« On n’a pas l’hôpital qu’on mérite » : à Taravao, un préavis de grève déposé

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Trois jours après le dépôt d’un préavis de grève à l'hôpital de Taravao,les représentants des organisations syndicales de la CSIP et de O Oe To Oe Rima se sont rendues en fin de journée au ministère de la santé pour obtenir des réponses à leur revendications. Ils dénoncent une situation toujours « critique », notamment aux urgences, et attendent désormais des engagements concrets.

Trois jours après le dépôt d’un préavis de grève, les représentants des syndicats CSIP et O Oe To Oe Rima avaient rendez-vous cet après-midi au ministère de la Santé pour tenter d’obtenir des réponses à leurs revendications.

Pour les acteurs du mouvement, la situation reste inchangée : un manque criant de personnel et des équipements jugés obsolètes, qui pèsent sur le fonctionnement de l’établissement, en particulier aux urgences.

 

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Seuls trois médecins sur les six postes prévus sont actuellement opérationnels dans ce service clé, alors que l’hôpital doit couvrir un bassin de près de 55 000 habitants sur la Presqu’île.


Une situation confirmée par le docteur Benjamin Le Goff, responsable des urgences de Taravao : « On est là tout simplement pour défendre les habitants de la Presqu’île, qui ont un droit d’accès aux soins, tout comme les habitants de la Polynésie. On se sent isolé actuellement, isolé géographiquement, ça c’est une évidence. Mais on se sent isolé aussi dans le discours qu’on tient depuis plusieurs mois, maintenant. On ne s’est pas senti écouté jusqu’à présent. On attend des solutions concrètes et surtout, on attend aujourd’hui que les solutions soient formalisées par le ministère ».

Le praticien alerte également sur l’avenir immédiat du service : « Nos contrats s’arrêtent pour la plupart à partir de mi-juin, voire août. À partir de cette date, si on ne reconduit pas nos contrats, de notre côté, il n’y a personne derrière ».

« On n’a pas l’hôpital qu’on mérite. »

Si des échanges ont eu lieu avec les autorités sanitaires, les soignants restent prudents. « Pour l’instant, on n’a eu que des engagements oraux. Ce qui reste, ce sont les écrits ».

Au-delà des effectifs, c’est l’ensemble du modèle hospitalier sur la Presqu’île qui est pointé du doigt. « La grande problématique de la Presqu’île, c’est qu’on n’a pas l’hôpital qu’on mérite. Dernièrement, le projet administratif a pris le pas sur le projet de nouvel hôpital. On sait très bien que dans les considérations des citoyens polynésiens, la santé, c’est en deuxième position après le pouvoir d’achat ».

Les équipes dénoncent aussi un sentiment d’isolement face à une crise qui dure depuis plusieurs mois. « On a l’impression d’être assez seuls à gérer cette situation dramatique. C’est vrai que nous, on s’implique professionnellement au quotidien, mais aussi personnellement. On essaie de gérer des recrutements ».

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Un projet de renforcement des effectifs avait pourtant été présenté l’an dernier, sans aboutir : « On avait déjà porté un projet l’année dernière pour revaloriser les effectifs soignants, paramédicaux, ambulanciers, médicaux… pour justement éviter cette situation dramatique actuellement. C’est vrai qu’on ne peut pas assurer notre fonction correctement. On se met en danger, on met les patients en danger. On a l’impression que cette négociation arrive bien tard. Ça fait plusieurs mois, voire des années, que le signal d’alarme est lancé. Notre projet était budgétisé l’année dernière. Il n’a pas été retenu par le gouvernement. Le budget de notre hôpital a été vu à la baisse. Nous voilà aujourd’hui pour défendre notre service, défendre notre hôpital et défendre les citoyens de la Presqu’île ».

Faute de réponses concrètes dans les prochains jours, les syndicats maintiennent leur préavis et n’excluent pas le déclenchement d’une grève générale illimitée, comme annoncé dans leur courrier adressé au ministère.

Une mobilisation qui s’inscrit dans la continuité des alertes lancées ces derniers jours par les professionnels de santé, qui dénonçaient déjà un manque d’attractivité et des difficultés de recrutement persistantes à Taravao.

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