L’insuffisance rénale chronique constitue un enjeu majeur de santé publique en Polynésie française. C’est le constat dressé par la Chambre territoriale des comptes (CTC) dans un rapport consacré à la prise en charge de cette maladie, dont la progression est jugée préoccupante.
Selon les données analysées par la juridiction financière, le nombre de personnes atteintes est passé de 2 794 en 2020 à 4 160 en 2024, soit une hausse de plus de 48% en quatre ans. Une évolution que la CTC relie notamment à la forte prévalence du diabète, de l’obésité et de l’hypertension artérielle dans la population polynésienne.
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La maladie se caractérise par une dégradation progressive et irréversible du fonctionnement des reins. Souvent silencieuse à ses débuts, elle est fréquemment diagnostiquée à un stade avancé, lorsque les complications deviennent plus importantes. Les patients polynésiens sont par ailleurs touchés plus jeunes et présentent des formes plus sévères de la maladie que dans l’Hexagone.
Cette situation pèse lourdement sur les comptes sociaux. En 2024, les dépenses liées à l’insuffisance rénale chronique ont atteint 8,5 milliards de francs, en progression moyenne de 10% par an depuis 2020. La dialyse représente l’essentiel de cette dépense. Près de 700 patients étaient traités par cette méthode en 2025.
La Chambre territoriale des comptes estime que les capacités actuelles de prise en charge devront être adaptées pour répondre à l’augmentation des besoins. Elle souligne notamment la nécessité de renforcer l’offre destinée aux patients les plus complexes, de développer davantage les modalités de dialyse à domicile et d’améliorer la coordination entre les différents acteurs de santé.
Le rapport met également en avant l’importance du dépistage précoce. La juridiction recommande de mieux suivre l’évolution de la maladie dès ses premiers stades afin d’anticiper les besoins futurs et de retarder autant que possible le recours à la dialyse ou à la transplantation.
Concernant la greffe rénale, considérée comme le traitement le plus efficace et le moins coûteux à long terme pour les patients éligibles, la CTC rappelle que son développement reste limité par le faible nombre de donneurs et les contraintes liées au prélèvement d’organes. Depuis l’autorisation de cette activité au CHPF en 2013, 164 transplantations rénales ont été réalisées en Polynésie française.
La Chambre estime que les campagnes de sensibilisation au don d’organes doivent être renforcées et qu’une réflexion doit être engagée pour élargir les possibilités de prélèvement, à l’image de dispositifs déjà utilisés dans l’Hexagone.
Les sept recommandations de la Chambre territoriale des comptes
- Enrichir d’ici à 2028 la collecte de données épidémiologiques relatives à l’insuffisance rénale chronique, notamment aux stades précoces de la maladie.
- Instaurer dès 2026 des contrôles sur les prescriptions médicales relatives à l’orientation des patients vers la dialyse.
- Réviser en 2027 la carte des autorisations de dialyse afin d’adapter les capacités aux besoins de la population.
- Mettre en place dès 2026 un réseau de santé dédié à la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique.
- Lancer en 2026 une étude des coûts pour chaque modalité de dialyse.
- Revoir en 2027 les tarifs applicables aux différentes modalités de dialyse en tenant compte de la qualité des soins et de la soutenabilité budgétaire.
- Engager dès 2026 une étude de faisabilité sur l’extension des conditions de prélèvement d’organes aux donneurs décédés après arrêt circulatoire contrôlé (procédure dite « Maastricht III »).



