TNTV : On vient de le voir dans le reportage précédant. La filière pêche est inquiète. Croyez-vous à cette stratégie de valorisation du thon blanc ou est-ce un choix par défaut ?
Moetai Brotherson : « Je pense que c’est une voie d’avenir. Effectivement, j’ai eu l’occasion de goûter certains des nouveaux produits qui sont élaborés par nos armateurs. Ils sont excellents. Ça va des saucisses à des choses un peu plus exotiques qu’aujourd’hui, mais qui sont, à mon avis, prometteuses. Mais avant d’aborder ce sujet, je voudrais juste présenter mes condoléances à la famille de M. Van Sam, une légende du football en Polynésie, également à la famille de Romuald Harry, qui est un agent du SASS, qui est décédé alors qu’il donnait un spectacle avec sa troupe de Papara ».
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TNTV : Concernant les extensions de réserve intégrale de Tainui Atea, ces zones « no-take ». Elles provoquent aussi une vive inquiétude dans la filière pêche. Qui nous dit que demain, nos pêcheurs n’auront pas cruellement besoin d’aller dans ces zones pour trouver du thon ?
Moetai Brotherson : « D’abord, quelques remarques. Sur l’ensemble de la filière pêche, chaque année, c’est à peu près 1,6 milliard de soutien à cette filière, entre les éléments fiscaux, le soutien aux cotisations pour le nouveau régime de protection des pêcheurs, les investissements du port pour venir rénover et améliorer les infrastructures. Et puis l’aide en carburant, c’est 1,6 milliard. Donc c’est une filière qui est soutenue par le gouvernement parce qu’on y croit. Ensuite, sur le Tainui Atea, ces zones ont été étudiées, réfléchies, déterminées en fonction des prises. Ce sont des zones, je parle pour les nouvelles zones, les nouvelles AMP, celles de Tai Nui a Hau aux Marquises et le Rahui Nui no Tuhaa Pae aux Australes. Ce sont des zones où nos pêcheurs, finalement, vont très, très peu pêcher. Alors l’inquiétude, je la comprends, elle est sur le fait que ce sont des espèces qui peuvent bouger d’une année sur l’autre en fonction du climat. On nous parle du Super El Niño. On ne sait pas aujourd’hui quel va être l’impact de ce phénomène climatique. Ce que nous avons dit à nos pêcheurs, puisque nous sommes préoccupés et nous sommes solidaires de notre filière pêche, c’est qu’il existe dans les dispositifs de Tainui Atea des dispositions exceptionnelles qui peuvent être prises en cas d’événement climatique exceptionnel ».
TNTV : Il n’y aurait pas d’impact direct sur leur quota, donc. Mais qu’est-ce que la Polynésie gagne concrètement ? Quels sont les bénéfices réels de ces aires marines protégées ?
Moetai Brotherson : « Je pense que c’est assez évident. Qu’est-ce qu’on veut laisser aux générations futures ? Qu’est-ce qu’on veut laisser à nos enfants ? Il y a dans nos eaux des espèces protégées, des espèces auxquelles il nous faut prêter attention pour ne pas bouleverser l’équilibre écologique. C’est ça tout l’enjeu de Tainui Atea. Et puis c’est également même au niveau de la filière pêche. Dans toutes les AMP qui ont été établies dans le monde, il y a ce qu’on appelle le ‘spillover effect’. C’est-à-dire que ces zones de protection où on ne pêche pas, en tout cas pas de manière industrielle, ce sont des zones où les poissons peuvent être un peu plus tranquilles, grandir et finalement venir repeupler l’intérieur de notre ZEE pour le bénéfice de nos pêcheries ».
TNTV : Les pêcheurs dénoncent aussi l’ingérence et l’influence des ONG sur les politiques publiques au détriment de leur filière et de la population. Que leur dites-vous ?
Moetai Brotherson : « Là-dessus, il faut être très clair. Les ONG sont là en soutien notamment financier mais aussi technique. Il n’y a aucun personnel d’ONG dans les cabinets ministériels. Il n’y a aucun personnel des ONG qui a été embauché dans nos services. Ça, je ne sais pas d’où est venue cette fausse information qui a été relayée par certains politiques. Elle est fausse ».
TNTV : Est-ce que ce soutien financier nous engage politiquement ?
Moetai Brotherson : « Cela ne nous engage pas politiquement. Les ONG ne sont pas des partis politiques. Elles ne se présentent pas aux élections chez nous. Elles sont là parce qu’elles sont conscientes des enjeux environnementaux au niveau mondial. Et pour l’instant, en tout cas sur la surveillance des AMP, les seuls financements supplémentaires que nous avons reçus, c’est 15 millions de dollars, 1,5 milliard, ce n’est pas rien qui vient d’un collectif d’ONG. Et on est en discussion avec d’autres ONG pour un soutien plus pérenne ».
TNTV : Autre dossier épineux : les piscines des Jeux du Pacifique entre l’abandon de Mamao, le projet de rénovation à Tipaerui et finalement le retour au projet à Aorai. Pourtant, selon nos informations, il y a un nouveau revirement. Le bassin sera à Mamao.
Moetai Brotherson : « Il ne s’agit pas d’un revirement. Lorsque nous avons eu nos discussions avec le PGC -le Pacific Games Council, ndlr-, nous avons effectivement d’abord convenu d’un allègement du format de ces bassins amovibles. Puisqu’au début, ils étaient beaucoup plus conséquents. Donc on est revenu au minimum des exigences du PGC. Ensuite, ce que nous avons dit au PGC, c’est que nous allons étudier l’option de les positionner directement à Aorai. Et si ce n’est pas possible, on les positionnera à Mamao. On est là dans la phase de clôture des études sur Aoarai. Sur Mamao, les études sont déjà disponibles pour déterminer dans la semaine qui vient l’emplacement final ».
TNTV : Donc la décision n’est toujours pas prise….
Moetai Brotherson : « A ce jour, non ».
TNTV : Sera-t-on dans les temps ?
Moetai Brotherson : « On sera dans les temps. On a consulté les différents partenaires, que ce soient les entreprises locales que les entreprises à l’international. On sera dans les temps ».
TNTV : Dans le domaine politique, vous avez créé le groupe A Fano Ti’a après la rupture avec la ligne radicale du Tavini. Les sénatoriales approchent à grands pas. Est-ce que vous allez présenter des candidats ?
Moetai Brotherson : « D’abord, ce qui a été créé, c’est le groupe à l’Assemblée. Le parti politique sera créé ce mois-ci. Il n’est pas encore créé. Nous sommes en discussion avec l’ensemble des membres pour l’organisation du parti : les vice-présidents, le secrétaire, le trésorier, la composition classique d’un parti politique, ça va se faire bientôt. C’est une question de jour, on va dire. À côté de cela, nous aurons des candidats à toutes les élections qui vont se profiler jusqu’en 2028, à commencer par les Sénatoriales, ensuite les Législatives et bien sûr les Territoriales ».
TNTV : Prendrez-vous la tête du parti ?
Moetai Brotherson : « Ça, je crois que ça a déjà été acté ».
TNTV : Vous visez une reconstruction d’une nouvelle majorité. Laquelle ?
Moetai Brotherson : « Écoutez, aujourd’hui, nous, on crée un mouvement politique, on crée un parti politique parce qu’on a des valeurs qui sont d’ailleurs les valeurs d’origine du parti dont nous sommes issus. Nous sommes souverainistes. Nous voulons considérer cette accession à la pleine souveraineté comme une étape. Ce n’est pas une fin en soi. Ça doit se faire de manière démocratique. On a tout un ensemble de valeurs, la protection de l’environnement. Tout ça, c’est un peu ce qui nous distingue aujourd’hui de notre parti d’origine. Nous ne sommes pas dans des discussions de marchand de tapis pour retrouver à tout prix une 29e voix dans les semaines qui suivent. Nous avons, dans les semaines qui viennent de se dérouler, parfois dû retirer les textes. Parfois, certains textes n’ont pas été adoptés, mais bien souvent, ils ont été adoptés. Donc, pour l’instant, nous allons continuer sur cette ligne puisque nous ne sommes pas en phase de débauchage de qui que ce soit. Nous allons continuer sur cette ligne et faire peut-être plus de pédagogie, plus d’explications, plus de concertation avec les groupes à l’Assemblée pour que les textes que nous allons présenter puissent passer ».
TNTV : Avant de nous quitter, il y a beaucoup d’inquiétude au sujet de l’état de santé d’Oscar Temaru. Est-ce que vous pouvez nous donner de ces nouvelles ?
Moetai Brotherson : « Il va mieux. Il va mieux. C’est un guerrier. C’est quelqu’un d’obstiné, dans le bon sens du terme. Il a eu un passage à vide, c’est vrai. Il a 82 ans. C’est le poids des années. Mais je pense que c’est un guerrier avant tout. Un guerrier pacifique, mais un guerrier ».



