C’est une première historique pour le tapa tahitien contemporain. Les artistes-chercheurs Hinatea Colombani et Moeava Meder ont vu deux de leurs œuvres (un tapa de 300x205cm et un cercle de 100cm de diamètre), réunies sous le titre ‘A Fano Mai, intégrer les collections nationales du musée du Quai Branly – Jacques Chirac à Paris.
Présentées depuis le 9 juin sur le Plateau des collections du célèbre musée parisien, les œuvres ont récemment été acquises par l’institution, rejoignant ainsi l’une des plus importantes collections consacrées aux arts et patrimoines océaniens au monde.
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Cette entrée dans les collections nationales françaises marque une reconnaissance du travail mené depuis près de dix ans par le couple d’artistes à travers le projet Tapa Revival – Ancestral Futures from Tahiti, consacré à la renaissance du tapa dans les îles de la Société. Cette pratique ancestrale de fabrication d’étoffes végétales avait pratiquement disparu au cours du XXe siècle.
Réalisée à Tahiti après plus d’une décennie de recherches mêlant art, archéologie et transmission culturelle, l’œuvre monumentale ‘A Fano Mai rend hommage aux grandes migrations polynésiennes et à l’excellence des navigateurs du Pacifique. « ‘A Fano Mai, c’est l’excellence. C’est toutes ces années de navigation, c’est ces migrations polynésiennes, c’est cet océan qu’ils ont conquis face aux doutes, face aux difficultés parce que l’océan Pacifique n’a son nom qu’eux. Le Pacifique, ce n’est que son nom. Et c’était ça qu’on voulait projeter au cœur du Quai Branly », explique Hinatea Colombani.
Les artistes explorent la cosmologie polynésienne à travers le dialogue entre Te Pō, le monde des origines et des potentialités, et Te Ao, le monde de la lumière et du vivant.
Les deux artistes maîtrisent aujourd’hui l’ensemble du processus de fabrication du tapa, depuis la culture du mûrier à papier (aute) jusqu’à la collecte des pigments naturels, la préparation des fibres et le battage de l’écorce. Un savoir-faire qui a nécessité des années de recherches et de terrain. « La seule espèce où c’était compliqué de trouver des plants, c’était le mûrier à papier. Les autres espèces, tout le monde connaît, il y a le uru, il y a le banian. Le mûrier avait vraiment quasiment disparu, en tout cas des îles de la Société. Les seules fois où on pouvait en trouver, c’était les personnes qui fabriquaient et c’était encore du raau tahiti », souligne Moeava Meder.
Au-delà de l’objet lui-même, les artistes estiment que l’intérêt croissant des musées internationaux porte désormais sur les savoirs et les pratiques culturelles qui accompagnent ces œuvres. « C’est vraiment lorsqu’on a commencé à aller faire nos recherches dans les collections des musées afin de mieux comprendre nos taoa, nos trésors, qu’on s’est rendu compte de l’intérêt et surtout pas seulement de l’intérêt d’avoir un objet. Pour eux, aujourd’hui, les musées, ce n’est plus du tout ce qu’ils racontent. Ce qu’ils cherchent, c’est à valoriser les savoirs, à comprendre les savoirs », ajoute Hinatea Colombani.
Cette reconnaissance internationale s’inscrit dans un parcours déjà riche. Les travaux du duo ont été présentés dans plusieurs institutions en Nouvelle-Zélande, en Australie, au Royaume-Uni, aux États-Unis, aux Pays-Bas et en France. Après Paris, Hinatea Colombani et Moeava Meder participeront du 22 au 27 juin prochains au Pacific Arts Association International Symposium de Leiden, aux Pays-Bas, où ils présenteront leurs recherches sur le tapa des îles de la Société et les savoirs polynésiens précoloniaux.





