Chaque jour, 95 personnes travaillent au sein du service de réanimation du CHPF. Une unité stratégique, où sont pris en charge les patients les plus critiques, et où la pression quotidienne impose un rythme particulièrement soutenu.
Mais cette intensité a un coût : le turn-over y est important. Depuis la crise du Covid, le service doit renouveler chaque année près de 40 % de ses effectifs. Au cours du premier semestre 2026, un tiers des infirmiers devrait ainsi quitter le service.
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« On est habitué à avoir un turn-over, mais là, la période actuelle, elle est on va dire particulièrement sensible parce qu’on a vraiment eu une annonce de départs très massive, brutale, et sur une période courte » déplore Franck Sigaudo, cadre de santé du service réanimation du CHPF.
Si la charge de travail peut expliquer une partie de ces départs, elle n’est pas la seule raison. Le principal frein reste le manque de compétences locales.. Le service se tourne donc régulièrement vers des recrutements extérieurs : « On a des gens qui viennent passer du temps en Polynésie, nous la durée d’exercice moyenne en réanimation sur les agents non titulaires, les contractuels, donc les CDD, sont des gens qui restent entre un an et un an et demi ».
Pour Juliette Sautillet, médecin dans le service depuis plus de dix ans, la difficulté réside aussi dans l’exigence même de la spécialité. « C’est impactant physiquement, c’est impactant aussi psychologiquement, parce que ça impacte sur ta vie de tous les jours, sur ta vie de famille, et parce que les situations sont difficiles, parce que c’est des gens qui sont en détresse, des familles qui sont en détresse, et toi, tu dois être là, même si t’as peur, parce que t’as peur, en fait, on a tous peur, eh bien tu ne dois pas le montrer, tu dois être là pour rassurer les gens, même si tu sens que ça ne va pas bien se passer ».
L’isolement insulaire et la forte demande mondiale en compétences de réanimation favorisent aussi le nomadisme des médecins et infirmiers spécialisés. Pourtant, le service de réanimation du Taaone bénéficie d’une solide réputation, y compris à l’échelle du territoire français : « Les réponses qu’on apporte, qui sont des réponses adaptées au fait qu’on soit isolé en plein milieu du Pacifique, et qui sont pour le coup des réponses qui ne sont pas forcément apportées dans d’autres endroits, parce qu’il y a accès à, par exemple, un bloc opératoire de chir-cardiaque, dire que je dis ça parce que c’est un exemple, ou un service de Grands Brûlés…«



La prise en charge en réanimation pédiatrique ainsi que la maîtrise des évacuations sanitaires constituent notamment des savoir-faire reconnus. C’est ce qui a convaincu Stéphanie Brotherson, infirmière-technique du service, qui y travaille depuis neuf ans : « La réa a fait partie de l’un de mes derniers stages, et ça a été une évidence. J’ai tout de suite accroché, c’est un service qui est très dynamique, avec beaucoup de travail. Tu vois, tu vois qu’il y a un travail d’équipe,avec le médical, les paramed, voilà, beau travail en binôme aussi avec les aides-soignants etc. ».
La réanimation joue également un rôle clé dans le fonctionnement global de l’hôpital. Son expertise permet régulièrement de renforcer d’autres services du CHPF. « C’est un service qui est très formateur, et je pense que le fait de travailler en réa, t’ouvres un peu toutes les portes, en vrai, tu peux travailler partout après. En gros, même quand il manque des personnes en haut, on nous demande si on peut remplacer un manque de personnel dans les étages, le contraire, ce n’est pas possible ».
Aujourd’hui, le service recherche six infirmiers supplémentaires, soit l’équivalent d’une équipe complète mobilisée chaque jour. Un besoin urgent pour maintenir la continuité des soins dans l’un des services les plus sensibles de l’hôpital.



