Tepiri voit le jour il y a 33 ans au fenua. Il passe son enfance dans la paisible commune de Hitia’a O Te Ra avant de poursuivre sa scolarité au collège Pomare, puis au lycée Raapoto.
Membre de L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, il quitte la Polynésie à l’âge de 19 ans pour effectuer une mission de 2 années en Australie.
– PUBLICITE –
« Je voulais sortir un peu de Tahiti et connaître plus de choses. Je souhaitais m’améliorer dans divers domaines, en anglais notamment. Et je pensais que l’Australie, c’était l’occasion », raconte-t-il.

Ce qu’il n’avait pas prévu, en revanche, c’est qu’il tomberait sous le charme d’une jeune australienne prénommée Hannah : « Je suis revenu à Tahiti en 2014. J’étais en contact avec elle. Je lui ai dit : ‘j’aimerais bien t’amener à un rendez-vous si ça t’intéresse’. Donc je suis retourné en Australie 6 semaines, à Sydney, d’où elle est originaire. Mais avant que cela ne devienne officiel, je voulais qu’elle vienne aussi à Tahiti. Je lui ai dit : ‘Je veux que tu voies un peu la culture polynésienne et que tu rencontres ma famille, voir si c’est ce que tu veux. Parce que ce sont deux cultures différentes’ ».
L’alchimie fonctionne. Le couple se marie un an plus tard et décide de s’établir en Australie pour la qualité de vie et les opportunités professionnelles. Les débuts ne sont cependant pas aisés pour le natif du fenua. « J’avais un Working Holiday Visa, donc je ne pouvais faire que des petits boulots. J’ai commencé comme déménageur pendant 6 mois », explique-t-il.
Il exerce ensuite comme maître-nageur quelques temps avant d’être recruté par une importante société en tant que comptable. Un poste qu’il occupera durant 7 ans.
Mais Tepiri garde en tête un « rêve d’enfant » : devenir policier ou professeur des écoles. Il opte finalement pour l’uniforme, car il a obtenu entre temps la nationalité australienne qui lui offre la possibilité de prétendre au concours. Après plusieurs mois de préparation, il passe les épreuves et fait partie des quelque 200 candidats retenus sur les 500 postulants.

Il rejoint donc l’académie de police de Goulburn, à plus de 3 heures de Sydney, où il suit une formation durant 16 semaines. En mai 2025, il obtient enfin son diplôme et est muté au commissariat de Hornsby, une ville de la banlieue de Sydney où il exerce désormais. D’abord comme agent stagiaire, puis policier titulaire depuis quelques semaines à peine.
« Comme je le disais, ça a toujours été un rêve d’enfant de devenir policier. Je n’ai pas eu l’occasion de servir mon peuple à Tahiti. Et ils m’ont accepté ici en tant qu’étranger, dans leur pays. Je me suis dit que police était l’une des meilleures façons de servir la population australienne », sourit le trentenaire.
Mais sa profession le confronte à des situations délicates. Il a ainsi suivi de près (sans intervenir directement) l’attentat de la plage de Bondi, en décembre 2025, au cours duquel 15 personnes ont perdu la vie, tuées par un père et son fils radicalisés.
« Ça fait peur. Ma famille m’a appelé et je leur ai dit que j’allais bien. Mais quand j’ai rejoint la police, je savais qu’il y aurait des hauts et des bas, que je pouvais être blessé. J’ai conscience des risques du métier », dit-il, lucide.
D’autant que l’Australie est un pays « chaud » selon lui, même si « ce n’est pas l’Amérique » : « En Australie, les gens ont le droit d’avoir une arme chez eux s’ils ont un permis. Quand on arrive chez des personnes, parfois j’ai un peu peur parce qu’on ne sait jamais ce qu’il peut se passer ».
Accidents mortels, suicides, Tepiri a déjà été confronté à de multiples situations dramatiques, des évènements « durs à partager » sur lesquels il ne souhaite pas s’étendre. Et il fait face aux ravages de l’ice qui touche également l’île continent. « C’est un fléau ici aussi. C’est dur », souffle-t-il.
« Mentalement, cela peut être difficile. Si tu ne t’occupes pas de toi, cela peut te toucher. Il y a beaucoup de personnes que je connais qui ont quitté la police à cause de ça (…) Quand je ne suis pas au travail, je fais beaucoup de sport. Je cours beaucoup ».
Et il se ressource aussi auprès de son épouse et de leurs 3 filles : « J’essaie de passer du temps avec elles. Mes enfants, c’est tout ce que j’ai. Ce sont mes bébés. Quand je suis avec elles, ça m’aide à ne pas penser aux événements que j’ai vécus au travail ».

A l’issue de ses 3 premières années dans les forces de l’ordre australiennes, le trentenaire aura l’opportunité de s’orienter vers diverses spécialisations. Lui souhaiterait intégrer les effectifs de la police des autoroutes. « J’ai toujours aimé conduire. Et, là, tu travailles seul en voiture. Tu t’organises un peu comme tu veux », sourit-il.
Bien que résidant depuis plus de 10 ans en Australie, et désormais citoyen du pays, Tepiri conserve un lien viscéral avec le fenua : « J’aime bien la vie ici, mais je n’arrive pas à me dire que je suis Australien. Je dis toujours que je suis un local, que je suis Tahitien ».

Il désirerait d’ailleurs revenir un jour sur son île natale pour intégrer les effectifs de la police nationale. « Ce serait mon rêve (…) Mais je n’ai pas envie de revenir à la case départ », glisse le trentenaire conscient qu’il devrait pour ce faire repasser un concours… sans être certain d’être affecté au fenua.
« La Polynésie me manque. J’aime la vie à Tahiti. Elle est très paisible par rapport à ici. Les gens sont dans le ‘rush’. C’est un pays où c’est toujours le business. A Tahiti, il n’y a jamais ce ‘rush’. Tout le monde est ‘chill’. On va à la mer, on surfe. Et le temps est meilleur. Il n’y a pas d’hiver », conclut-il, un brin nostalgique.



