Début juillet, nos confrères de Var Matin révélaient une sordide affaire : la disparition de deux militaires du Pacifique, dont un, Mike Gineste, originaire du fenua. Une mère et ses deux fils habitant dans le Var ont été mis en examen fin mai pour le meurtre de ces deux militaires portés disparus depuis 2022 et 2023. Ces trois personnes, tout comme le père et l’une des deux filles de cette même famille – originaire de Nouvelle-Calédonie pour la mère et Wallis-et-Futuna pour la père -, ont également été mises en examen le 29 mai des chefs de « traite d’êtres humains commise en bande organisée et de séquestrations de plusieurs personnes commises en bande organisée »…
Ce lundi, le parquet de Toulon a lancé un appel à témoins afin d’être « informé d’éventuelles autres disparitions de personnes originaires des îles du Pacifique alors qu’elles séjournaient dans le Var au cours de ces dernières années ». « Le cas échéant, il conviendra d’adresser un mail à la section de recherches de la gendarmerie maritime, à l’adresse suivante : [email protected] », précise le procureur de la République, Raphaël Balland, dans un communiqué.
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L’enquête de la section de recherches de la gendarmerie maritime (détachement de Toulon) a permis de mettre au jour des faits présumés de séquestrations au préjudice d’au moins sept autres victimes identifiées. Toutes ont en commun d’être originaires d’îles mélanésiennes ou polynésiennes.
La figure centrale de l’enquête est Francesca Héléna Akau Vegi-Wing. La mère de famille, quiquagénaire, se faisait appeler « Malia », rapporte un membre de la communauté océanienne varoise à Var Matin.
Jacques Pakeso et de Mike Gineste, les deux militaires disparus, avaient tous deux croisé le chemin de la famille Akau Vegi-Wing à Toulon. Peu à peu dans la communauté océanienne de la ville, les langues se délient sur un possible mode opératoire du clan familial dont les membres restent pour l’instant présumés innocents.
Dans les années 2010, Héléna Akau Vegi-Wing fréquente les soirées polynésiennes organisées dans la région. « Malia disait que son mari, Édouard, avait été victime d’un accident quand il était encore militaire, il était malade et ne travaillait pas « , se rappelle un participant à ces soirées interrogé par Var Matin. Malia témoigne « d’une vie difficile « . « On l’a prise en pitié. »
Mais en 2015, des membres de la comunauté de Fréjus où a vécu la famille, mettent en garde les Toulonnais. « On nous a dit de faire attention à eux », confie un Calédonien. « Ils ne sont pas bien vus là-bas. À chaque fois qu’ils se montraient à des événements, ils séduisaient des jeunes qui venaient d’arriver… «
Selon plusieurs témoignages, le clan Akau Vegi-Wing avait pour habitude de distribuer de l’alcool à l’occasion « d’after » de soirées. C’est là, selon les témoignages, que le piège se mettait en place. La fille allait « se coller » aux militaires : « Il y en a qui la rejetaient, mais les plus timides avaient plus de mal à résister… « Mike Gineste aurait entretenu une relation sentimentale avec elle. En avril 2023, peu avant sa disparition, il déposait plainte pour vol. « Ils utilisaient nos coutumes, ils parlaient de religion et montraient une forme de générosité « , observe un témoin. Par exemple, en proposant leur hospitalité aux Îliens comme Jacques Pakeso qui s’est retrouvé sans domicile après la résiliation de son contrat par la Marine.
La famille opérait entre autres lieux à El Paso, l’un des bars de la ville. Etablissement qui leur a finalement été interdit de fréquenter après des pressions exercées sur le personnel rapporte le journal. La patronne dit avoir reçu des menaces de mort… Celle-ci dit s’être rendue au commissariat. « Mais notre plainte n’a pas été prise. »
Les avocats de la mère de famille rappellent qu’une mise en examen ne peut être considérée comme un jugement de culpabilité. « Au regard du secret de l’instruction, elle ne peut s’exprimer sur les faits qui lui sont reprochés « , ajoutent les avocats. « Sa principale inquiétude actuellement concerne la situation de ses enfants ou petits-enfants qui ont fait l’objet de placements et dont elle est sans nouvelles. Elle espère que l’instruction judiciaire en cours se poursuivra dans la sérénité, le respect des droits de la défense et du respect de sa vie privée et de celle de sa famille. »



