30 ans après les essais nucléaires, dans les coulisses de la mission TURBO à Moruroa

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Chaque année, le Commissariat à l’énergie atomique mène une mission de surveillance à Moruroa. Baptisée TURBO, cette opération mobilise scientifiques et moyens logistiques importants pour analyser l’état radiologique de l’atoll, vérifier le confinement des anciennes zones de tir et suivre l’impact potentiel sur l’environnement marin et la chaîne alimentaire.

Un peu plus de 30 ans après la fin des essais nucléaires, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) poursuit ses missions de contrôle. Baptisée TURBO, cette opération annuelle mobilise pendant un mois ingénieurs, techniciens et préleveurs, chargés d’analyser l’état radiologique de l’atoll.

Sur le lagon, les premières opérations débutent dès l’aube. Les équipes effectuent des prélèvements d’eaux souterraines et de sédiments à différents points stratégiques. « À bord, on a ce qu’on appelle un banc de pompage, c’est-à-dire une série de pompes alignées qui permettent de prélever l’eau souterraine et de la faire remonter via un polytube. Il descend de plusieurs centaines de mètres de profondeur dans le massif rocheux de Mourouroie. Et cela nous permet de faire des prélèvements étagés de l’eau souterraine dans le massif rocheux », explique Geoffrey, chef de mission au CEA.

L’un des enjeux majeurs consiste à détecter d’éventuelles traces de radioactivité artificielle et à vérifier le confinement des anciennes cavités de tir. « Le premier traceur qu’on utilise en termes de présence ou pas de radioactivité artificielle, c’est ce qu’on appelle le tritium. L’eau du lagon, depuis 2006, on ne mesure plus de tritium (…). Pour aller plus loin dans notre élément démonstration, on ne se contente pas de mesurer la présence ou non de tritium dans l’eau du lagon », détaille Romain, ingénieur au CEA.

« On s’intéresse aussi aux eaux interstitielles qui sont situées entre le volume d’eau constitutif du lagon et la cavité de tir située dans le basal. Ce type d’eau interstitielle qu’on prélève majoritairement, ce sont ces résultats d’analyse qui sont publiés chaque année », ajoute-t-il

Au-delà des sols et des eaux, la mission TURBO s’intéresse également à la chaîne alimentaire. Des prélèvements de poissons, comme le mérou, sont réalisés avec l’appui de pêcheurs locaux. « Pour nous, c’est quand même important qu’un Polynésien fasse partie de cette mission. Pendant la mission, en fait, c’est un peu comme notre quotidien. Nous, on vit dans les îles, donc il y a le copra, il y a l’eau de coco, il y a le poisson, pêche océanique. En fait, tout est inclus dedans », souligne Jean-Pierre Ararui, préleveur pour le CEA.

Crédit : TNTV

Les échantillons collectés sont ensuite envoyés à Paris pour analyses. Selon les scientifiques, les niveaux mesurés restent très faibles. « On est inférieur à la valeur de 0,01 millisievert par an. C’est une dose apportée par la radioactivité artificielle à un niveau très très faible, mesurée notamment dans le mérou. Le caractère inoffensif (…) est avéré par rapport à un éventuel risque radiologique lié à la présence de radioactivité ajoutée », précise Romain.

La mission TURBO s’appuie également sur les moyens de la Marine nationale. Le BSAOM Bougainville participe au transport du matériel et aux prélèvements en haute mer. « Nous allons pouvoir, notamment grâce aux portiques océaniques, effectuer des prélèvements plutôt sur des crevettes, du plancton et également de l’eau à grande profondeur. C’est assez particulier parce qu’on est plutôt sur des missions d’action de l’État en mer pour le Bougainville. Donc là, s’inscrire dans une démarche plutôt scientifique, c’est particulier. C’est particulièrement apprécié par notre équipage », confie Michel Allaire, commandant de l’équipage A.

Au total, plus d’une tonne d’échantillons est analysée à l’issue de chaque mission. Un travail de longue haleine, destiné à suivre dans la durée l’état radiologique de Moruroa et à garantir la transparence des données scientifiques.

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