Sur les près de 700 femmes originaires des îles qui viennent accoucher à Tahiti, 25% d’entre elles seraient, selon l’association Agir Partage Santé Pacifique, dans une situation difficile, voire précaire, par manque de soutien familial sur place et financier.
Ève, originaire de l’île de Rapa, a vécu ce parcours du combattant. « C’est angoissant parce que à Rapa, c’est pas comme ça. Il n’y a pas toutes les voitures, il n’y a pas tous les charges administratives et tout. J’en ai connu qui ont galéré quand même. »
Logée par sa famille, Ève et son conjoint ont néanmoins dû faire face aux dépenses du quotidien. « Les frais, le ma’a, le transport, les achats. Par mois, ça coûte quand même aux alentours de 100 000 fcfp. » Un budget qui s’ajoute aux dépenses de la famille restée sur place.
Outre l’aspect pécunier, la séparation est peut-être le plus compliqué à gérer pour ces familles. « C’est dur pour eux. On remarque sur leur scolarité. Parce qu’après, tu as les maîtresses qui appellent : « Maman, il faudrait peut-être appeler plus souvent les enfants ». Ils les trouvent un peu tristounés. »
L’association Agir Partage Santé Pacifique, présidée par le Dr Biarez, milite pour une meilleure prise en charge de ces mamans. Selon lui, l’impact de ces déplacements vers Tahiti est sous-estimé. « Les femmes nous disent qu’on a peur de faire des enfants. On n’est pas en sécurité, comment dire, ni affective ni pécuniaire. Il y a une réflexion qui doit avoir lieu sur ce sujet. C’est un sujet de fond qui est important et qui engage encore une fois l’avenir de la santé mentale des enfants. C’est là-dessus que nous voudrions insister. »
Témoin de cette détresse, il observe des situations extrêmes que doivent affronter ces mères livrées à elles-mêmes. « On a vu des femmes des îles et de Moorea aussi, mais des Tuamotu, dans la rue à Tahiti, en train de vendre des couronnes de fleurs pour acheter à manger. C’est de ça dont on parle. Et comme le disait Ève, ça a une conséquence mentale sur ces femmes, sur le lien mère-enfant, sur le développement futur de l’enfant et de la famille. »
Depuis un an, son association a proposé au Pays un plan d’urgence. Deux forfaits permettant de juguler ces situations.
Le premier permettrait d’augmenter l’allocation logement, qui est actuellement de 6500 Fcfp par jour, mais aussi d’ouvrir la gratuité des transports en commun et d’un forfait Internet. Le second prend en compte l’accompagnement d’un proche et les frais inhérents. Évaluation de ce budget annuel supplémentaire : 190 millions de Fcfp.

« Là, il s’agit dans l’urgence, c’est vraiment de l’urgence, de permettre à ces femmes d’avoir leur conjoint, leur taneou quelqu’un de leur famille, pour briser cet isolement. C’est vraiment la priorité des priorités. Et puis d’avoir des logements décents où on leur offre à manger, c’est aussi quand même la moindre des choses. »
En parallèle, les associations à l’origine de ces mesures interpellent également le gouvernement sur l’importance qu’une étude soit réalisée auprès des populations des îles pour affiner les besoins.



