur ce qu’il faudrait pour protéger et développer notre économie. Et donc, j’avais hâte de découvrir ce que les communes faisaient pour le social. Et j’ai été assez étonné et choqué de voir la complexité du travail que mènent les élus au quotidien. Et donc, ça a été un travail très intéressant. Et donc, c’est aussi parce que je crois aujourd’hui que la population, au-delà du débat autonomie et indépendance, s’intéresse plus à ce qu’elle mange, à ce qu’elle a au-dessus de la tête, un toit, un emploi. Et donc, c’est la raison pour laquelle, pour moi aujourd’hui, l’emploi et le social comptent avant tout. »

 

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TNTV : Alors, on va revenir au pouvoir d’achat des Polynésiens. Mais vous en parlez, vous voulez dépasser le clivage entre autonomiste et indépendantiste. Au-delà des étiquettes, qu’est-ce qui vous distingue des parties déjà en place aujourd’hui ?
Steeve Hamblin :
« Les priorités. Il y a un déplacement en ce moment à l’ONU au sujet de la thématique de l’indépendance. Donc, effectivement, l’avantage, c’est que ça permet, on constate que les parties opposées peuvent s’entendre sur ce genre de thématique. Je pense qu’aujourd’hui, la priorité, c’est réellement de pouvoir donner des emplois à tout le monde. Je ne pense pas que l’indépendance et l’autonomie, aujourd’hui, permettent à tout le monde de manger. Donc, s’attaquer aux priorités, tout simplement : la création d’emplois grâce aux entreprises, venir en aide au social grâce aux communes. Aujourd’hui, on a, au travers de notre campagne, relevé pas moins d’une quarantaine de problématiques qui concernent les communes. Donc, les communes, aujourd’hui, sont dans une situation plus grave que les entreprises privées. Ça, c’est mon constat. »

TNTV : Est-ce qu’il faudrait revoir le modèle économique de la Polynésie française, selon vous ?
Steeve Hamblin : « Je pense qu’il faut aller chercher de l’argent. »

TNTV : Où ?
Steeve Hamblin : « La France a des difficultés financières. Donc, il faut déjà les protéger, essayer de s’inscrire dans le long terme. »

TNTV : Maintenir tout de même des relations avec la France ?
Steeve Hamblin : « Il faut également aller regarder du côté de l’Europe. On l’a déjà fait, mais j’ai appris dans les affaires que lorsqu’on vous dit non, il faut revenir le lendemain et le lendemain.Donc, il faut aller frapper à toutes les portes. Je pense que, là, la Polynésie va vivre un tournant et elle a besoin de financement. On a besoin aussi de rappeler certainement à la métropole que la France est aujourd’hui la puissance militaire qu’elle est grâce à la Polynésie. Donc, c’est repenser nos relations avec l’État, malgré les difficultés que la France rencontre aujourd’hui. »

TNTV : Et concrètement, ça se manifesterait comment ?
Steeve Hamblin :
« Alors, sur le sujet du nucléaire, je pense qu’il faudrait inscrire dans la Constitution française le fait nucléaire pour qu’on puisse garantir tout ce que l’État apporte en Polynésie sur les 10, 20, 30 prochaines années, parce que rien n’est garanti aujourd’hui. On devrait également, au sujet de l’Europe. Alors, on a une problématique, c’est qu’on est PTOM, les départements bénéficient d’un programme 2021-2027 aujourd’hui de 700 milliards, alors que nous, le FED, c’est que 3 milliards. Donc, il faut essayer de convaincre l’Europe. Bien entendu, ils ne nous attendent pas. »

TNTV : Où changer de statut ?
Steeve Hamblin : « Non, je pense qu’il faut améliorer de toute façon nos relations. Je pense que l’autonomie a fait son temps. Il faut essayer de trouver une nouvelle voie, une autonomie améliorée, ou je ne sais pas quel terme il faudrait utiliser. »

TNTV : Justement, à ce propos, hier, Edouard Fritsch a fait un appel à réunir les autonomistes. Il vous inclut dans le lot. C’est vraiment construire une alternative au tapoura ?
Steeve Hamblin : « Non, c’est se focaliser sur l’économie et le social. Pour moi, c’est la priorité. Les débats statutaires, en fait, ont fait leur temps. Regardez aujourd’hui où en est la population, les problématiques que l’on rencontre, on l’a vu, au travers de notre campagne, au sujet de l’ice, au sujet des familles qui sont parfois mises à la rue avec enfants, les difficultés quand les communes ont opéré. Les Marquises qui se trouvent à 1400 kilomètres aujourd’hui doivent attendre que les décisions soient prises en Polynésie, alors que la Nouvelle-Calédonie, il y a 38 ans, a créé les trois provinces juste avant le boom économique de la Nouvelle-Calédonie. Donc, il faut s’inspirer de tout ce qui existe aujourd’hui. »

TNTV : On revient tout de même au statut de la Polynésie ?
Steeve Hamblin :
« On est interdépendants aujourd’hui de plusieurs économies dans le monde. On le voit avec l’inflation sur le carburant. Donc, il faut pouvoir innover, essayer de se réinventer. Et pour ça, il faut pouvoir convaincre au maximum. Ce n’est pas un chantier facile. Je sais que ça bouscule également les schémas de pensée. Mais je pense que l’autonomie et l’indépendance aujourd’hui est un sujet qui concerne nos anciens. Demandez aux jeunes aujourd’hui, il se fiche littéralement de ces sujets-là, sans vouloir, bien entendu, minimiser ou critiquer le travail des uns et des autres. Ce qui compte aujourd’hui pour nos jeunes, c’est de trouver un emploi. Ce qui compte aujourd’hui pour nos jeunes, c’est, on voit également le prix de l’immobilier qui explose à la hausse. Je pense qu’il faut également protéger nos jeunes. Bruno Sandras s’est mis en avant dans sa campagne la logique de citoyenneté polynésienne pour nous protéger. La Calédonie, l’a, nous, on ne l’a pas. Donc il y a plein de choses qu’on pourrait mettre sur la table et essayer d’obtenir. »

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